LA DICTATURE DE L'ÉMOTION

Publié le par DA Estérel 83

CharenteLibre 04/089/2010 par Jacques GUYON

 

Il y a d'abord la nouvelle. Où l'on apprend que le second braqueur présumé du casino d'Uriage - l'affaire qui avait provoqué trois jours d'émeutes et déclenché le discours de Grenoble sonnant la charge sécuritaire de Nicolas Sarkozy -, a été libéré et placé sous contrôle judiciaire.

Sur le coup, on comprend la colère des policiers. Et l'émotion de l'opinion: comment peut-on remettre dans la nature un récidiviste qui a été mis en examen pour «vol à main armée» et «tentative d'homicides volontaires» alors que dans le même temps des magistrats se font une gloire d'envoyer en prison ces «criminels de la route» qui n'ont parfois ni blessé ni tué personne et surtout pas un policier ? Et voilà naturellement que certains syndicats de policiers - et non des moindres - s'en mêlent et accusent la Justice de leur tirer dans les pattes, de «saboter» leur travail et même de «forfaiture»! Voici donc la guerre police-justice relancée. A juste titre ?

Si on comprend la colère du policier de base - celui qui risque de plus en plus de se faire canarder sur le terrain - évidemment oui. Si par contre on se dit qu'on a affaire à des responsables syndicaux qui sont censés connaître le droit, on est plus dubitatif. Sur ce cas précis, il apparaît en effet que le juge des libertés et de la détention - quelqu'un qui dans ce cas précis est loin d'être un gauchiste ou un laxiste - a tout simplement, faute de preuves suffisamment évidentes et surtout d'alibis non vérifiés, choisi, comme c'est la règle du droit, de faire jouer la présomption d'innocence. Où est le scandale ? Peut-on hier s'indigner qu'à Outreau ou dans de nombreuses autres affaires moins célèbres celle-ci ait été foulée au pied par certains magistrats et reprocher le contraire à celui-là même qui à Grenoble est chargé de décider du placement en détention ?

Ne faut-il pas plutôt voir dans cette affaire ce que dénonce un autre syndicat de police: le résultat d'une pression des politiques pour trouver au plus vite le coupable au détriment de la qualité de l'enquête. Car là est bien le noeud du problème: on est entré, sous la pression des Sarkozy, Hortefeux et consorts, dans une surenchère sécuritaire.

La culture du résultat, la frénésie de la statistique pour la statistique, les roulements de tambours médiatiques permanents sont en train d'hystériser notre pays. Là où chacun devrait respecter la séparation des pouvoirs, base essentielle de notre démocratie, on entend un ministre de l'Intérieur décider de qui doit être incarcérer et un président de la République l'approuver bruyamment.

Peut-être l'homme relâché est-il coupable. C'est à la Justice de le dire. Et certainement pas à celui qui avait déclaré coupable Yvan Colona, le jour même de son arrestation et coupable Dominique de Villepin avant son procès. Un Président qui au lieu de souffler sur les braises des émotions, serait bien inspiré de se rappeler qu'il est le garant des institutions.

 

 

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Publié dans Justice

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