Flexibilité : l'ultime fantasme du patronat deviendra-t-il réalité ?

Publié le par DA Estérel 83

Flexibilité : l'ultime fantasme du patronat deviendra-t-il réalité ? SLOVAR

 

 

Les négociations sur la réforme du marché du travail ont débuté vendredi 21 septembre, au siège du Medef. Au centre des discussions : la flexibilité pour tous les salariés. Une mesure que notre blogueur associé Slovar juge plus qu'inquiétante.


(Laurence Parisot et Michel Sapin, septembre 2012 - WITT/SIPA)
(Laurence Parisot et Michel Sapin, septembre 2012 - WITT/SIPA)
Vendredi s'ouvraient au siège du Medef les négociations sur la réforme du marché du travail, qui va impacter la vie de millions de salariés français. Si cette première journée devait être assez consensuelle, puisqu'on y parlait des contrats de génération, les suivantes devraient être musclées puisque, comme l'a déclaré Laurence Parisot, le Medef ne cèdera pas sur «l'indispensable» flexibilité ! La flexibilité de tous les salariés, rêve, que dis-je, ultime fantasme du patronat deviendra-t-elle une réalité ? 

C'est ce que qu'espère une partie du patronat qui passe sont temps à nous expliquer qu'à condition de pouvoir se débarasser à moindre coût d'une partie du personnel, lorsqu'il le juge nécessaire, on frôlerait quasiment le plein emploi ! 

Dans l'attente de ce «grand soir», les CDD (de plus en plus courts) sont devenus avec la rupture conventionnelle les deux principaux outils de flexibilité du patronat. Ce qui n'est pas encore assez aux yeux du Medef. Néanmoins il existe encore des entreprises qui embauchent en CDI et qui étrangement sont traitées de la même façon que les pourvoyeurs de CDD. D'où l'idée émise par Michel Sapin le ministre du Travail d'augmenter les cotisations chômages sur les CDD et de les diminuer sur les CDI. 

Bonne idée direz-vous. Que nenni, répond la patronne du Medef. Au lieu de celà il vaudrait mieux... flexibiliser l'ensemble des salariés ! Laurence Parisot explique : «(...) Si la France a davantage recours aux contrats courts que les autres pays européens, c’est parce que ce sont les seuls éléments de souplesse à la disposition des entreprises». Quel est le rapport avec le fait que certains employeurs usent abusent des CDD alors que d'autres privilégient les CDI et qu'une baisse des cotisations chômage de ces derniers serait méritée ? Aucun. Mais attendez la suite...

"LES SALARIÉS ÉVITERAIENT JUSTE DE FAIRE CADEAU DE LEUR SALAIRE"

Laurence Parsiot a dit : «Un tel mécanisme de taxes pourrait s’envisager si nous progressons en termes de souplesse (...). Il faut faire les choses dans l’ordre, c’est-à-dire offrir davantage de flexibilité aux entreprises avant de se pencher sur une éventuelle taxation des contrats courts(...)»

Envie de rire ? Ne vous gênez pas, mais pas trop longtemps car notre amie Laurence a encore d'autres idée géniales. «Le Medef réclame un cadre normatif nouveau concernant la durée du travail et le maintien des effectifs dans l’entreprise, un raccourcissement et une sécurisation des procédures collectives et, enfin, l’instauration d’un mécanisme permettant de plafonner les dommages et intérêts versés au salarié, notamment dans les TPE et les PME (...)»

En clair : Suppression de la durée légale du travail (et de facto, fin des heures supplémentaires), assouplissement des procédures de licenciement, mise à mort des obligations en cas de plans sociaux et enfin un plafonnement des sommes, le plus souvent légitimes, que les salariés peuvent obtenir au prud'hommes ! En gros, les salariés éviteraient juste de faire cadeau de leur salaire pour avoir le droit de venir tous les jours au boulot... Mais s'ils insistent, le Medef n'est pas contre.

DE PIÈTRES CONTREPARTIES

Et que propose le Medef en échange de tout ça ? Laurence Parisot explique que celà s'accompagnerait«de nouvelles garanties pour les salariés, notamment en termes de portabilité des droits». Et préconise qu'il faudrait «également améliorer l’accompagnement des demandeurs d’emploi». 

Foutage de gueule ? Certainement, mais au Medef, ils doivent franchement rigoler à l'idée que les syndicats doivent discuter de ces accompagnements et préconisations ! En fait, la seule question qui vaille d'être posée, c'est : qui va payer pour former ou réorienter des milliers de salariés licenciés au moment où l'objectif est le désendettement de l'Etat que le Medef réclame à cor et à cri ? 

Réponse : ça n'est pas le problème du Medef, puisque la compétitivité passe obligatoirement par des dégraissages et des charrettes de licenciés. Mais il est certain qu'au cas où le Medef obtiendrait gain de cause, que le nombre d'inscrits au Pôle Emploi exploserait, et que ces nouveaux chômeurs découvriraient que la flexi-sécurité se résume à pointer tous les mois avec les plus anciens ! En colère ? Vous pouvez, mais attendez, madame Parisot n'a pas finit... 

Laurence, décidemmment dans un grand jour, propose de «donner davantage d’informations aux représentants du personnel dans l’entreprise» et conclue, en déclarant cette flexi-sécurité, sauce Medef que cela «permettrait d’atténuer deux grandes peurs réelles dans la société : celle du chômage et celle de l’embauche». Cynisme ou humour ? A vous d'en décider. 

Il n'en reste pas moins qu'à l'issue de cette négociation majeure, qui sera probablement la dernière de Laurence Parisot, dont le mandat à la tête du Medef prendra fin en 2013, deux solutions s'offriront aux salariés : se battre contre une précarisation généralisée, ou passer de temps en temps admirer la statue en marbre, ou en or massif de Laurence Parisot, que le Medef lui aura consacré, et qui sera installée dans l'entrée de son siège social, histoire de se remémorer le temps d'avant la flexibilité !

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