Hollande a-t-il besoin de choquer pour se donner du temps ?

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

 

Qui pouvait s'attendre à mieux ou à pire ? Les déclarations de François Hollande ont produit leur choc, dimanche soir.

Le président a imprimé un état d'esprit de crise parmi ses ministres.

Et à gauche aussi.

Comme s'il avait cherché à se donner du temps. Redonner du temps à l'action politique contre le bruit médiatique est l'une des gageures de tout gouvernants post-Sarkozy.

Remanier le calendrier ?
Ce n'était plus le même calendrier. Il était plus serré et un peu différent de celui présenté en mars dernier. Et alors ? Non seulement fallait-il tenir les promesses mais en plus on était engagé sur leur calendrier... 

Une certaine presse était encore et toujours agitée de n'avoir sa dose à commenter à chaque heure. Il fallait du neuf, de la polémique. Thomas Legrand, sur France Inter, reconnut lundi soir qu'Hollande aurait du mal à discipliner ces indécents. Même Jean-Luc Mélenchon rejoignait le Figaro et quelques autres UMPistes pour dénoncer l'improvisation du gouvernement: «Nous sommes mieux préparés au combat que nos amis socialistes qui improvisent tous les jours. (...) Ce qui se prépare est au moins aussi grave que ce qui s'est passé en 1929 et qui a débouché sur une guerre…» Mélenchon est dans l'urgence. 

Devait-on rappeler à l'ancien sénateur socialiste que Roosevelt eut besoin d'une décennie ? 

Au passage, nous avions une question collective: mais qui donc avait laissé Hollande promettre une stabilisation voire une décrue du chômage dès septembre 2013 ? Les plus pessimistes d'entre nous ne s'attendent qu'à davantage de malheur. Quant au calendrier, les 7 milliards d'impôts estivaux et détricotages des défiscalisations sarkozyennes ne valaient pas réformes bancaire ou fiscale. A l'inverse, Hollande a fixé un cap bien court pour le redressement: deux ans ! 

Oublier les couinements
Dans les critiques, l'UMP s'est surpassée, sans crédit ni imagination. On oubliera l'ancien député Christian Vanneste, ex-UMP exclu pour homophobie en juin dernier, qui s'indigne dès lundi matin : les Français vont payer la note de François Hollande! Ce gars-là n'a rien compris, il nage en plein délire. Les Français vont payer la note d'une décennie de mauvaise gestion de quatre années de crise.

Défendre la rigueur n'est pas chose facile. La ministre de la Culture s'est ainsi défendue,lundi soir dans les colonnes du Monde: gel total ou partiel de la plupart des grands projets sarkozyens (maison de l'histoire, maison de la photo, Centre d'art pariétal, la salle supplémentaire de la Comédie-Française à Paris, le Centre National de la Musique, etc), prélèvement de 150 millions d'euros sur le fond de roulement du CNC, ou plafonnement des niches fiscales y compris culturelles (sofica, etc). Certains lobbyistes du secteur couineront, mais n'est-ce pas la guerre ?

Imposer la rigueur
Au fil de la journée, on a compris quelques détails, obtenu quelques précisions.

La hausse de l'impôt sur le revenu, via la poursuite du gel de son barème, épargnera 20 millions de foyers sur 36 millions: «En 2013, si le mécanisme de décote est bien calibré, il ne devrait pas y avoir de hausse du taux d'imposition pour quelque 20 millions de foyers fiscaux», a expliqué dans un communiqué le syndicat Solidaires Finances publiques. Car Hollande a promis de protéger les deux premières tranches de l'IR, soit 3000 euros mensuels de revenu par ménage. 

Les artistes et les sportifs ne seront pas non plus épargnés des 75% de taxation (qui inclueront la CSG et le CRDS). Mais on est encore dans le flou sur l'exemption de tout ou partie des revenus du capital.

Le Figaro révèle que l'abattement fiscal de 40% sur les dividendes sera relevé à 20%. Une mauvaise nouvelle pour les détenteurs d'actions. 

21% des Français sont en découvert bancaire à la fin de chaque mois, d'après un sondage CSA.


Là était l'important. Comme dans ces statistiques, terrifiantes, de la pauvreté dévoilées la semaine dernière. Comment Hollande pouvait-il espérer sauver ces Français de la précarité ? 

Non, l'essentiel n'était vraiment pas de savoir si telle ou telle mesure promise serait adoptée en septembre ou en janvier.

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