Le Collard show en Camargue

Publié le par DA Estérel 83

Le Point

 

 

L'avocat marseillais, arrivé en tête, mène une campagne exemplaire. Au point de pouvoir l'emporter dimanche.

Gilbert Collard en campagne.

C'est vrai qu'il parle bien. De tout et de rien, d'ailleurs. Et à 64 ans,Gilbert Collard semble au faîte de son éloquence. Capable aussi bien de citer Kipling ou Saint-Exupéry entre deux cigarillos que d'enchaîner les arguments sur le trop d'immigration, les queues à Urssaf ou "les gars du Gard" entrés en résistance qui l'ont porté en tête du premier tour sur la deuxième circonscription. Avec 34,57 % des suffrages, l'avocat marseillais a même constitué une des surprises du 10 juin. Lui a qui les sondages promettaient un enlisement dans les marais de Petite Camargue.

Résultat : le voici qualifié pour une triangulaire face à deux enfants du pays : la socialiste Katy Guyot (32,87 %) et Étienne Mourrut (23,89 %), le maire UMP "du Grau" comme on dit ici. Pas mal pour une première candidature aux législatives après quelques essais manqués du côté de la mairie de Vichy. Sans doute trop au nord tant Gilbert Collard semble taillé pour le Midi du verbe, des interminables palabres à l'heure du pastis ou des engueulades autour des boules. Il a la tchatche, suffisamment pour détourner quelques dizaines d'auditeurs de l'Euro ou de Plus belle la vie chaque soir dans d'improbables salles communales de Saint-Laurent-d'Aigouze à Calvisson. D'où tous repartent en général ravis, comme on sort du spectacle, savourant à l'avance ce que pourrait donner ce "casse-couilles démocratique", comme il se définit lui-même, dans des joutes parlementaires. Serait-il capable de régler les problèmes de chômage, de manque de pouvoir d'achat et d'insécurité ? "Au moins lui fera-t-il parler de nous", entend-on dans les rangs de ses sympathisants.

Le député sortant n'y croit plus

Pour cela, il faudra cependant que Me Collard réussisse à sortir gagnant du triangle infernal du dimanche 17 juin. Confronté à Étienne Mourrut, son exact inverse, 72 ans, député depuis 2002 et maire du Grau-du-Roi depuis 1983, mi-taiseux, mi-gueulard, un temps aussi terrassé par son score calamiteux que par une aphonie qui ont failli le faire abandonner. À moins que ce ne soit les palabres en coulisse à peine discrètes menées entre FN et UMP locaux puisqu'ici, après tout, à droite, tout le monde se connaît et pense un peu pareil : "Trop d'immigrés, tout fout le camp, trop de délinquance."

Finalement, Mourrut est resté en course, remonté par la potion magique de la rue de Vaugirard ou, plus vraisemblablement, par les menaces de missiles parisiens, mais le coeur n'y est y plus guère. Sa campagne d'entre-deux-tours est aussi mince qu'une telline, le coquillage local fait de plus de coquille que de chair. Du coup, Katy Guyot, 50 ans, investie par le PS, reste le principal obstacle au premier succès politique de Collard. D'autant que cette brune énergique élevée au biberon Frêche, dont elle fut la collaboratrice, ne craint par conséquent guère les "grandes bouches". Elle a choisi le porte-à-porte, le style fourmi face à celui qu'elle considère comme une cigale "au verbe creux", et rappelle aussi inlassablement qu'opportunément elle seule pourra apporter un renouveau au territoire grâce à sa proximité avec les collectivités locales de gauche (département et région) et la nouvelle majorité présidentielle. PS tendance Valls, elle n'élude pas les problèmes sécuritaires liés, entre autres, à un chômage aussi endémique que les moustiques. Seul bémol : être une femme ne l'aide pas dans un territoire historiquement machiste où l'on se perd à rechercher une élue à l'Assemblée.

Collard n'est jamais à court d'un bon mot

Du coup, le résultat du 17 mai aura sans doute des allures de première, envoyant au Palais-Bourbon soit une parlementaire sud-gardoise et qui plus est socialiste, soit l'un des candidats les plus médiatiques de ces législatives et sans aucun doute l'un des meilleurs orateurs du FN, même s'il n'en a toujours pas la carte. L'enjeu, on s'en doute, galvanise les énergies respectives. Enchaînant les visites sur les marchés, les réunions publiques et les interviews, Gilbert Collard poursuit d'ailleurs quotidiennement une de ses plus longues plaidoiries pro domo, jamais à court d'une saillie, d'un bon mot ou d'une métaphore. Réussissant à faire penser, grâce à son aisance rhétorique, à ses auditeurs que finalement, avec un peu de bon sens, les problèmes du monde sont simples à résoudre.

Un vrai one-man-show pour ce bon parleur qui avoue que, dans sa jeunesse, il aurait voulu être comédien. Voeux à demi exaucés. On se plaît d'ailleurs avec un peu de perversion à imaginer ce qu'aurait pu être un affrontement entre Jean-Marie Le Pen et lui, avant que les yeux du pénaliste ne virent au bleu Marine. Et qu'il ne devienne un possible député frontiste dimanche prochain. Nul doute alors que l'été sera show sur la rive gauche entre l'Hémicycle et l'hôtel Lutetia, qu'il affectionne tant quand il quitte son mas de Gallician pour monter à Paris.

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