Kadhafi-Sarkozy: M. Brisard, sous pression, nous écrit et se contredit
Après avoir communiqué des informations à la justice, puis à Mediapart, Jean-Charles Brisard dément et dénonce soudainement un« montage ». Dans une lettre qui nous a été adressée ce vendredi 16 mars, que nous reproduisons ci-dessous dans son intégralité, l’enquêteur privé, proche de l’UMP, assure avoir été « associé » malgré lui et à son insu à des « soi-disant révélations explosives sur le financement par la Libye de la campagne présidentielle de 2007 » publiées par notre site. La veille, lors d'une conversation téléphonique, il nous assurait vouloir prendre ses distances, sans contester la paternité ni la véracité du document, et encore moins ses propos tels que nous les avons rapportés.
Dans le courrier qu'il nous a adressé, ce vendredi 16 mars, il prétend aussi, contre la vérité des faits, que Mediapart s’est livré « à une manipulation grossière du document, au demeurant fabriqué de toutes pièces » afin de « détourner la nature et la valeur d’éléments extraits »d’une de ses notes personnelles. M. Brisard nous déclarait pourtant, lors de cet entretien du jeudi 15 mars, vouloir « s’écarter de la publication » qui désormais le « gênait ». « Je suis l’auteur du document », admettait-il, nous proposant déjà la publication d’une mise au point.
Voici le détail de ses explications, formulées dans la matinée de jeudi :
« C’est un peu compliqué pour moi. Je me demande si l’on ne peut pas faire un truc pour que je m’écarte de cette publication. J’avais dans l’idée de faire un truc soft, deux lignes disant : “M. Jean-Charles Brisard condamne ou déplore la publication du contenu d’un verbatim contenant des informations à caractère privé, ainsi que la publication d’un document qui n’est ni authentique, ni la copie d’un document authentique.” Je suis l’auteur du document mais le document qui est dans l’article n’est pas un document authentique. C’est une reproduction. »
Ainsi que nous l’avons souligné dans nos articles (ici et là), Mediapart a, en effet, consulté le document en question, pour en présenter la retranscription.
Fin novembre 2011, M. Brisard avait déjà fait marche arrière après avoir témoigné dans l'affaire Takieddine, le 13 octobre 2011, auprès des policiers de la Division nationale des investigations financières (Dnif), allant jusqu’à accuser les enquêteurs de « manipulation grossière », dans Paris Match, pour avoir rédigé un « procès-verbal de renseignements ». C’est ce 13 octobre qu’il avait déposé une liste de huit mémos consacrés à la campagne présidentielle de Balladur en 1995 (à laquelle il avait participé), au compte suisse de la sœur de Jean-François Copé, à l’achat d’un appartement par le patron de l’UMP à Paris (dévoilés par le JDD), et le fameux « GEN/NS V. MEMO DG ».
Il avait aussi communiqué d’importantes informations bancaires sur le marchand d’armes Abdul Rahman El Assir, l’associé de Ziad Takieddine. Ce sont les informations qu’il avait transmises sur Jean-François Copé qu’il démentait tout particulièrement, étant un intime de la famille.
Mediapart a rencontré M. Brisard à plusieurs reprises depuis le 26 octobre 2011, comme peuvent en attester de nombreux mails et textos échangés avec lui.
Son démenti nous surprend, mais il témoigne à l’évidence de la forte pression politique à laquelle ce proche du pouvoir, récompensé en novembre 2008 de l’Ordre national du Mérite, a vraisemblablement été soumis.
Le courrier que nous a adressé M. Brisard n'est pas conforme à la législation sur le droit de réponse, et nous aurions pu à ce titre refuser sa publication. Ses termes ne répondent pas aux conditions de forme del'article 13 de la loi du 28 juillet 1881. Ils comportent notamment des allégations diffamatoires à notre encontre. Par souci d'information et respect du contradictoire, nous avons cependant décidé de le porter à la connaissance de nos lecteurs, tout en l'accompagnant de nos précisions et réponses factuelles.
Voici l’intégralité de la lettre de Jean-Charles Brisard, reçue vendredi 16 mars par Mediapart :
« A moins de deux mois de l’élection présidentielle, MM. Arfi et Laske prétendent offrir à vos lecteurs des soi-disant révélations “explosives” sur le financement par la Libye de la campagne présidentielle de 2007, entreprise à laquelle ils ont délibérément choisi de m’associer, malgré moi et à mon insu (l’entretien que je leur ai accordé ayant même été enregistré illégalement) en publiant un grossier montage établi à partir d’une de mes notes personnelles afin de faire croire qu’ils seraient, d’une part, détenteurs de la note authentique, et, d’autre part et surtout, que les éléments contenus dans cette note constitueraient des éléments de preuve de leur thèse.
Ainsi qu’ils ont bien voulu le rappeler, je suis effectivement chargé depuis de longues années de plusieurs enquêtes, notamment dans le domaine du terrorisme international, et, à ce titre, je recueille au quotidien nombre de témoignages, de déclarations, de confidences, parfois même d’affabulations ou de fantasmes d’individus aux quatre coins du monde… autant d’informations, qui, en elles-mêmes, aussi sensationnelles soient-elles, n’ont pas de valeur probante tant qu’elles n’ont pas été l’objet d’une enquête digne de ce nom.
Aujourd’hui, je ne peux que constater que MM. Arfi et Laske se livrent à une manipulation grossière d’un document – au demeurant fabriqué de toutes pièces – afin de détourner la nature et la valeur d’éléments extraits d’une de mes notes personnelles, et ce à des fins purement politiques et malveillantes en pleine période électorale.
En dépit des procédés illégaux utilisés par ces journalistes pour tenter de me piéger, je peux affirmer que les éléments de cette note ne peuvent, en aucun cas, fonder les allégations purement diffamatoires et mensongères contenues dans cet article dont la teneur engage la seule responsabilité de ceux qui ont choisi de les publier.
Aussi, je condamne l’usage de mon nom, de ma qualité et de ma réputation pour insinuer que j’aurais pu enquêter sur de tels éléments et tenter d’apporter un quelconque crédit à cette thèse récurrente et, jusqu’à preuve du contraire, relève de la pure affabulation journalistique.
Ces méthodes déplorables et malhonnêtes me conduisent à charger mes conseils d’engager des poursuites judiciaires nécessaires à la sauvegarde de mes droits. »
Mediapart maintient l'intégralité de ses informations et attend sereinement les éventuelles suites judiciaires évoquées dans ce courrier.