Libye: intox et faux-semblants

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Des bombes et des images ! En Libye, comme dans toutes les récentes guerres «modernes» qui ont précédé ce conflit, chaque partie, chaque acteur mobilise à la fois ses troupes et les moyens de ce qu'on appelle - selon le camp auquel on appartient - communication ou propagande. C'est ainsi qu'on vient d'assister ces derniers jours à un véritable jeu de cache-cache du colonel Kadhafi.

Même si on peut comprendre aisément que la multiplication des frappes alliées sur Tripoli n'incite pas obligatoirement à multiplier les sorties en ville et les apparitions dans les journaux télévisés, les services occidentaux s'interrogeaient avec de plus en plus d'insistance ces jours-ci en se demandant où était passé le dictateur. Celui-ci avait en effet disparu depuis le bombardement qui, il y a onze jours, a détruit un de ses QG à Tripoli, tuant son plus jeune fils et trois de ses petits-enfants.

Certains se demandaient s'il n'avait pas été blessé. Un général italien était même allé jusqu'à déclarer qu'on ne savait pas «s'il était encore vivant ou mort». D'autres interrogeaient: ne s'était-il pas réfugié sous sa tente dans le désert entouré de fidèles parmi les fidèles ? N'était-ce pas alors le signe du début de la fin pour lui ?

Et puis voilà qu'avant-hier soir, fin des supputations avec la diffusion par la télé libyenne d'un reportage au cours duquel le colonel reçoit dans un grand hôtel de Tripoli - hôtel où «campent» les journalistes occidentaux - les différents chefs de tribus du pays.

Ce retour en scène de Kadhafi n'est évidemment pas un hasard. Alors que les bombardements alliés s'intensifient ces derniers jours sur la capitale et que le jour même les rebelles avaient pris aux forces loyalistes l'aéroport de Misrata à moins de 200 kilomètres de Tripoli, il s'agissait à la fois de narguer la coalition mais surtout de donner aux Tripolitains l'image d'un chef impavide continuant à répondre à ses obligations comme si de rien n'était.

Si le colonel manie la propagande avec une habileté qui n'est pas nouvelle, du côté des alliés, on n'hésite pas non plus à donner dans l'intox, dans le faux-semblant, pour ne pas dire dans le mensonge grossier. Il faut en effet posséder une bonne dose d'hypocrisie pour continuer, la bouche en coeur, à affirmer que la coalition se tient scrupuleusement aux résolutions de l'ONU et que jamais, ô grand jamais elle ne vise à éliminer le colonel Kadhafi. Même si les alliés auraient évidemment préféré que les rebelles mènent plus prestement leur affaire, même s'ils continuent à miser sur des défections au coeur du régime pour faire tomber Kadhafi, difficile de croire que le scénario d'une élimination physique de Kadhafi ne fasse pas partie des plans.

Et puis, avec toutes ces bombes qui tombent sur la Libye, un «dégât collatéral» est si vite arrivé.

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Publié dans Etranger

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