Sécurité routière: la vis sans fin
Jacques Chirac en avait fait une priorité en 2002 et le nombre de morts sur les routes françaises a effectivement diminué de moitié pendant son quinquennat. Mû par la même détermination, Nicolas Sarkozy avait voulu, évidemment, faire mieux que son prédécesseur ! Objectif: passer sous la barre des 3.000 morts en 2012. A grand renfort de contrôles en tous genres, en multipliant les radars comme des petits pains, la baisse de la mortalité routière a continué de diminuer. Jusqu'en décembre dernier.
Et puis voilà que la hausse est repartie: le nombre de morts est passé de 1.123 à 1.267 au cours des quatre premiers mois. Soit, en projection, une augmentation de 12,8 % sur un an. Du coup, et comme il fallait s'y attendre dès lors qu'il avait été brusquement décidé de l'avancer, le comité interministériel de sécurité routière d'hier matin ne s'est forcément pas réuni pour rien.
C'est une véritable avalanche répressive qui a été décidée: le grand excès de vitesse sera qualifié de délit et passible de la correctionnelle dès la première infraction, les avertisseurs de radars interdits, les panneaux indiquant ceux-ci supprimés, un taux d'alcoolémie supérieur à 0,8 gramme entraînera une perte de 8 points du permis, les sanctions pour usage du téléphone portable sont aggravées, etc.
Même s'il ne vient à l'idée de personne de contester la nécessité de lutter contre le fléau des accidents, même si chaque mort de la route est un drame, on ne peut que s'interroger sur la façon dont une fois encore ce gouvernement réagit sous le coup de l'émotion et semble se ficeler lui-même dans cette dictature des chiffres. Il y a eu plus de morts en ce début d'année ? Certes. Mais faut-il vraiment à tout prix chercher à nous faire croire - sondages (?) à l'appui - que c'est en raison de la combinaison du relâchement «avoué» des automobilistes, de la responsabilité du portable y compris «main libre» et du «laxisme» supposé des députés ayant assoupli les règles de restitution des points du permis comme le clament certaines associations ?
Ne faut-il pas plus sérieusement prendre en compte un temps exceptionnellement beau qui a encouragé les migrations ? Ne faut-il pas se dire aussi qu'en 10 ans le nombre de véhicules a fait un bond considérable et que du coup il ne faut pas oublier qu'il existe aussi des règles de probabilité ? A vrai dire on s'interroge parfois pour savoir si la lutte contre la «violence» routière et la répression accrue contre les «criminels» de la route n'est pas un alibi pratique pour tenter de masquer à moindre coût - les radars dits «bandits manchots» sont aussi une bénédiction pour les caisses publiques... - une autre réalité, celle de l'explosion des attaques contre les personnes ?
A moins d'un an de la présidentielle, on comprend en tout cas que Nicolas Sarkozy ait à coeur de rebooster son image de père Fouettard. Même si c'est en arborant la simple panoplie du motard de la gendarmerie plutôt que celle de commissaire de la Criminelle.