L'échec de l'opération sécuritaire confirmée par les sondages
Par Samuel Laurent 24/08/2010
Ce devait être le moyen pour Nicolas Sarkozy de reprendre la main après une année 2009-2010 particulièrement difficile. L'initiative lancée par le chef de l'Etat à Grenoble le 30 juillet visait avant tout à récupérer l'adhésion des classes populaires et de l'électorat d'extrême droite, déçus par son action. Pour ce faire, le chef de l'Etat croyait fermement à l'efficacité d'une méthode éprouvée : une série de déclarations provocatrices, mais suscitant l'adhésion de l'opinion, et des réactions outragées de l'opposition qui contribueraient encore à renforcer les convictions. Une stratégie mise en œuvre avec succès, notamment durant la campagne présidentielle de 2007.
Cette fois pourtant, plusieurs enquêtes d'opinion publiées ces derniers jours montrent que l'offensive est un échec. Si un premier sondage de l'IFOP pour Le Figaro – publié quelques jours après le discours de Nicolas Sarkozy et très critiqué dans sa méthodologie – semblait montrer une adhésion forte aux mesures sécuritaires, elles semblent n'avoir en rien contribué à augmenter la popularité du chef de l'Etat.Trois enquêtes d'opinion successives montrent que la cote de popularité présidentielle reste très basse et augmente peu. Selon le baromètre Ipsos-Le Point du 23 août, Nicolas Sarkozy chute d'un point, à 34 %. Même constat dans l'enquête effectuée par Viavoice pour Libération du 22 août (34 %, -1, son plus mauvais score depuis 2007 dans cet indicateur). Seule une enquête IFOP pour le Journal du dimanche du 21 août montre une légère hausse (+ 2 points à 36 %).
EFFONDREMENT AUPRÈS DES CADRES
Le détail de ces enquêtes est également riche d'enseignements. Nicolas Sarkozy progresse effectivement auprès des classes populaires, mais peu : il gagne 2 points auprès des ouvriers et 5 pour les employés dans l'enquête d'Ipsos, tandis que l'IFOP note une stagnation de sa popularité auprès de ces deux catégories, chez lesquelles sa cote reste basse : autour de 30 %. L'institut constate en revanche une progression de 13 points chez les professions intermédiaires.
En revanche, le chef de l'Etat voit sa popularité s'effondrer auprès des classes plus aisées. Il perd pas moins de 13 points auprès des cadres et professions libérales, selon l'IFOP, pour tomber à 21 %. Même constat pour Ipsos, qui note une baisse de 13,3 % chez les cadres supérieurs, où il est à 25 % d'opinions favorables. La popularité de Nicolas Sarkozy chute également chez les salariés du public (20 % contre 26 % en juillet pour l'IFOP).
Nicolas Sarkozy réussit effectivement à séduire l'électorat du Front national : il gagne 7 points auprès de lui, à 40 %, selon l'enquête de l'IFOP. Ipsos est plus mesuré, avec un gain de 4,6 % à 31,9 %. Mais il le fait au prix d'une chute relative de popularité au sein de son propre électorat. Si l'IFOP note une légère hausse de la satisfaction de ces électeurs, Ipsos estime qu'il perd 9 points auprès des sympathisants UMP, retombant à 77 %.
L'analyse par âge est également intéressante : L'action de Nicolas Sarkozy n'est jugée majoritairement positive que chez les 65 ans et plus, où il se situe à 50 % d'opinions favorables, selon l'IFOP. Pour Ipsos, c'est chez les plus de 70 ans que le chef de l'Etat se situe le plus haut, à 57 %, les 60-69 ans ne le créditant que de 39,9 %.
SEUL UN QUART DES SONDÉS SOUHAITENT VOIR SARKOZY GAGNER EN 2012
Si elle ne ventile pas les réponses, l'enquête ViaVoice pour Libération apporte d'autres enseignements sur la baisse de popularité de Nicolas Sarkozy. Selon ce sondage, le souhait de victoire de la gauche en 2012 est vingt points au-dessus de la droite, à 55 % contre 34 %. Quant au souhait que Nicolas Sarkozy soit réélu en 2012, il n'est partagé que par 24 % des sondés, 74 % souhaitant le contraire.
Deux chiffres qu'il faut toutefois relativiser à l'aune d'un troisième : pour 57 % des sondés, la gauche au pouvoir ne ferait "pas mieux" que la droite. Ajoutons, enfin, que dans le domaine de la sécurité, l'action de l'actuelle majorité est jugée plus crédible que celle qu'aurait le PS (43 % contre 34 %). C'est toutefois le seul domaine où la droite l'emporte, le PS étant jugé nettement plus crédible sur les retraites, l'emploi ou la morale en politique.
Ces résultats décevants sont également relativisés par la majorité. "Les sondages, ça va, ça vient. Vous nous interrogez en permanence sur les sondages, et honnêtement vous avez remarqué depuis longtemps que ce n'est pas notre préoccupation que de les commenter", notait ainsiFrédéric Lefebvre, le 23 août. Le 6 août, Dominique Paillé, l'autre porte-parole du parti, se fendait pourtant d'un communiqué pour se féliciter des résultats de l'enquête IFOP-Figaro, qui prouvait, selon lui, que "le président de la République est à l'écoute des Français".