Gard, Moselle, Vaucluse : comment ils combattent les candidats frontistes

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2-2012

 

 

Marion Maréchal Le Pen, Florian Philippot, Gilbert Collard… Tous rêvent des bancs de l’Assemblée nationale. Candidats dans des circonscriptions favorables aux Front national, ils pourraient remporter les élections législatives. Quelle tactique leurs adversaires ont-ils adoptée ?


(Florian Philippot, Marine Le Pen et Gilbert Collard, le 1er mai, à Paris - CHAMUSSY/SIPA)
(Florian Philippot, Marine Le Pen et Gilbert Collard, le 1er mai, à Paris - CHAMUSSY/SIPA)
« Nous voulons évidemment le plus d’élus possible mais, partant de zéro, en avoir un serait déjà bien. » Florian Philippot, porte-parole national du Rassemblement bleu Marine, la joue collective. Au nom du parti d’extrême droite, il espère bien arracher quelques sièges de député, à l’issue des législatives des 10 et 17 juin. Mais à titre personnel, c’est sa propre victoire qu’il vise. Candidat à Forbach, la 6ecirconscription de Moselle, il fait partie des petits chanceux « parachutés » sur les terres les plus favorables au Front national. Face à eux, des adversaires UMP et PS qui ne capitulent pas : chacun à sa stratégie – ou pas ! – pour devancer l’ennemi.

A CARPENTRAS, LA PETITE MARIONNETTE DE JEAN-MARIE

Ce n’est pas par hasard que Marion Maréchal Le Pen, petite-fille de Jean-Marie, est candidate dans la 3e circonscription du Vaucluse, à Carpentras. Sa tante Marine y a recueilli 31,5% des voix au premier tour de l’élection présidentielle, un record national. Les électeurs, sensibles aux idées frontistes, pourraient y voir la possibilité d’un renouvellement : son principal adversaire, Jean-Michel Ferrand (UMP), exerce actuellement son cinquième mandat à l’Assemblée. « Ce n’est pas parce que j’ai remporté 11 victoires électorales, sans jamais n’en perdre aucune, que je suis usé. Les victoires, ça conserve, je suis comme neuf ! », plaisante-t-il.  Et d’ajouter, serein : « Je n’ai aucune inquiétude quant à la candidature de cette jeune femme. Par expérience, j’ai constaté que mon score était toujours entre 15 et 30% plus élevé que celui de mon candidat national, au premier tour de la présidentielle. » 
  
Et bien entendu, il ne manque pas d’arguments contre Marion Maréchal Le Pen : « C’est un parachutage sans atterrissage. Elle n’a aucune chance de gagner, et n’en a même pas l’envie… La preuve, elle prétend avoir loué un appartement dans le coin jusqu’au 17 juin – date à laquelle elle sera battue, et rentrera chez elle. Bel amour de la région ! » Jean-Michel Ferrand, lui, joue la carte du passionné. Il présente son bilan, ses projets, et sa proximité avec la population locale. Avec pas moins de 3 permanences – à Carpentras, Monteux et Althen-des-Paluds –, il entend bien donner l’imagine d’un élu accessible. « Ma stratégie, c’est de miser sur mon implantation locale. » 
  
Bref, celle qu’il surnomme « la marionnette de son grand-père » ne l’effraie pas. Selon lui, elle ne se présente à Carpentras que pour « laver l’affront » fait à Jean-Marie Le Pen, en mai 1990, accusé à tort d’être lié aux exactions antisémites dans le cimetière juif de la ville.« Mais vous savez, moins on parle de cette affaire vieille de plus de vingt ans, mieux on se porte ici… », assure-t-il. 
  
Un argument qui ne convainc pas non plus Catherine Arkilovitch, candidate socialiste :« Laver l’affront fait à son grand-père ? Je tiens quand même à rappeler que même si le FN n’était pas impliqué, Monsieur Le Pen n’était pas le dernier à soutenir de pareilles thèses néo-nazies. » Celle à qui cette circonscription a été proposée au nom de la parité espère bien jouer les trouble-fêtes en provoquant une triangulaire. Pour cela, elle fait valoir deux éléments dans son discours : la nécessite de donner au Président Hollande une majorité socialiste à l’Assemblée, et le combat contre la droite dure et le Front national. Avant de conclure : « Il faut en finir avec cette politique à l’ancienne dans les zones rurales, menée par des barons locaux ! »

