La droite perd son centre

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart Marine Turchi 14/11/2010

 

Dimanche, la majorité élastique (de la Gauche moderne aux souverainistes de Philippe de Villiers) voulue par Nicolas Sarkozy a volé en éclats. Si elle n'a pas perdu son aile dure – la nomination du député Thierry Mariani en témoigne –, l'UMP s'est fait lâcher par ses centristes. Jean-Louis Borloo (président du parti radical valoisien) et ses proches (Valérie Létard, Marc-Philippe Daubresse), Hervé Morin, son homologue du Nouveau centre, quittent le gouvernement. 



Les deux leaders centristes l'ont dit, chacun avec leurs mots. Violemment, pour Hervé Morin. «Ma conviction est qu'il doit y avoir une voie centriste indépendante au moment des grands rendez-vous électoraux. Depuis avril 2010, le chef de l'État est en désaccord avec cette démarche et donc, pour ma part, je ne pouvais pas rester au gouvernement», a-t-il lâché devant les caméras, à son ministère. «J'attendais de la composition du gouvernement un geste de rassemblement (...) alors que la France traverse une crise majeure. J'ai vu apparaître une équipe de campagne électorale UMP et je pourrais même dire (...) proche du RPR (ancêtre gaulliste de l'UMP). Je le regrette.»

 

 

«C'est un classique pour les centristes, a analysé Brice Teinturier, d'Ipsos.Comment faire pour exister quand on est une force d'appoint? Dès lors qu'Hervé Morin avait fait état de sa volonté d'être candidat, il pouvait faire ses cartons au ministère de la défense...»

 

 

Plus ancré dans la majorité, et au gouvernement depuis huit ans, Jean-Louis Borloo devait mettre les formes. Il a pourtant eu, en sous-texte, des mots très durs. «J'ai choisi de ne pas appartenir à la prochaine équipe gouvernementale. Je préfère, en effet, retrouver ma liberté de proposition et de parole au service de mes valeurs, (...) au premier rang desquelles je place la cohésion sociale», a déclaré le ministre de l'écologie, dimanche après-midi. Un clin d'œil aux attentes des Français après des semaines de mobilisation sociale.

 

 

Avec lui, l'ancien candidat à Matignon a pris soin d'emporter ses proches. Ni Valérie Létard (technologies nouvelles), qui avait déjà annoncé son intention de revenir au Sénat et à l'agglomération de Valenciennes, ni Marc-Philippe Daubresse (jeunesses et solidarités actives), qui s'est dit «solidaire de la position (de Borloo)», ne participent au nouveau gouvernement.  



«La question, c'était de savoir si on infléchissait la politique vers plus de cohésion sociale. C'était notre demande et cela devait se traduire dans les orientations et la place des centristes dans le nouveau gouvernement», a expliqué Marc-Philippe Daubresse, tentant de relativiser: «On quitte le gouvernement, pas la majorité.»

 

Le député UMP et vice-président du Parti radical, Yves Jégo, a été plus virulent en qualifiant de «faute politique» l'absence de représentant du Parti radical dans le nouveau gouvernement. «Un gouvernement, c'est un équilibre. Il faut veiller à ce qu'il existe entre les deux courants de la majorité, les ex-RPR et les ex-UDF», a dit Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP issu de la famille centriste. En prévenant: «Si Borloo s'en va et Copé arrive à l'UMP, le parti et le gouvernement vont un peu plus se RPRiser.»

 

 

Avec les départs de Borloo et Morin, le chef de l'Etat perd son joker centriste (lire notre article du 11 mai 2010) et voit les ex-UDF lui filer entre les doigts. Seuls rescapés centristes de ce nouveau gouvernement: le secrétaire d'Etat à l'aménagement du territoire et au Grand Paris, Michel Mercier (ex-trésorier du MoDem et ancien sénateur centriste), ainsi que le député Nouveau centre Maurice Leroy, pourtant partisan de Borloo.

 

Le premier devient garde des Sceaux, ministre de la ville. Deux centristes, donc, contre sept dans la précédente équipe.

Un scénario prévisible après le virage sécuritaire de l'été et les avertissements de certains ténors de la droite sociale et du centre. Dans Le Monde de ce week-end, Jean-Pierre Raffarin disait d'ailleurs craindre «le conservatisme, le statu quo», avait encore plaidé pour«une rupture à caractère social» et avait demandé d'être «attentif à ce que tout le monde se sente respecté dans la majorité».

