Antiterrorisme : l’épreuve du feu pour Hollande et Valls

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Les policiers de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) ont donc abattu un suspect, samedi matin, à Strasbourg. Agé de 33 ans, Jérémie Louis-Sidney aurait été l’un des auteurs de l’attaque à la grenade d’une épicerie casher à Sarcelles, le 19 septembre. Selon les autorités, Louis-Sidney aurait tiré sur les fonctionnaires, dès leur entrée dans l’appartement.

Alors que les détails de l’opération, menée conjointement par la BRI, la sous-direction anti-terroriste (SDAT), et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), doivent être mis à plat par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), Manuel Valls et François Hollande ont d’ores et déjà rendu un hommage appuyé à l’action des policiers, respectivement samedi soir et dimanche midi.

« Je veux saluer le travail des services de police qui ont permis d'anéantir, de mettre hors d'état de nuire une cellule islamiste, dont tout laisse penser qu'elle avait déjà frappé et qu'elle pouvait aussi le faire dans les prochaines semaines », a déclaré le Président de la République, employant sur le perron de l’Elysée les mêmes éléments de langage que le ministre de l’Intérieur la veille au soir. « Il s’agit là de mettre hors d’état de nuire des terroristes, des apprentis terroristes, mais qui passent à l’acte, et qui pensent passer à l’acte à tout moment, a dit Manuel Valls sur TF1. Tout le travail de renseignement de la police est d’anticiper ces phénomènes et ces actes. »

Sans évoquer à aucun moment la mort du suspect, Manuel Valls aexpliqué que l’enquête conduite « sous l’autorité du procureur »visait un réseau. Onze personnes ont en effet été placées en garde à vue, samedi. « Il s’agit incontestablement d’une cellule, qui était bien organisée, avec des contacts entre ses différents individus, a soutenu Manuel Valls, et qui ont failli commettre l’irréparable, le 19 septembre dernier, à Sarcelles, puisque l’arme utilisée, une grenade défensive d’origine de l’ex-Yougoslavie était faite pour tuer, c’est pour cela qu’il fallait mettre hors d’état de nuire, arrêter, interpeller tout ce groupe. »

« Il y a une menace terroriste en France », a martelé le ministre, soulignant « la difficulté » de la police confrontée à des « réseaux qui sont dans nos quartiers » : « il ne s’agit pas d’étrangers, il s’agit de Français, de Français convertis, de Français musulmans », a-t-il dit, tout en mettant en garde contre les amalgames.

Pour expliquer la menace, et justifier l’action de samedi, Manuel Valls a invoqué « l’affaire Merah » en rappelant que des jeunes juifs ont été tués, en mars dernier, par Mohamed Merah à l'école juive Ozar Hatorah.

Bien qu’elle n’ait fait qu’un blessé léger, l’attaque de l’épicerie casher Naouri Market à Sarcelles, le 19 septembre, a effectivement été prise « très au sérieux » par les services de police. Des traces d’ADN de Jérémie Louis-Sidney auraient été retrouvées sur l’engin explosif lancé par les agresseurs. Une liste d’associations juives aurait été récupérée au domicile d’un des suspects. Samedi soir, la synagogue d’Argenteuil a essuyé des tirs à blanc – neuf douilles auraient été retrouvées sur place.

Dimanche, François Hollande a reçu Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France et Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), pour leur assurer que de nouvelles mesures de protection allaient être prises sur les lieux de culte, « pour ne pas être soumis, comme cela été encore le cas hier soir, à des agressions » (regarder la vidéo sur le site de l'Elysée).

Le président de la République a « rappelé qu’un projet de loi contre le terrorisme serait soumis au Parlement dans les plus brefs délais ». Ce énième projet présenté mercredi au conseil des ministres doit, selon François Hollande, « renforcer encore les instruments qui nous permettent d’être plus efficaces dans la lutte contre ce fléau ». Il a d'ores et déjà soulevé de multiples réserves, venant notamment des magistrats – ici celles du juge Marc Trévidic –, déjà usés par la surproduction législative de l’équipe Sarkozy en la matière.

Les circonstances de la mort Jérémie Louis-Sidney n’ont pour l’heure été évoquées que par le patron de la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ), Christophe Allain, qui a indiqué lors d’une conférence de presse à Strasbourg que les policiers pensaient l’interpeller sans violence grâce à une « minute de surprise » lors de l’intervention matinale. « On savait qu’il était dangereux », a-t-il néanmoins ajouté.

Rue 89 a, de son côté, mis en ligne samedi, le témoignage d’un policier ayant participé à l’opération. Selon ce témoignage, les policiers auraient été pris pour cible alors qu’ils progressaient dans l’appartement, « après avoir cassé la porte »« L’homme était dans le salon, réveillé, c’était l’heure de la prière, indique le témoin. Immédiatement, il nous tire dessus. Nous l’avons formellement vu tirer avec un 357 Magnum. »


Publié dans Politique

Commenter cet article