Réalités terroristes et surenchères

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

D'origine antillaise, né à Melun, condamné en 2008 pour trafic de stupéfiants et abattu quatre ans plus tard les armes à la main en «combattant» du jihad islamiste. Comme Mohamed Merah, Jérémie Louis-Sydney, le «leader» de la cellule terroriste démantelée ce week-end semble avoir suivi un itinéraire fléché menant de la délinquance à l'extrémisme islamiste en passant par la case prison. Six mois après les tueries de Montauban et Toulouse, l'opération anti-terroriste de ce week-end confirme de façon alarmante l'émergence et la menace permanente d'un terrorisme endogène «made in France». La découverte de quatre «testaments», les circonstances de la mort de Louis-Sydney et les écoutes téléphoniques ne laissent pas de place aux doutes: le «groupe de Torcy» était sur le point de frapper fort. Et l'on doit aux forces anti-terroristes échaudées par l'affaire Merah d'avoir permis d'éviter une nouvelle tragédie.

Cette efficacité ponctuelle et heureuse de la police devrait à elle seule conduire à une évidence: il faut bannir toute polémique ou récupération politique d'un phénomène terroriste dont François Fillon lui-même estime qu'il «exige l'unité nationale» pour le combattre efficacement. La dernière campagne présidentielle a montré combien il est tentant de jouer sur les peurs légitimes de la population face à la montée de l'islamisme radical. La veille de l'opération de Strasbourg, Jean-François Copé avait creusé le même sillon avec son anecdote sur un pain au chocolat volé à un enfant par des «voyous»s'érigeant en gardiens de l'observance du jeûne du Ramadan. Ceux-là mêmes, suivez mon regard, qui demain s'enrôleront dans le djihad islamiste pour imposer la charia au coeur de la république.

Peu importe que les experts de l'anti-terrorisme évaluent à «quelques dizaines» les Français de souche suspectés de visées terroristes. Au nom d'une «droite décomplexée», le rival de Fillon pour la présidence de l'UMP flirte allégrement avec le registre d'un Front national faisant son miel de l'amalgame entre immigration, sécurité, islamisme et terrorisme. Combattre les fondamentalismes, la porosité entre délinquance et terrorisme islamique et la banalisation indéniable de l'antisémitisme requiert la mobilisation de tous, à commencer par les représentants d'une communauté musulmane restés trop longtemps passifs. Cette lutte anti-terroriste à tous les niveaux, de l'école aux quartiers difficiles sans oublier les mosquées et les prisons, doit exclure toute surenchère de nature à nourrir les haines communautaristes et in fine les djihadistes en puissance.

Publié dans Nation

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