«La droite est dans la même situation que la gauche en 2002»

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

 

Pendant que l'UMP se déchireentre son aile sociale et son aile droitière, les chapelles centristes sont en pleine ébullition. Après le Nouveau Centre d'Hervé Morin le 7 mai, c'est au tour du Parti radical de Jean-Louis Borloo de valider, ce week-end, à l'occasion de son congrès extraordinaire, son entrée dans la future «confédération des centres», qui doit voir le jour d'ici l'été. Et de confirmer ou non son départ de l'UMP. Parallèlement, François Bayrou fera «une importante déclaration sur la situation politique actuelle» à l'issue du conseil national du MoDem, samedi 14 mai. Le leader du Mouvement démocrate a promis qu'il «apporter(ait) sa contribution majeure au débat sur le Centre».

Assiste-t-on à une reconstitution de l'UDF? L'UMP est-elle au bord de l'implosion? Quelle stratégie pour la majorité présidentielle en 2012? Mediapart dresse un état des lieux des recompositions à droite et au centre avec Nicolas Sauger, politologue chargé de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques, auteur d'une thèse et d'articles sur le centrisme français (lire notre “Boîte noire”). 


Mediapart: La construction de la «confédération des centres» de Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, qui souhaiterait présenter une candidature en 2012, est-elle une reconstitution de l'ancienne UDF?
 

Nicolas Sauger: Ce n'est pas la renaissance de l'UDF de 1978, car celle-ci était surtout un cartel d'élus, ce qui n'est pas le cas de la future confédération des centres: son réseau d'élus est au contraire très faible, cela permet de créer un leadership fort, ce qui se prête plus à une logique de présidentielle. Elle ressemble plutôt à l'UDF de Bayrou (2002), un parti centriste en début d'autonomisation, mais qui reste ancré à droite, avec des alliances partielles avec l'UMP.

Est-ce un retour à la situation naturelle à droite, telle que René Rémond l'avait théorisée, à savoir trois droites (légitimiste, orléaniste et bonapartiste, c'est-à-dire centriste, libérale et conservatrice)?
 

Aujourd'hui, on a plutôt une multitude de micropartis. C'est plus complexe qu'une droite libérale et une droite conservatrice. Même en 1995, qui, de Chirac et de Balladur, était le libéral et le conservateur? Balladur était libéral d'un point de vue économique, mais conservateur du point de vue des mœurs. Par ailleurs, il y a rarement eu, en fait, un candidat RPR et un candidat UDF. Après 1981 (avec les candidatures de Giscard et Chirac), l'UDF n'a jamais supporté une candidature autonome (on l'a vu avec Bayrou). Et un candidat qui n'était pas soutenu par un parti structuré ne gagnait pas, même avec une forte popularité dans les sondages (Lecanuet, Barre, Balladur).

Mais on voit bien que deux familles se détachent aussi à l'intérieur de l'UMP, qui était une création artificielle pour emporter la présidentielle. Au lendemain des cantonales de mars, on a d'ailleurs vu émerger à nouveau deux ailes: l'une libérale, l'autre plus «sociale».

L'UMP est en réalité proche du modèle du PS, c'est-à-dire une diversité de courants. Sauf que la plupart des acteurs ont intérêt à maintenir la structure générale. Aujourd'hui, la question est avant tout une question de pouvoir interne: la succession de Nicolas Sarkozy est en train de se préparer. Copé, Fillon, Bertrand jouent plus 2017 que 2012, car aucun d'eux n'est une menace ou une alternative réelle pour 2012.

Et en cas de défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, l'UMP peut-elle imploser?

Si l'UMP subit une sévère défaite, on peut plutôt envisager une stratégie d'alliances au cas par cas avec le FN, comme en 1998. Mais tout dépend de la stratégie du FN à ce niveau-là.

 

«Une candidature Borloo permettrait d'avoir un matelas de voix pour le second tour»

Une candidature de Jean-Louis Borloo constituerait-elle une réserve de voix pour Nicolas Sarkozy ou risque-t-elle au contraire de l'empêcher d'être au second tour?

Il est difficile d'anticiper tant que l'on ne sera pas fixé sur les autres candidatures au centre et à droite (Villepin, Bayrou, Dupont-Aignan, etc). On se situe dans un paysage où il n'y a pas de candidats dominants mais trois camps: la gauche modérée, la droite, le FN. La droite est aujourd'hui dans la même situation que la gauche en 2002. Une seule candidature peut raisonnablement atteindre le second tour, mais néanmoins elle est faible et autorise donc une multitude de candidatures. Si, par exemple, Nicolas Dupont-Aignan recueille un, deux, ou trois pourcents, cela peut faire basculer les choses car lorsque les scores sont serrés, la moindre voix a une incidence.