 

 

Retour aux fidèles sarkozystes (Brice Hortefeux conserve l'intérieur, le porte-flingue Frédéric Lefebvre entre au gouvernement), aux ténors de  la droite classique (Alain Juppé devient numéro 2 en s'emparant de la défense, Xavier Bertrand reprend son portefeuille élargi du travail), voire de la droite dure: Thierry Mariani, le député UMP, auteur de l’amendement controversé sur les tests ADN pour le regroupement familial et membre du collectif de la Droite populaire, devient secrétaire d'Etat aux transports.

 

 

De quoi permettre à François Bayrou, qui a marqué son divorce avec l'UMP en 2007 avec la création du MoDem, de montrer que «la preuve qu'on attendait depuis si longtemps est faite». «Un certain nombre d'élus avaient dit “nous défendrons mieux nos idées à l'intérieur”. Ma thèse était, si vous voulez être entendus, il faut être indépendant, sinon, vous irez à l'insignifiance», a-t-il expliqué dimanche sur France-5. «Au bout de ce chemin de huit ans, ce que Borloo a réalisé c'est qu'il n'avait pas le poids d'exister. Les partis se tiennent par leurs noyaux durs.»

 

 

«Exit l'ouverture, exit le centre. C'est la droite dure qui se replie sur le noyau dur de l'UMP-RPR», a estimé la première secrétaire du PS, Martine Aubry, dimanche soir. Car avec ce recentrage sur la famille UMP, c'est, du même coup, la fin de «l'ouverture», marque de fabrique du chef de l'Etat depuis 2007. Terminée l'ouverture à la gauche, finie l'ouverture à la diversité et à la société civile. Exit aussi les castings paillettes. Si Eric Besson sauve sa peau (il passe à l'industrie), Bernard Kouchner, Fadela Amara, Jean-Marie Bockel et Rama Yade s'en vont. 

 

 

Et si «ouverture» il y a, elle se fait en direction... des gaullistes: Michèle Alliot-Marie (Quai d'Orsay), François Baroin (budget et comptes publics) restent au gouvernement. Les villepinistes Bruno Le Maire (agriculture) et Georges Tron (fonction publique) sont rejoints par la porte-parole de République solidaire, le parti de Dominique de Villepin, Marie-Anne Montchamp (cohésion sociale).

 

 

Si Nicolas Sarkozy met un bâton dans les roues de Villepin, il s'expose surtout à une candidature centriste en 2012. «(Jean-Louis Borloo) va repartir au Parlement. Son souhait, pas par dépit, c'est de construire et renforcer son centre, a expliqué dimanche sur i-télé l'ex-secrétaire d'Etat Valérie Létard, qui travaille aux côtés de Borloo depuis vingt ans. Renforcer son deuxième pied, être force de proposition.» «On se réunit de façon régulière.

 

 

Tout le monde vient à ces rendez-vous», a-t-elle insisté. «(Jean-Louis Borloo) veut faire en sorte que ce ne soit plus une multitude de centres mais (...) un pôle d'équilibre de la majorité.»

«Pour ma part je n'ai pas varié, je vais aller à la rencontre des Français», a prévenu, de son côté, le président du Nouveau centre, renouvelant son acte de candidature pour 2012.

Un retour naturel, somme toute, à la logique des droites plurielles, théorisée par René Rémond.

 

 

Sous la Ve République, la droite a toujours vu (au moins) deux candidats s'affronter: Lecanuet/ De Gaulle, Chirac/Giscard d'Estaing, Chirac/Balladur, etc. Mais ce resserrement sur le noyau dur de l'UMP est aussi un aveu de faiblesse du chef de l'Etat. L'échec de la machine UMP version XXL, l'échec de l'ouverture. Et la preuve que le chef de l'Etat a entendu le désaveu d'une partie de son électorat, largement exprimé ces dernires mois, et relayé icilà ou encore là, dans les colonnes de Mediapart. «Seuls les idiots ne voient pas le malaise», nous confiait un cadre de l'UMP au lendemain des élections régionales.

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Publié dans Politique

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V
<br /> parfait ! on avait senti le vent tourner au congrès du nouveau centre, dans la bouche de Morin ! Ces hommes et femmes en ont eu assez de se compromettre, oû bien c'est les UMP qui en ont eu marre.<br /> Le fait est qu'à présent, mr Sarkozy tombe dans le syndrome du parti unique, dangereux, et glissant....<br /> <br /> <br />
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