Charge de la dette : la France engrange les effets spectaculaires de la baisse des taux

Publié le par DA Estérel 83

Les Echos

 

 

 

Le budget 2013 va prévoir une charge de la dette proche de 47 milliards d'euros, un niveau inférieur de près de 2 milliards au projet de loi de Finances 2012. De quoi donner des arguments aux tenants du respect du retour du déficit à 3 % de PIB.

Charge de la dette : la France engrange les effets spectaculaires de la baisse des taux

Voilà une donnée que le gouvernement va pouvoir brandir afin de convaincre sa propre majorité de la nécessité de respecter la parole de la France. En affichant depuis son arrivée à l'Elysée sa fermeté quant au retour du déficit à 3 % de PIB dès 2013, François Hollande a fortement contribué à alléger la pression des marchés sur la dette française. Paris, un temps chahuté l'hiver dernier, a réduit fortement l'écart de taux (« spread ») avec Berlin, s'arrimant dans le club des pays solides de la zone euro. Cela a permis à la France d'émettre des obligations à des taux négatifs sur des échéances courtes depuis juillet, et de placer des titres à moyen et long terme à des taux historiquement bas (« Les Echos » du 21 septembre).

Résultat sonnant et trébuchant : le projet de loi de Finances qui sera dévoilé vendredi devrait prévoir une charge de la dette proche de 47 milliards d'euros l'an prochain, voire un peu moins, soit un montant inférieur de près de 2 milliards à ce qui était inscrit dans le PLF 2012 (48,8 milliards d'euros). Et ce alors que le taux d'endettement rapporté au PIB dépassera 90 %. La France engrange les bénéfices des dernières émissions : si les taux courts abaissent la charge en 2012, les gains sur les titres à moyen et long terme ne vont commencer à apparaître que l'année suivante.

Dépenses de l'Etat stabilisées

Bien sûr, la charge de la dette va rester à un niveau considérable, et sera encore le deuxième poste budgétaire en 2013 après l'éducation. Mais les économies réalisées grâce à la faiblesse des taux sont importantes : au début de l'été 2011, la loi de programmation des finances publiques prévoyait que la charge de la dette dépasserait le seuil symbolique de 50 milliards en 2012 et approcherait 55 milliards en 2013, sur la base d'une remontée progressive des taux d'intérêt..., qui ont en fait chuté. Ainsi la charge de la dette 2012 a-t-elle été revue en baisse à deux reprises depuis janvier (elle est désormais prévue à 47,4 milliards), et ce n'est sans doute pas fini.

De quoi donner des arguments aux ministres de Bercy, pour qui le retour à 3 % est incontournable, alors que le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a jugé dimanche cet objectif «  intenable  »si la conjoncture se dégradait encore, exhortant la Commission européenne à raisonner en termes de déficit structurel. «  Si nous ne tenions pas les 3 %, les marchés diraient : "Ils ne sont pas sérieux, ils ne sont pas crédibles", et boum, nos taux d'intérêt augmenteraient comme pour l'Espagne  », répliquait le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici.

Une chose est sûre : la baisse de la charge de la dette prévue en 2013, couplée au gel des crédits des ministères, va conduire à une évolution des dépenses de l'Etat au sens large (370 milliards d'euros) extrêmement contenue, proche de la stabilité en valeur absolue, alors que la règle à respecter est de ne pas avoir une hausse supérieure à l'inflation. Un résultat remarquable en dépit d'une dotation de la France à l'Union européenne qui va progresser de près de 4 %, à 19,6 milliards, et d'une charge prévisionnelle des retraites très dynamique (de 2 à 3 milliards de plus en 2013). Mais un résultat fragile.

ETIENNE LEFEBVRE

Publié dans Economie

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