François Hollande : vite, un discours du Bourget...

Publié le par DA Estérel 83

BlogsMediapart  Hubert Huertas

 

 

 

François Hollande est entré dans la zone des tempêtes, et sa capacité à passer à travers les gouttes a sans doute atteint ses limites. Ce n’est plus une pluie qui tombe sur lui, comme le jour de sa prise de fonction, c’est le ciel tout entier. S’il veut sortir la tête de l’eau, pour devenir une référence, il va devoir se mouiller.

        Chômage en hausse, croissance en panne, budget de rigueur, divisions multiples dans la majorité, chute de 11 points dans le dernier baromètre Ipsos-Le Point, s’il est trop tôt pour juger le quinquennat qui s’ouvre, le temps du Président peinard est bel et bien révolu. Ce président apaisé bénéficiait de l’agacement provoqué par l’état d’énervement chronique de son prédécesseur, mais voilà qu’il commence à son tour à agacer, pour des raisons exactement inverses. Lui, il est tranquille comme Baptiste, et les Français sont anxieux… Le contre-effet Sarkozy s’est estompé, Hollande est seul face à l’effet qu’il fait, et cet effet, c’est qu’il n’en ferait aucun, ou pas beaucoup. Voilà ce qu’on lui reproche : Etre trop lisse, trop absent, trop hésitant avec ses urgences renvoyées en commission. Il n’empoignerait pas la crise, et dormirait sur ses berceuses de Mai.

        Tout n'est pas juste dans ces critiques. La plupart des promesses attribuées au Président de la République sont le plus souvent des engagements qu'il n'a pas pris lui-même. Le psychodrame sur le nucléaire n’est que la remise en passion d'un problème tranché pendant la campagne. Hollande n’a jamais dit que "le nucléaire n’a pas d'avenir". De même l'affaire des Roms : elle réveille un vieux clivage entre « gauche de la gauche », aile gauche du PS, et majorité des socialistes. Elle pose la question de l'ordre, et là aussi Hollande n'a jamais fait de mystère : « la loi est dure mais c’est la loi ! ». Idem avec l'immigration, idem avec la rigueur économique, idem avec l'Euro. 

        C’est un social démocrate-pur jus, pas un révolutionnaire. Son problème c'est qu'il a gagné en musclant son discours, en le gauchisant, sur la finance, sur les 75%, sur le doublement du livret A, le blocage du prix de l’essence, la grande réforme fiscale…

       Or sur tous ces problèmes, au moment où la crise redouble, voilà qu’il divise ses solutions par deux. La hausse du Smic est toute petite, le doublement du livret A est étalé, le prix de l’essence est baissé de quatre centimes dont deux sur le dos de l’état, les 75% sont flageolants, et plus personne ne parle dans les couloirs des ministères de la fameuse réforme fiscale qui devait être la clé de voûte du quinquennat.

       La prudence de François Hollande le conduit à des demi-mesures au moment même ou l’opinion réclame un caractère entier. Il se retrouve un peu dans la situation de janvier dernier, quand les français doutaient déjà de son caractère. Il avait alors répondu par un discours musclé, au Bourget, et il avait gagné. Le voilà condamné à renouveler cet exploit, sauf que cette fois ce ne sont pas des mots qu’il devra dégainer, mais des actes…   

       France Culture, 7h36 ; twitter : @huberthuertas

 

 

 

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