Sa grande commission est oubliée de tous Jacques Attali intrigue de droite à gauche

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Président de la commission qui porte son nom, Jacques Attali vient de prendre une initiative qui fait quelques vagues dans le petit landernau des économistes et des experts parisiens. Alors qu'il n'avait reçu aucun mandat en ce sens ni de l'Elysée ni de Matignon, il a décidé de son propre chef de procéder à la convocation de cette « Commission pour la libération de la croissance française », pour une réunion mercredi 19 octobre.

 

Les membres de cette instance ont diversement apprécié cette initiative, beaucoup y voyant une petite manœuvre en soutien... à François Hollande. Du coup, la réunion s'est tenue dans un climat de crise et d'invectives.

 

Cette embardée de Jacques Attali n'est certes pas la première du genre. Jouant les entremetteurs du capitalisme parisien, un peu sur le modèle d'Alain Minc, il adore papillonner d'un camp à l'autre. Mais cette fois-ci, peut-être a-t-il commis l'impair de trop. Car son initiative intempestive a eu le don d'agacer les partisans de Nicolas Sarkozy, mais tout autant, même si c'est pour des raisons différentes, ceux de François Hollande.

 

Ancien sherpa de François Mitterrand, Jacques Attali s'est en effet politiquement marqué, en 2007, en devenant un obligé du Palais, faisant une cour assidue à Nicolas Sarkozy, qui lui a finalement confié la présidence de cette commission. Le seul nom de la commission avait à l'époque valeur de symbole: « Commission pour la libération de la croissance »... L'intitulé suggérait clairement que la croissance était jusque-là emprisonnée. Il était donc chargé de sous-entendus ultralibéraux, sur un registre qui a longtemps été celui d'Alain Madelin : pour relancer l'activité, il faut remettre au pas un Etat obèse et déréguler fortement une économie trop bureaucratisée et protégée...

 

Constituée en juin 2007, au lendemain de l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, la commission se met donc au travail, à la demande du chef de l'Etat, pour concevoir une ribambelle de mesures de déréglementation, devant venir épauler la politique libérale voulue à l'époque par le champion de la droite. Alors que la fameuse Révision générale des politiques publiques (RGPP) est mise en chantier par l'Elysée, la commission Attali prolonge ces premiers coups de boutoirs par des recommandations en pagaille (ci-dessous la vidéo lors de la remise du rapport à l'Elysée) allant dans le même sens : déréglementation du travail, déréglementation des professions protégées, économies à marche forcée...

La vidéo de la remise du rapport à Nicolas Sarkozy

 

Mais manque de chance pour Jacques Attali ! Le brûlot libéral qu'il finit par remettre à Nicolas Sarkozy arrive totalement à contretemps, car au même moment la crise financière s'est creusée. Et pour Nicolas Sarkozy, il devient moins facile de vendre à l'opinion la potion amère que lui a concoctée Jacques Attali. Résultat : le rapport de la commission est abandonné par l'Elysée à la critique rongeuse des souris.

Un second rapport pour la poubelle

Cela provoque chez l'essayiste une grande amertume. Ni ministre, ni conseiller influent : son travail dans les coulisses du pouvoir sarkozyste semble n'avoir servi à rien. Et pour les agents d'influence, il n'y a rien de plus mauvais que d'apparaître... sans influence !

 

Du coup, pour faire mine d'être encore dans le paysage, Jacques Attali convoque une seconde session de la commission, mais l'alchimie ne fonctionne plus. Alors qu'en 2007, les « Gracques » de la commission (la gauche... de droite) et les libéraux avaient travaillé en bonne intelligence et étaient parvenus à trouver des points d'entente, en 2010 cet état de grâce n'est plus au rendez-vous. Résultat : le nouveau rapport, intitulé « Une ambition pour dix ans », est un flop total. Personne ne le remarque, et évidemment pas Nicolas Sarkozy qui n'y attache pas la moindre importance (lire Minc, Attali, même combat).

 

A l'approche de l'élection présidentielle de 2012, Jacques Attali porte donc sa rancune en bandoulière et a fait spectaculairement mouvement vers François Hollande (voir ici son billet de blog qui annonce son ralliement). Seulement voilà ! Il sait mieux que d'autres, à l'instar d'autres socialistes qui ont fait carrière sous la Sarkozie, tel Jean-Pierre Jouyet, qu'il est hautement toxique pour le candidat socialiste. Lui a peut-être besoin de François Hollande pour rebondir ; mais François Hollande a de bonnes raisons de penser que cette proximité peut être embarrassante.

 

C'est donc dans ce contexte que Jacques Attali a adressé voilà quelques jours un mail à tous les membres de sa commission pour les prier de venir à une nouvelle réunion, mercredi 19 octobre. A-t-il voulu montrer publiquement qu'il comptait encore et qu'il pouvait peser dans le débat public ? En tout cas, l'initiative a été très critiquée. Le soupçonnant de faire maintenant le jeu du candidat du PS, les plus libéraux de la commission ont décidé de la boycotter purement et simplement, à la notable exception du patron de Virgin Mobil, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a passé une tête mais seulement quelques instants.

Il n'y avait pas plus certains des experts proches de la gauche strauss-kahnienne qui avaient accepté de siéger dans cette commission : n'étaient là ni l'économiste Philippe Aghion (soutien de François Hollande), ni Stéphane Boujnah, un ancien collaborateur de « DSK » devenu directeur général de la banque d'investissement de Banco Santander France. Autres absence notables, celles de Jacques Fontanet, le PDG d'Essilor, ou encore de Christian de Boissieu, le président du Conseil d'analyse économique.

Les ambitions d'Anne Lauvergeon

Résultat : Jacques Attali n'a finalement réuni, sans ordre du jour vraiment établi, qu'une assistance maigrelette, composée pour l'essentiel des « seconds couteaux » de la commission et de quelques figures connues du monde des affaires, mais au chômage, comme Anne Lauvergeon, l'ex-présidente du directoire d'Areva.

Rongeant son frein depuis qu'elle a été débarquée par l'Elysée de son poste, Anne Lauvergeon, qui a longtemps espéré être nommée ministre sous Sarkozy, n'a plus comme occupation que le poste de présidente du conseil de surveillance du journal Libération que lui a proposé Edouard de Rothschild. Veut-elle donc faire mouvement et se redécouvrir sur le tard des racines à gauche, dans l'espoir d'obtenir un nouveau fauteuil de PDG à la faveur d'une éventuelle victoire de François Hollande ? Dans un entretien récent (vidéo ci-dessous), elle n'excluait pas même de revenir en politique.

 

 

En tout cas, si l'opération commission Attali Acte III était empreinte de ce type d'arrière-pensées de la part de son instigateur, Jacques Attali, et de certains de ceux qui ont répondu à son invitation, c'est raté ! La commission a explosé en plein vol.

Triste histoire pour Jacques Attali, qui a perdu les faveurs de Nicolas Sarkozy, bien qu'il l'ait beaucoup flatté, mais qui n'a sans doute pas gagné celles de François Hollande, bien qu'il cherche tardivement à chanter ses louanges. Mais qui le plaindra ? C'est le lot commun des courtisans et des oligarques: ils espèrent survivre à toutes les alternances et inspirer invariablement les mêmes politiques réactionnaires. A force de suivre des chemins tortueux, ils finissent par s'y perdre.

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Publié dans Politique

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V
<br /> qu'ils et elles s'en aillent tous !!!!<br /> <br /> <br />
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