Les prêts entre particuliers en pleine expansion avec la crise
Depuis 2008, plus de 50 projets de plates-formes ont été initiés dans le monde. Elles offrent des rendements très élevés aux particuliers, généralement fortunés, qui les financent.
La France, dernier bastion réfractaire au « peer to peer lending », le prêt entre particuliers, aura fini par céder, avec la mise en quarantaine des grands groupes bancaires français depuis l'été. Faute de financement et d'un agrément bancaire, plusieurs tentatives sont mortes nées, comme P2pcrédit, lancé en 2007, qui n'a jamais été actif, d'autres, comme Friendsclear, se sont réorientées vers les entrepreneurs financés par... le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne.
Partout ailleurs, depuis le début des années 2000, les plates-formes de prêts ont essaimé, des Etats-Unis à l'Asie, en passant par la Grande-Bretagne. Avec la crise de 2008, plus de 50 projets ont été lancés dans le monde, au Japon (Manéo), en Corée du Sud (MoneyAuction) et en Chine (Ppdai, Q Fang, Wokai) mais aussi en Europe (Frooble, aux Pays-Bas, Finansowo, en Pologne, Cashare, en Suisse, Lubbus, en Espagne).
Dans le giron de Facebook
A la source du « peer-to-peer lending », aux Etats-Unis, le marché attire maintenant les grandes fortunes. Début septembre, le Lending Club, la plus grosse plate-forme de prêts avec plus de 456 millions de dollars de crédit accordés, né dans le giron de Facebook en 2007, a enregistré sa plus grande ligne de financement : 25 millions de dollars investis par Peter Thomson, l'un des administrateurs de Thomson Reuters.
La plate-forme a des arguments : le club, classé au 20 e rang des sociétés les plus prometteuses par « Forbes », a assuré un rendement annuel moyen depuis sa création supérieur à 9,5 %, quand l'indice S&P 500 a perdu 18 % sur ma même période et que les obligations d'Etat oscillent entre 0,2 % et un peu plus de 3 %. Chaque mois, le Lending Club accorde 23 millions de dollars de prêts. Avec le numéro deux du secteur, Prosper (255 millions de dollars de prêts accordés), la concurrence est rude. Ce dernier se vante sur un blog d'offrir, dans un contexte de crise, un rendement de 17,2 %, contre 11,8 % avant pertes pour le Lending Club. Il accorde des bonus de 100 dollars ou des retours en cash et pousse, pendant la période de fêtes, les ménages multiendettés au rachat de crédit. Prosper a étendu sa gamme jusqu'au financement des dépenses cosmétiques, aux prêts fiscaux et d'aide à l'adoption, le prêteur pouvant affiner sa sélection en fonction de la note de risque du débiteur.
Un marché secondaire des crédits
L'offre a atteint une maturité telle aux Etats-Unis, qu'un marché secondaire des crédits a été créé, permettant à des investisseurs de revendre leur exposition avant son terme, moyennant une décote. Des projets similaires ont même été développés dans le crédit immobilier, pourtant peu compatible avec le « peer to peer », du fait de sa durée et de la compétitivité des offres de prêt classiques. Un ancien de Circle Lending, la plus ancienne plate-forme, rachetée en 2007 par le milliardaire britannique Richard Branson et rebaptisée Virgin Money US avant d'être abandonnée à son partenaire, a lancé l'an dernier National Family Mortgage. Son club a déjà prêté 18 millions de dollars à des particuliers à un taux de 3,61 %, pour une durée de vingt-deux ans en moyenne.
Troisième acteur phare du secteur, le britannique Zopa dispute aux deux américains la première place mondiale, avec 160 millions de livres prêtés (250 millions de dollars). Chaque mois, la plate-forme accorde entre 1 et 2 % des prêts personnels accordés en Grande-Bretagne. Son discours anti-banque est le même qu'ailleurs : « chez Zopa, les gens ordinaires contournent les banques pour prêter à des gens solvables à des taux sur lesquels ils s'accordent entre eux. Cela permet à la fois aux prêteurs et aux emprunteurs de réaliser une bien meilleure affaire que s'ils passaient par une banque », les taux étant 20 % moins élevés.
Au-delà des plates-formes mercantiles, ces clubs se sont naturellement répandus dans la microfinance, avec une visée plus sociale. L'américain Kiva, qui a pris ses marques dans le financement des populations pauvres a, depuis 2005, accordé plus de 260 millions de dollars de prêts, dans 61 pays.
Peu d'acteurs bénéficiaires
Deux bémols au mouvement, cependant. Peu ou pas de club ont réussi à s'exporter au-delà de leur marché domestique, y compris les leaders du marché. Prosper et Zopa, qui avaient annoncé leur arrivée au Japon, ont plié bagage. Peu sont en outre bénéficiaires. A cause de coûts opérationnels liés à sa forte expansion, Lending Club a enregistré une perte de 3,11 millions de dollars au deuxième trimestre, alors que ses revenus ont plus que doublé, à 2,79 millions de dollars.