Nouvelle rallonge, nouveau tour de vis

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Ce week-end de l'Ascension, les ministres des finances européens, les responsables du FMI et le Premier ministre grec George Papandréou ne l'ont pas passé les pieds dans l'eau mais sur le pont. Hier, les premiers cherchaient à finaliser une nouvelle rallonge au plan d'aide de 110 milliards accordé à la Grèce il y a un an. Objectif: tenter une nouvelle fois de sauver ce pays de la faillite et éviter une contagion à l'ensemble de la zone euro.

Parallèlement, Georges Papandréou était lui à Luxembourg, la corde des privatisations autour du cou, pour convaincre ses interlocuteurs de son engagement à poursuivre les réformes afin de réduire le colossal déficit budgétaire du pays. Une aide supplémentaire devrait donc permettre à la Grèce de couvrir ses besoins jusqu'en 2014.

Cette nouvelle bouée va-t-elle sauver pour autant ce pays de la faillite et éviter que l'euro n'implose ? Ou sommes-nous lancés dans une folle fuite en avant ? Ne sommes-nous pas en train de remplir le tonneau des Danaïdes en déversant des milliards qui semblent ne même pas étancher la soif inextinguible de ce nouveau dieu Moloch que sont les agences de notation financière ? A quoi riment ces milliards et ces efforts quand on voit, cette semaine, Moody's encore abaisser sa note pour la dette de la Grèce et avertir qu'elle estime à 50 % le risque que ce pays se retrouve en défaut de paiement avant 5 ans ? Combien de temps les Grecs vont-ils supporter la cure d'austérité brutale qui leur est imposée ?

Il n'est évidemment pas question de remettre en cause la nécessaire solidarité avec les Grecs. Pour autant à force d'orthodoxie budgétaire et de défense pied à pied de la monnaie unique, l'Europe n'est-elle pas en train de faire monter dans ce pays à la fois le désespoir et un fort sentiment anti-européen.

On dira que les Grecs paient aujourd'hui le prix de leur laisser-aller budgétaire, d'une fraude fiscale vécue comme un sport national depuis trop d'années. Sans doute. Pour autant faut-il ajouter à la facture qu'on leur présente, l'injure ? Faut-il encore plus humilier des Grecs qui voient leurs banques, leurs plages, leurs services publics privatisés à tour de bras, par ces titres dans la presse allemande tels que «Braderie à Athènes» ou encore «Liquidation de l'Acropole, tout doit disparaître» ? Ne voit-on pas que la révolte qui monte dans ce pays peut enflammer demain Lisbonne, Madrid ou Paris ? La rigueur était nécessaire nous dit-on. Peut-être. Mais n'est-on pas allé au-delà du supportable avec cette purge qui assèche l'économie, brise la vie sociale et carbonise l'idée même d'avenir pour les jeunes générations ? Sans doute les déficits budgétaires sont-ils des poisons qui tuent lentement.

Prenons garde qu'à vouloir les combattre trop radicalement et trop vite, on ne tue pas du même coup cet espoir en un monde meilleur qui seul peut faire consentir des sacrifices.

Publié dans Economie

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