Après le Grand Journal : Sarkozy, Janus aux 2 visages
Canal+ peut se flatter d’avoir réussi un exploit majeur : offrir près de 2h de plateau à Nicolas Sarkozy sans distance, sans recul, sans aucune question qui fâche. Rien, un plateau d’argent pour permettre au candidat Sarkozy de faire oublier le président Sarkozy.
Un Sarkozy jovial, bon enfant, mettant les rieurs de son côté et Jean-Michel Aphatie en boîte, ce qui est assez rare… Las rien, un sentiment d’avoir vu des animateurs se bidonner aux bonnes blagues du candidat.
Qui a effacé d’un coup d’ardoise magique son bilan. En revenant à la crise. Tout est la faute de la crise, tout. Le prix de l’essence, le manque de logement, les 400.000 chômeurs en plus, la casse industrielle, tout est la crise.
Un festival de gaudriole et de bonnes blagues (“moi je suis toujours d’accord avec Carla, par principe“). Un ton de fausses confidences, de fausses intimités, sous le regard narquois de Michel Denisot, le regard pantois de Jea- Michel Aphatie qui a, il faut le reconnaître a posé quelques questions mais sans jamais aucune relance : Sur Gérard Depardieu qui affirme que Sarkozy lui a arrangé quelques affaires… Sarkozy droit dans les yeux répond : Depardieu ne m’a jamais rien demande. Sur le fait qu’il a découvert que la moitié des patrons du CAC ne payaient pas d’impôts … Oui je l’ai découvert. Et puis ? Et puis rien, on glisse. Aucune question qui fâche vraiment. Takkiedine, Karachi, Kadhafi, alors que nos amis de Mediapart sortent chaque jour de nouveaux éléments. Rien, pas une question qui aurait pu déstabiliser le candidat Président pour ce dernier grand rendez-vous avant l’égalité du temps de parole.
Au détour de deux rires, beaucoup de férocité. Lorsque Sarkozy, dans un raccourci saisissant commenté le zapping et lie Édouard Martin, leader CFDT d’ArcelorMittal, aspergé de gaz lacrymo devant son QG, jeudi et un fétichiste qui demande à une femme de lui acheter ses bas et de lui lécher les pieds. Séquence ahurissante et commentaire à la limite de l’insulte de Sarkozy qui dit “du syndicaliste au monsieur accroc au sexe, on a l’étendu des excès“.
Personne pour relever sur le plateau qu’on peut faire de l’humour mais pas de cette manière, surtout lorsqu’on à envoyé les CRS la veille pour accueillir les ouvriers d’une usine entrain de crever dans l’indifférence, ou plutôt dans le marchandage électoral général.
Rien.
Aucune réaction nonnes lorsqu’avec un mépris évident, il nous explique que ce pauvre François Hollande n’a jamais siègé à un Conseil Européen et qu’il ne sait pas de quoi il parle. Hollande incompétent et ennuyeux voilà la ligne.
Quant à Sarkozy, nous avons assisté ce soir à une opération séduction et le plateau semblait, comme l’analysait très bien RichardTrois lors de la conférence du soir de ZeRédac, le plateau semblait sous hypnose.
En fait, ce grand journal est un excellent indicateur de ce qui nous attend dans le dernier mois qui reste avant le premier tour. L’ardoise magique du candidat UMP qui va tenter de gommer le bilan du président Sarkozy. La rupture de la rupture, tantôt par l’outrance et la provocation (je dénonce les syndicalistes , corps intermédiaires maudits et je parle au peuple) tantôt par la séduction (Carla, couillon de journalistes que j’aime bien, passe moi la main dans le dos).
Annonciateur aussi du débat de l’entre deux tours qui sera le seul véritable moment médiatique, après la cure d’égalité qui commence le 20 mars .
Le camp socialiste à tout intérêt à se préparer sérieusement à ce duel, dès maintenant car l’animal Sarkozy , redoutable bretteur à démontre qu’il peut encore retrouver un peu de l’éclat d’antan, surtout si les sondages persistent à mesurer sa progression.