Economie: la France à l'arrêt

Publié le par DA Estérel 83

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À l’arrêt. Le seul titre de la note de conjoncture de l’Insee, publiée le 4 octobre, donne la tonalité de l’analyse de l’institut de conjoncture. Alors que dans sa note de juin, il prévoyait encore un très léger rebond de l’activité au cours du second semestre (+0,1 % au troisième trimestre, + 0,2 % au quatrième), il ne se fait plus aucune illusion : la fin de l’année sera sombre. L’Insee n’ose pas annoncer une récession, comme l’ont déjà fait la Banque de France ou d’autres instituts de conjoncture, mais il pronostique qu’au mieux ce sera une croissance nulle, donnant une progression de 0,2 % du PIB pour l’ensemble de l’année. Encore laisse-t-il planer des interrogations sur ses prévisions. D'autres révisions à la baisse sont possibles.  

(La note est consultable dans son entier ci-dessous)

 

 

 

 

En soi, cette prévision est tout sauf une surprise. Des chiffres sur le climat des affaires à la multiplication des plans sociaux, tout dessine une situation noire, « qui se dégrade beaucoup plus vite qu’anticipé », de l’aveu même d’un conseiller de l’Élysée. Au mieux, la production manufacturière serait atone, après avoir reculé de 1 % au deuxième trimestre. L’activité des services serait, elle aussi, en croissance nulle, selon l’Insee. Mais le plus désespérant dans cette note de conjoncture est que de quelque côté que l’institut se tourne, il ne voit aucune lueur à l’horizon. Tous les moteurs qui pourraient soutenir l’économie sont à l’arrêt.

La consommation intérieure, qui a été le principal soutien de l’activité économique au cours de la dernière décennie, est en train de s’effacer. Les politiques récessives imposées par l’Europe, au nom d’un retour rapide à l’équilibre budgétaire, sont en train de produire leur effet partout. La France ne fait pas exception. « Les mesures votées pour 2012 en loi de finances initiale et en loi de finances rectificative induisent des hausses de prélèvements de l’ordre de 1 point de revenu des ménages sur l’année. Environ la moitié de ces mesures, notamment celles relatives aux impôts sur le revenu et sur la fortune, affecterait le revenu des ménages au second semestre », note l’Insee. Cette hausse de fiscalité ajoutée à une stagnation du pouvoir d’achat, une montée du chômage et une hausse des prix du pétrole, qui entretient l’inflation, pèse sur le revenu des ménages: il risque de reculer de 0,5 % en moyenne sur l’ensemble de l’année.

Exportations et investissements en recul

Alors que le chômage devrait encore augmenter pour atteindre le taux de 10,6 % de la population active à la fin de l’année, soit 67 000 emplois de perdus en plus, selon les prévisions de l’Insee, est-il raisonnable de penser que les ménages français vont puiser dans leur épargne pour compenser leur perte de revenus et maintenir leur consommation ? Les économistes de l’Insee laissent la question ouverte mais semblent en douter.

D’autant que le choix du gouvernement de mener un « blitzkrieg fiscal », comme le qualifie l’institut Xerfi, dans l’espoir d’apurer les comptes publics et de revenir rapidement au seuil des 3 % de déficit budgétaire, risque de susciter encore plus d’inquiétude et d’attentisme dans les ménages et de prolonger la récession. L'OFCE a souligné les risques de ce scénario noir (Voir le sombre avertissement de l'OFCE.)

Inutile non plus de compter sur les exportations pour soutenir l’activité, prévient l’Insee. Alors qu’il tablait encore en juin sur un rebond, l'institut exclut désormais cette possibilité. Le commerce mondial est en nette régression et la France ne peut espérer être épargnée. L’institut de conjoncture prévoit un recul de 0,3 % au troisième trimestre et un rebond de 0,2 % au quatrième trimestre.

Frappée par la récession, l’Europe, principale destination des exportations françaises, réduit sa demande. Comment parier sur une hausse des exportations quand l’économie espagnole s’effondre de 3 %, celle de l’Italie de 2 %, du Royaume-Uni de 0,4 % ? Même si les États-Unis repartent légèrement, la baisse de l’activité au Japon comme les nombreux doutes qui entourent la situation économique chinoise laissent peu d’espoir sur une reprise des ventes. De plus, comme le note l’Insee, « l’appréciation de l’euro qui a repris depuis cet été », pénalise les exportations européennes. Un sujet rarement évoqué par les responsables européens, qui ne cessent de parler du déclin de la compétitivité en Europe.

Dans ce contexte, les entreprises, qui souffrent déjà d’absence de débouchés, de surcapacités et voient leurs marges se réduire, n’ont aucune incitation à investir. Le troisième moteur de l’activité économique, qui est au ralenti depuis longtemps, n’a donc aucune chance de repartir : selon l’Insee, après avoir progressé de 0,6 % au deuxième trimestre, les dépenses d’investissements reculeraient respectivement de 0,4 % et de 0,7 % au troisième et au quatrième trimestre.

Pour le gouvernement, ces chiffres sont de très mauvais augures. Ils signifient que l’économie française va aborder l’année 2013 avec un déficit d’activité qu’il sera difficile de compenser, même si la situation européenne et internationale ne s’aggrave pas.

Dès lors, les hypothèses de croissance de 0,8 % sur lesquelles a été bâti le projet de loi de finances 2013 apparaissent déjà bien optimistes. La France risque de se retrouver aux prises avec les mêmes tensions que l’Espagne ou l’Italie, obligées de renforcer toujours plus les mesures d’austérité pour remplir leurs obligations budgétaires, au fur et à mesure que la récession s’installe. À moins que le gouvernement français ait le courage de jeter son poids politique dans la balance pour modifier le logiciel européen qui depuis trois ans conduit la zone euro dans la paupérisation, le chômage et le malheur ?

Publié dans Nation

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