PHILIPPOT À FORBACH : LA BOURDE STRATÉGIQUE

Fort des 24,73% de voix obtenus au premier tour de la présidentielle en Moselle, le Front national mise sur Florian Philippot pour défendre ses couleurs à Forbach, la sixième circonscription du département. Là encore, le député sortant est détendu. Pierre Lang (UMP), maire de Freyming-Merlebach, n’a pas de stratégie particulière vis-à-vis du candidat d’extrême droite. Il a même fait ses petits calculs : « Pour que Philippot puisse se maintenir au second tour, compte tenu de l’abstention, il faudrait qu’il fasse 25% des votants pour arriver aux 12,5% des inscrits. C’est quasiment mathématiquement impossible…»D’ailleurs, il tient à relativiser le score de Marine Le Pen du 22 avril dernier. « Pour manifester leur mécontentement, les électeurs votent pour le parti frontiste, car cela ne présente pas trop de risque. Mais aux législatives, le candidat local obtient à chaque fois 10 à 12 points de moins que le candidat national », précise-t-il. 
  
C’est donc sur sa popularité et son implantation que mise Pierre Lang : « J’ai vingt ans de politique et des propositions courageuses à mon compte. Je suis, par exemple, à l’initiative de la proposition de loi sur le travail d'intérêt collectif obligatoire pour les titulaires du RSA. Philippot, lui, est un inconnu ici. » D’ailleurs, il se plaît à raconter que lorsque le porte-parole du Rassemblement bleu Marine fait du porte-à-porte, les habitants lui demandent s’il parle le platt, le patois lorrain. Il se tourne alors vers son suppléant qui lui le parle, et les gens lui referment la porte au nez… « Un parachutage dans une région comme la nôtre, c’est une erreur stratégique », résume Pierre Lang. 
  
Une erreur stratégique d’autant plus grossière que le candidat historique local du Front national, Eric Vilain, avait un réel ancrage dans cette circonscription. Depuis qu’il est devenu dissident en s’opposant à la venue de Florian Philippot, il refuse de capituler en maintenant sa candidature. 
  
Avec deux candidats d’extrême droite en lice, Laurent Kalinowski – candidat socialiste, maire et conseiller général de Forbach qui prône le « rassemblement » contre la « division semées par le FN » – affirme que cela « donne plus de chance aux gens de progrès ». Plus de chance pour lui ? Sourire : « Plus de chance pour la circonscription. »

GILBERT COLLARD, CANDIDAT MÉDIATIQUE PAR EXCELLENCE

« Avec son image de grand bourgeois, hautain et condescendant, je ne suis pas sûre que Gilbert Collard suscite l’adhésion. » Katy Guyot, candidate socialiste dans la deuxième circonscription du Gard, ne croit pas à la victoire de l’avocat marseillais. Si elle affirme que sa candidature ne lui fait « ni chaud ni froid », elle espère quand même que les électeurs ne se laisseront pas duper par « la différence entre son image médiatique et ce qu’il représente réellement »
  
Mais la bataille est loin d’être gagnée pour elle. Seul département à avoir placé Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle (25,51%), le Gard est propice aux idées du Front national. Le Parti socialiste, lui, était arrivé en troisième position avec 24,11% des voix. « Je bénéficie d’une très bonne étiquette grâce à la victoire de François Hollande, et son début de mandat qui est excellent, se rassure-t-elle. L’argument majeur que je fais valoir dans cette campagne, c’est qu’il ne faut pas ajouter une crise politique à la crise économique et sociale : le président a besoin d’une majorité. » 
  
Reste à savoir si cela suffira pour provoquer une triangulaire sur laquelle reposent ses seules chances : Gilbert Collard n’est pas son seul adversaire. Celle qui se définit comme une « autochtone » (elle est originaire de Vauvert) devra également affronter Etienne Mourrut, candidat de l’UMP. Maire du Grau-du-Roi depuis 1983 et député depuis 2002, ce dernier jouit d’un ancrage local incontestable. Sans doute le concurrent le plus coriace pour l’emblématique avocat marseillais. 

Curieusement, de la Moselle au Gard, les argumentaires anti-frontistes se ressemblent. Un, les candidats sont des «parachutés» et leurs adversaires des «implantés». Deux, ils n'ont que peu de chances de gagner. Ça peut le faire avec les journalistes. Mais avec les électeurs ?

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