La campagne de Sarkozy détricotée

Publié le par DA Estérel 83

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La deuxième livraison de la revue Charles est vraiment convaincante, notamment pour l'enquête fouillée sur les coulisses de la campagne de l'ex-président de la République. Où l'on apprend le rôle du groupe Fourtou et la façon dont s'est imposée la campagne «buisonnière».


La campagne de Sarkozy détricotée
  A suivre une campagne présidentielle au jour le jour, on se met dans la roue des communicants, au risque d'en égarer les significations vraies. Ainsi de la campagne de Sarkozy dont les leçons paraissent, à ce jour, plutôt cacophoniques. Sarkozy a-t-il perdu à cause de la droitisation de sa campagne ? Ou au contraire celle-ci lui a-t-elle permis de contenir la montée du Front National et d'atténuer une défaite de toute façon inévitable ? Le staff de Sarkozy était-il clivé entre « démocrates de droite » et ultradroitistes, entre « buissnonistes » et « anti-buissonistes » ?   

Le dernier numéro de « Charles  » permet de recoller les morceaux grâce à l'article « Sarko en rase campagne » de Marc Endeweld. Cette enquête de coulisses reconstitue les dessous de la campagne de l'ex-président et se lit comme un mini-thriller. On y apprend le rôle, semble-t-il assez essentiel du groupe Fourtou, qui réunissait plusieurs anciens responsables de TF1(Etienne Mougeotte, Gérard Carreyrou et Charles Villeneuve) ainsi que d’autres acteurs comme le banquier Michel Pébereau, le jeune Guillaume Peltier, les deux briscards de la commmunication politique que sont Alain Carignon et Alain Calzaroni (ex-communicant du CNPF). Objectif de ce commando : reconstruire une relation positive avec les journalistes et les médias qui donnaient l'impression d'avoir abandonné leur chouchou du milieu des années 2000. 
On voit aussi comment plusieurs grands patrons - Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, Serge Dassault - se sont lassés de l'inconstance de l'ex-président, certains prenant même langue avec la hollandie avant même la fin de l'année 2011.  

Après quelques semaines d’hésitations et de cafouillages – le programme de Bruno Le Maire qui restera dans un tiroir, le livre « retravaillé » par Emmanuelle Mignon, qui ne sera jamais publié – le Président choisit de faire du Buisson à 100%. Paradoxalement, c’est un sociologue plutôt classé à gauche, Christophe Guilluy, qui lui offre, involontairement, les « clefs » de sa campagne. Une note de l’un de ses conseillers attire son attention sur la « fracture géographique » la thèse qu’il défend depuis des années. Le Président demande à le voir. Ensuite, il enchaîne les déplacements dans cette « France où il n’y a plus rien ». Pendant des semaines Sarkozy va disputer à Marine Le Pen son leadership sur les « oubliés de la République », tandis que la gauche semble se cantonner de l’appui dont elle bénéficie dans les villes moyennes et grandes, l’anti-sarkozysme fera le reste et on a vu que le pari de François Hollande s’est avéré gagnant, même si ce fut bueacoup plus serré que les observateurs ne l’imaginaient. 

Mais dans le staff Sarkozy, la stratégie buissonnière s’est  imposée d’autant plus facilement qu’aucun conseiller, même les plus modérés comme Pierre Giacometti ou les plus « républicains » comme Henri Guaino, ne percevait d’alternative possible. 

RETOUR SUR L'AFFAIRE MALIK OUSSEKINE

Le cas Buisson est aussi évoqué dans un autre article de la revue, passionnant, qui revient sur l’affaire Malek Oussekine 25 plus tard. On se souvient que la mort de ce manifestant au demeurant parfaitement pacifique, avait provoqué le début de la chute de la maison Chirac, lors de la cohabitation 1986-1988. L’enquête de Lamia Belhacène nous apprend que, peu après sa mort, les services de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, ont communiqué à l’hebdomaire Minute des informations disqualifiantes sur son frère et sa sœur, dénonçant le premier pour un escroc et la seconde comme une prostituée. Patrick Buisson aurait alors, selon la revue, demandé au journaliste Emmanuel Ratier de faire l’article à partir des documents transmis par les services de police (il s’agissait notamment d’une fiche Interpol). Après son enquête, ce dernier  déconseille la publication de l’article en l’absence de preuves exploitables en cas de procès. Patrick Buisson est passé outre, ce qui aurait provoqué un procès, perdu par Minute. 

Véritable cabinet de curiosités politiques, Charles publie aussi une itnerview passionnante de Carl Lang, qui a vingt-cinq ans de Front National au compteur, ainsi qu’un portrait sans complaisance du journaliste Jean-Michel Aphatie. 
Après un premier numéro décevant, l’éditeur de Schnoc k, autre très bonne revue (« des vieux de 27 à 87 ans »), a bien su remettre Charles sur de bons rails. Qu’il continue de nous étonner et de montrer la voie d’un journalisme politique novateur, familier des sentiers buissonniers. Mais là il ne s’agit plus de l’ancien conseiller de qui vous savez…

Publié dans Elections

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