Nucléaire iranien: espoir et méfiance

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Ce qui inquiète le groupe des 5+1, ce n'est pas tant que la tempête épouvantable qui s'est déclenchée hier sur Bagdad puisse empêcher leurs délégations d'atterrir (...) mais que la «bonne volonté» des Iraniens ne soit une nouvelle fois qu'une manière de gagner du temps. 

 

L'espoir de sortie de crise sur le nucléaire iranien qu'avaient fait naître la reprise des négociations et surtout le bon climat de celles-ci à la mi-avril à Istanbul va-t-il se concrétiser aujourd'hui lors de la rencontre de Bagdad? C'est en tout cas le pronostic du directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) tout juste de retour de Téhéran. Si on en croit Yukiya Amano, un ex-diplomate japonais chevronné, on serait sur le point de sortir de la crise qui depuis des années empoisonne les relations entre l'Iran et la communauté internationale. 

Et, au-delà, fait craindre une conflagration majeure au Proche-Orient. Selon le directeur de l'AIEA, «une décision a été prise pour signer un accord» et ceci très rapidement. Les membres du groupe des 5+1 (Etats-Unis, France, Russie, Chine, Grande-Bretagne, plus l'Allemagne) aimeraient bien partager cet optimisme. Pourtant ce qui les inquiète ce n'est pas tant que la tempête épouvantable qui s'est déclenchée hier sur Bagdad puisse empêcher leurs délégations d'atterrir et fasse capoter la rencontre d'aujourd'hui mais que la «bonne volonté» des Iraniens ne soit une nouvelle fois qu'une manière de gagner du temps. 

Car depuis des années, Téhéran n'a cessé de jouer au chat et à la souris, alternant les «cachotteries» sur des usines enterrées d'enrichissement d'uranium, les acceptations de visites (très contrôlées...) des inspecteurs de l'AIEA et les déclarations guerrières d'un Ahmedinejad promettant de rayer Israël de la carte. C'est donc avec une main tendue mais l'autre prête à mettre en oeuvre de nouvelles sanctions économiques - le sénat américain en a approuvé ce lundi toute une série au cas où...- qu'Américains et Européens mèneront les discussions avec le chef des négociateurs iraniens. 

Un négociateur qui ne peut pas ignorer que pas très loin de Bagdad et de Téhéran, un certain Netanyahou a lui, le doigt toujours prêt à appuyer sur le bouton «feu!»... A ces pressions économico-militaires, s'ajoutent pour les dirigeants iraniens le risque de se voir débordés par l'exaspération grandissante d'une jeunesse qui n'en peut plus de payer au quotidien les retombées des sanctions économiques et de subir des interdits religieux de plus en plus délirants. 

Ces derniers jours une circulaire sans précédent a ainsi été édictée pour punir très lourdement les «mannequins des rues». Cette chasse aux jeunes femmes qui osent porter des «vêtements serrés et collants» ou laissent s'échapper une mèche rebelle de leur tchador, loin d'effrayer la jeunesse, lui a donné une occasion supplémentaire de railler le pouvoir en jouant - elle aussi... - au jeu du chat et de la souris avec les «brigades de la morale». 

Voilà qui en dit peut-être plus long que de longues analyses sur le pouvoir réel et l'avenir des «maîtres» de Téhéran.

 


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