Si Nicolas Sarkozy a un socle électoral qui n'est pas aussi fragile que les sondages le disent aujourd'hui, Jean-Louis Borloo peut être une bonne option. Une candidature forte au centre droit permet d'avoir un matelas de voix non négligeable pour le second tour. Cela permet, au premier tour, de conserver un spectre suffisamment large pour l'emporter ensuite. Cela permet aussi de figer le paysage: Borloo est la garantie pour Sarkozy que Bayrou n'apparaisse pas comme un challenger crédible.

Donc la grande question est: quel sera le vrai socle de Sarkozy au premier tour? S'il est si faible que les sondages le prétendent aujourd'hui, sa candidature est vouée à l'échec, au premier comme au second tour.

Un proche de Nicolas Sarkozy a récemment expliqué sur France-2 (voir le décryptage ici), que Nicolas Sarkozy cherchait à reproduire un «21 avril» en 2012, en espérant affronter Marine Le Pen au second tour. Cette stratégie de droitisation est-elle crédible?

Je n'y crois pas, car cela suppose que 50% des électeurs ne se positionnent pas sur un axe droite-gauche. Par ailleurs, c'est une stratégie particulièrement risquée... ou bien une stratégie du désespoir! Cela nécessiterait que: 1) Sarkozy limite le potentiel de voix du FN à 20%; 2) qu'il se maintienne lui-même à 20%; 3) que Borloo soit assez fort pour que le PS ne se situe pas à plus de 20%. C'est la stratégie menée lors des régionales et des européennes dans les années 1990 avec le parti des chasseurs. Mais cette stratégie est gagnante dans un scrutin à la proportionnelle. Là, on est dans une élection présidentielle avec un scrutin uninominal majoritaire, donc c'est risqué car les candidats sont équivalents.

 

Les chances de gagner de Sarkozy reposent sur les erreurs de ses adversaires»

Comment, dans ce cas, interpréter la droitisation extrême de la politique du gouvernement actuellement (politique d'immigration, propositions tirant sur le RSA et l'«assistanat», etc.)?

On peut y voir une stratégie plus complexe: Sarkozy droitise son discours pour ramener à lui, au premier tour, une partie de la droite radicale et conservatrice, qui pourrait voter pour Marine Le Pen. Il aurait donc un réservoir de voix grâce à l'affaiblissement du FN.

Mais quelle est la différence avec la stratégie de l'UMP en 2007, qui consistait à faire le plein de voix au premier tour grâce à un grand parti unique, puis à siphonner parallèlement les voix du Front national au second tour?

En 2007, son socle de voix était très fort, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Par ailleurs, sa stratégie était plus subtile que celle qui se dessine pour 2012: discours ancrés très à droite, mais avec des gages et des signaux envoyés au centre et à la gauche: références à Jaurès, abolition de la double peine (Ndlr: pour empêcher l'expulsion d'étrangers condamnés à une peine de prison mais ayant une vie établie en France depuis de longues années), appels du pied aux ouvriers, etc. Et puis des slogans assez forts comme le «travailler plus pour gagner plus», un double message où certains étaient contentés par le «travailler plus», d'autres par le «gagner plus».

Quelle alternative s'offre donc à lui pour l'emporter en 2012?

Soit il préfère jouer le tout pour le tout en provoquant un second tour avec Marine Le Pen – et c'est très risqué. Soit il sauve la face en étant au moins présent au second tour. Mais dans tous les cas, pour faire simple, ses chances de gagner reposent sur les erreurs de ses adversaires. Cela dépend du candidat socialiste en face. Si c'est Strauss-Kahn, dans la configuration actuelle, Sarkozy ne peut l'emporter. Si Hulot représente EELV, on ne sait pas ce qui se passerait en termes de sociologie électorale du vote EELV, etc.

Quel rôle peut jouer François Bayrou dans cette configuration? Le MoDem n'a subi que des revers aux élections intermédiaires, mais son président reste très populaire dans l'opinion. Peut-il à nouveau jouer un rôle important en 2012, lui qui avait recueilli plus de 18% des voix en 2007?

Sa position, c'est d'être nulle part pour l'instant. Le MoDem de François Bayrou ne tient que par sa logique présidentielle. Son destin dépend beaucoup de ses concurrents directs. L'hypothèse la pire pour lui serait, outre Strauss-Kahn, des candidatures de Hulot et Borloo car ils assécheraient son vivier. Quant à la position de troisième homme, elle est clairement occupée par une femme, Marine Le Pen. Peut-il la détrôner? Sur le papier, oui. Dans la dynamique de pré-campagne, non. Aujourd'hui, on voit mal comment il pourrait franchir les 5% des voix.

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Publié dans Elections

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