Un procureur et des banquiers hors-la-loi…Qui en parle ?

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2-copie-1

 

 

Quelles informations font la une de l'actualité quand d'autres passent à la trappe ? C'est, en substance, la question que se pose Laurent Neumann, après la révélation de deux informations de la plus haute importance qui n'ont pas eu l'écho escompté. D'un côté, l'affaire Bettencourt revient, avec la mise en cause des agissements du procureur Courroye, qui aurait bien pu être en service commandé. De l'autre, le non-respect par les banquiers français d'une directive européenne régulant leur rémunération.


Un procureur et des banquiers hors-la-loi…Qui en parle ?

 

Il est passionnant de regarder comment les médias hiérarchisent l'information. Qu'est-ce qui est important dans l'actualité ? Qu'est ce qui ne l'est pas ? La semaine dernière, par exemple, le plus important, c'était la mort de Ben Laden, le mariage à Londres du Prince William, la béatification à Rome de Jean-Paul II, le scandale des quotas dans le football français et la Porsche servant de taxi à Dominique Strauss-Kahn. Ce qui ne l'était pas, à l'inverse ? L'interview de Carla Bruni-Sarkozy dans Le Parisien, passée inaperçue.

Mais parfois, et c'est une pierre dans le jardin des journalistes, certaines informations de première importance, pour la démocratie, pour le débat citoyen, ne retiennent pas l'attention des médias et, par ricochet, celle du grand public.

Deux exemples : 
1)    Chacun se souvient encore de l'affaire Bettencourt. La juge Isabelle Prévost-Desprez avait été dessaisie de l'affaire parce que le procureur de la république de Nanterre, Philippe Courroye, la suspectait de violation du secret professionnel. Grave suspicion. Pour démontrer la faute de la juge, Courroye avait demandé à la police de saisir les relevés téléphoniques de trois journalistes du Monde censés être en relation avec Mme Prévost-Desprez. Résultat ? La juge, par définition indépendante, avait été mise sur la touche, et les affaires Woerth-Bettencourt dépaysées à Bordeaux. Or, on vient d'apprendre, dans un arrêt de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Bordeaux, que le procureur Courroye était dans l'illégalité, qu'en réclamant ces relevés téléphoniques, il a contrevenu au code de procédure pénale, à la convention européenne des droits de l'homme, à la loi sur la liberté de la presse et au principe du secret des sources des journalistes ! En raison de cette procédure, illégale donc, l'intégrité d’une juge a été publiquement mise en cause – à tort - et le scandale politique Woerth-Bettencourt enterré, pour un temps au moins.

Or, aucun média n'a dénoncé ce scandale dans le scandale. Aucun média ne s'est interrogé pour savoir si le célèbre procureur Courroye, qui n'a cessé de clamer qu'il accomplissait son travail en « toute indépendance », n'était pas en réalité en service politique commandé. Aucun média à une exception près, le journal Le Monde.

2)    Deuxième exemple : le week-end dernier, notre confrère Libération titrait à la Une : «Bonus : les banquiers français hors la loi ». Les dirigeants des principales banques françaises ne respectent pas la directive européenne qui, depuis la crise, régule leur rémunération, affirme le quotidien. Grave accusation. Ou bien elle est fausse et alors cette Une aurait dû déclencher un légitime tollé; ou bien elle est vraie, et elle devrait faire les gros titres de tous les autres médias, faire trembler banquiers, ministres de tutelle, autorités de régulation, précisément au moment où le gouvernement s'emploie à « vendre » le bilan de Nicolas Sarkozy qui avait promis de réguler la finance mondiale et d'encadrer les bonus des banquiers.
Or, à part Libération, rien. Pas une ligne, pas un commentaire. Passé par pertes et profits.
 
En s'octroyant de faramineuses parts variables sur leurs salaires, nos banquiers peuvent donc en toute impunité violer les règles européennes sans que nul s'en émeuve. Les patrons de la Société Générale (4,1 M€ de revenus en 2010) et de BNP Paribas (6,2 M€) peuvent gagner 4 à 5 fois plus en bonus qu'en salaire fixe sans que cela pose un problème.

Plus grave encore : on découvre que les autorités françaises ont volontairement mal traduit le texte européen en droit français pour que ces banquiers puissent continuer à se payer comme avant la crise. Le texte originel parlait de « rapport équilibré » entre salaire fixe et salaire variable : les bonus ne devaient donc pas dépasser la rémunération fixe. Dans le texte français, comme par miracle, le mot « équilibré » est devenu « approprié » – ce qui ne veut plus rien dire.

Et qui en parle ? Personne.
Publicité

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article