Rachida Dati fait feu sur Brice. Mais après ?
Laureline Dupont - Marianne | Mardi 24 Août 2010
Dans une tribune publiée dans Le Monde, Rachida Dati prend un peu plus ses distances avec la politique de sécurité menée par le gouvernement, en taclant, sans le nommer, Brice Hortefeux. Ce n'est pas la première fois. A tel point qu'on peut s'interroger sur l'objectif poursuivi.
Cessons donc d'opposer les Français les uns aux autres.» La phrase sonne comme une condamnation. Rachida Dati, soutien actif et porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007, semble déterminée à faire entendre sa voix. Discordante de préférence.
La tribune publiée dans Le Monde du 24 août apparaît comme un prolongement en forme de bouquet final d'une longue série de sorties médiatiques estivales, toutes plus critiques les unes que les autres à l'égard de la lutte contre l'insécurité qu'entend mener le gouvernement.
Il y a d'abord eu son invitation à Parlons net, le 2 juillet dernier. Dati avait réservé sa première salve au ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, condamné à 750 euros d'amendes après des propos adressés à un jeune militant UMP d'origine arabe. « On verra la version définitive mais si vous êtes condamné pour injure raciale, ça a un sens», s'était exclamée la maire du VIIe arrondissement. Fustigeant à mots à peine couverts l'action du ministre, Dati s'était affichée en élue locale en prise avec une réalité ignorée par Beauvau : «Je fais des réunions et je vois que les Français ne sont pas contents ; quand vous avez les atteintes aux personnes qui explosent, il y a peut-être quelque chose à reprendre».
Comme si le message manquait de clarté, la voilà qui enfonce le clou dans le numéro du 7 août de l'hebdo féminin Grazia, affirmant que «quelque chose n'a pas marché dans la lutte contre la délinquance». Interrogée une fois encore sur les propos tenus par Hortefeux à Seignosse, l'ancienne ministre de la Justice a déclaré : «J'ai été choquée». Une façon implicite de rappeler son exemplarité ?
Sur Europe1 le 10 août, l'ancienne garde des Sceaux passe la vitesse supérieure en vitupérant explicitement Brice Hortefeux. «Quand vous luttez contre la criminalité, il est important que le ministre de l'Intérieur soit parmi les Français, d'ailleurs le président de la République lui a demandé».
A l'époque, l'ancienne ministre «issue de la diversité» arguait encore ne pas se sentir«stigmatisée» par les mesures sécuritaires décidées par le pouvoir. Une opinion qu'elle semble avoir abandonnée depuis : «Cessons de stigmatiser tous ces «Français de la diversité»». Signe de sa désaffection grandissante pour la majorité ? En s'opposant aussi ostensiblement aux annonces récentes faites par le gouvernement, Dati souhaite-elle faire passer un message ?
La tribune parue dans Le Monde confirme en tout cas la volonté de l'ex Garde des Sceaux de se détacher -idéologiquement parlant (pour l'instant?)- de la majorité.Rappelant l'importance de «l'égalité à laquelle chacun doit pouvoir prétendre», comme le fait d'ailleurs Villepin trois lignes plus haut dans sa tribune, Dati insiste également sur le défi des responsables politiques : «Créer un nouveau climat d'apaisement pour que tous les Français soient de nouveau totalement en phase avec les valeurs fondamentales de notre République».
Défendant allègrement l'idée d'une « République ni angélique, ni immobile» et fustigeant «ceux qui mettent en doute la nécessité de défendre notre héritage républicain, à la fois complexe et glorieux», l'élue UMP reprend à son compte la dialectique républicaine chevènementiste. Elle évoque d'ailleurs l'ex-ministre de l'Intérieur dans l'article. Dati sur le départ ? Certes, , mais entre le PS et l'UMP, des partis, des courants existent et émergent. Rachida serait une très bonne « prise » pour Dominique de Villepin qui joue à fond la banlieue dans sa stratégie politique, ou même pour François Bayrou qui doit rebâtir son écurie. Quoiqu'elle dénigre avec violence «l'opposition socialiste engluée dans un conservatisme et des tabous idéologiques d'un autre âge», elle serait un gibier de choix pour la gauche si celle-ci imaginait une « ouverture à droite » symétrique de ce qu'a tenté et réussi le Président après son élection. N'y a-t-il pas quelques technos de gauche dans son entourage ?
Mais toutes ces options sont très risquées. En fait, Rachida Dati veut surtout revenir sur la scène médiatique. Marquer sa distance avec la politique du gouvernement est un moyen, pour la député européenne embourbée dans cette fonction qu'elle n'apprécie guère, de se rendre audible. Plus ses positions sont tranchées et à contre courant, plus les médias la sollicitent, l'extirpant ainsi du silence pesant dans lequel la plonge son poste quasi invisible de parlementaire à Strasbourg. Dati espère-t-elle que sa visibilité retrouvée donnera à Sarkozy l'idée de la réintégrer dans le cercle gouvernemental ? Ou bien entend-elle simplement se venger de Brice Hortefeux ?
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