Quand un sénateur UMP échafaudait un scandale sexuel pour se débarrasser d’un de ses collègues du Sénat

Publié le par DA Estérel 83

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François Grosdidier rêvait de piéger Jean-Louis Masson, en le faisant succomber aux charmes d’une jeune fille mineure, le tout pour nourrir un scandale politique contre son rival de l’UMP. C'est ce que révèle un enregistrement que Marianne publie en intégralité.


(François Grosdidier - POL EMILE/SIPA)
(François Grosdidier - POL EMILE/SIPA)
En Moselle, deux sénateurs UMP, François Grosdidier et Jean-Louis Masson, se livrent depuis plus de 20 ans une guerre politique impitoyable, émaillée de moult procédures judiciaires. Dans ce combat, l’irascible Grosdidier, également maire de Woippy, récemment mis en examen pour détournements de fonds publics (1), semble avoir perdu tout sens des réalités. 

L’enregistrement d’une de ses anciennes conversations avec un agent immobilier aux pratiques musclées que Marianne s’est procuré, est proprement effarant. François Grosdidier rêvait de piéger Jean-Louis Masson, en le faisant succomber aux charmes d’une jeune fille mineure. Le tout pour nourrir un scandale politique contre son rival de l’UMP…

Après avoir attendu de longs mois, Jean-Louis Masson, a transmis cet enregistrement à la justice, et porté plainte, le 30 juillet, contre son ancien poulain pour «association de malfaiteurs». Digne des «Tontons flingueurs», les propos du sénateur Grosdidier, dont l'enregistrement est consultable à la fin de l'article, témoignent des haines recuites que l’on entretient à droite en Moselle.

«AU MAROC, IL SE FERA PIÉGER COMME UN LAPIN»

Le but de l’élu UMP est en effet d’attirer son collègue et ennemi dans un guet apens au Maroc. On entend sa grosse voix pester contre ce «fou (de Jean Louis Masson) qui n’a plus rien à perdre car il a raté sa carrière». Du classique! Puis le même de maugréer :«Le seul truc, c’est de le faire coucher avec une mineure. Y a que çà.» Son interlocuteur ne semble pas enthousiaste: 

«On a déjà parlé, on trouve personne. Tout le monde a peur.»
«Y a que çà, revient à la charge le maire de Woippy énigmatique, il faut monter un coup de là-haut.»  
«Moi je te donne des sous, reprend son confident, inquiet. Cependant, une pépé, je sais pas combien ça coûte.» 

Agent immobilier en Moselle, il argumente alors en nous donnant un aperçu des pratiques locales: «J’arrive pas. J’ai essayé. J’ai plein de copains qu’on peur de rien. Quand j’ai un locataire qui va pas, le mec il y va, il lui met deux claques dans la gueule et il le fait sortir. Là quand je lui dis que c’était pour l’autre, il a pris peur. Y veulent pas trouver une mineure en France. D’accord au Maroc, il se fera piéger comme un lapin.» 

Mais il y aurait un lézard à tenter une telle opération à l’étranger. François Grosdidier doute du zèle des policiers marocains à arrêter un sénateur français. Dans l’enregistrement, il échafaude alors un plan B : mettre dans la boucle «un journaliste ou une ONG.» et manipuler l’entourage de Claude Guéant, l’ancien ministre de l’Intérieur qui appréciera :«Dès que ça pète, moi je préviens le secrétaire d’Etat à l’Intérieur en lui disant, écoutez ne le protégez pas, c’est le plus foireux des hommes politiques français… » Une façon d’éliminer une sacrée «épine du pied»
 
Jean Louis Masson affirme avoir pris possession de cet enregistrement dans des circonstances rocambolesques. Courant 2010, il aurait été contacté à moult reprises par un «entrepreneur» qui l’invitait à le rencontrer au Maroc, tous frais payés, pour consulter des actes notariés concernant François Grosdidier. Comme, il ne donnait pas suite, ce dernier, sans jamais lui donner son nom est alors venu le rencontrer en Moselle, l’occasion pour Jean-Louis Masson de le faire photographier discrètement. Peu avant les élections cantonales de mars 2011, ce dernier lui faisait pourtant parvenir le fameux enregistrement. Pièce que Jean-Louis Masson se refuse alors à dévoiler. Il ne se décide à porter plainte que le 30 juillet dernier, en apprenant qu’un chef d’entreprise mosellan, Patrick Malick, au centre d’un dossier de partage illicites de marchés mettant en cause François Grosdidier, affirme avoir été l’objet d’intimidations et d’une tentative de cambriolage à son domicile. «Je n’ai compris qu’à postériori que j’ai eu chaud», justifie ce polytechnicien.  

Contacté par Marianne, François Grosdidier nous a indiqué «se souvenir d’avoir évoqué ce genre de sujet avec un escroc qu’il soupçonnait d’être envoyé par Jean-Louis Masson.» sans avoir donné suite à ces contacts. Il nous a également affirmé que «la conversation aurait été reconstituée avec des phrases sorties de leur contexte.» 

(1) Le 26 juillet dernier, François Grosdidier a été mis en examen pour détournements de biens publics dans le cadre d’une plainte déposée, il y a huit ans, par Laurence Burg, une conseillère municipale d’opposition de Woippy qui dénonçait un «système municipal de dépenses injustifiées et de petits arrangements entre amis».
 

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