L’Ascension Mélenchon

Publié le par DA Estérel 83

Ze Rédac

 

 

Par Dante

JL. Mélenchon discours sur les retraites, Fête de la Fraternité 2010 - © Razak

JL. Mélenchon discours sur les retraites, Fête de la Fraternité 2010 - © Razak

Des meetings pleins à craquer, une puissance tribunicienne qui en fait l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand orateur de la vie politique française, des mots qui font mouche et une détermination qui se lit, qui s’entend, qui se voit. Jean-Luc Mélenchon est probablement LA surprise de cette campagne, comme le fut Olivier Besancenot en 2002 (comme cela paraît loin) ou François Bayrou en 2007. Une dernière enquête CSA le crédite aujourd’hui de 11% des intentions de vote. 

Ça y est, il a passé la barre fatidique des 10%. Et devient absolument incontournable, non seulement pour l’entre-deux tours mais aussi pour la suite, pour la ligne de gouvernement que devra choisir François Hollande s’il est élu président de la République.

À quoi tient un tel succès, et surtout une telle ascension ?

Probablement et avant tout au personnage. Car derrière la grande gueule un peu caricaturale, se cache un homme très cultivé, très l’élégant, qui possède, et c’est suffisamment rare pour le souligner en politique, une réelle culture, historique, artistique et littéraire. Ce qui imprègne tous ces discours. Il est l’un des rares hommes politiques à replacer le combat actuel dans l’histoire de France, sans les artifices habituels du Story Telling. Mélenchon vibre réellement pour l’histoire de ce pays et surtout l’histoire de ses luttes. Elles l’habitent, de façon presqu’obsessionnelle. Tout cela servi par un talent d’orateur hors normes, qu’il a travaillé pendant des années en s’inspirant de Jean Poperen, qui fut son maître en la matière. Il confiait il y a quelques années à des journalistes “j’allais voir Poperen en meeting et ensuite, je revenais chez loi et je mentrainais à faire sonner les mots. Un mot, ça doit sonner juste.

Et ils sonnent, ces mots. Ils assomment parfois.

En 2005, le parti socialiste en fit l’amère expérience. Mélenchon se lança dans la bataille pour le Non en janvier 2005. À l’époque, le Oui était crédité de 80%. Il termina sa course avec un Non vainqueur à 55% . À chaque meeting, les foules enflaient car il n’a pas son pareil pour convaincre et expliquer en langage simple les concepts les plus compliqués. Au risque parfois de raccourcir dangereusement. C’est ainsi qu’on frisa souvent la ligne rouge en 2005, avec le plombier polonais.

Mais qu’importe, adepte des tirs de barrages et des exécutions sommaires en 3 phrases, traitant les Ouistes de vampires, Marine Le Pen de bigote mal éveillée qui essaie de se soustraire à la lumière qui fait exploser les vampires.

Terrorisant les journalistes sur les plateaux télé surtout lorsqu’il traite David Pujadas de laquais ou hurle à Arlette Chabot “Allez au diable !“ .

Et le candidat du peuple contre les élites fonctionne dans cette campagne. Les salles ne désemplissent pas pour écouter Mélenchon, qui ne supporte pas son surnom de Meluche. C’est aussi cela, le charme du personnage. Totalement éruptif et susceptible.

Qu’importe, il draine un nombre considérables de citoyens, bien au delà des cercles du Parti Communiste ou de ses propres réseaux particulièrement bien organisés, comme on l’a vu en 2005.

Un succès également dû à la ligne choisie : le peuple contre les élites. Ça fleure bon la révolution, la prise de la Bastille, les sans-culottes et la commune. Une doxa déclinée sur tous les tons… L’Europe des peuples, la finance des peuples, le protectionnisme des peuples. Place au peuple souverain.

Un discours simple, clivé à l’extrême et qui réveille la gauche. Qui apporte cette part de ré-enchantement, de passion qui manque tant à la campagne des deux super favoris.

Et c’est paradoxalement la limite de Jean-Luc Mélenchon. Enfermé d’une certaine manière dans une sorte de folklore qu’il entretient lui-même, seule façon d’exister dans le débat bipolarisé comme jamais.

Enfermé dans le duel pour la 3ème place du podium avec Marine Le Pen, qu’il écrase pour le moment très largement dans les débats.

Enfermé dans une rhétorique qui tourne un peu court quand il s’agit de passer à l’exercice gouvernemental. C’est bien la force et la limite de sa campagne : on vote Mélenchon pour créer un rapport de force, mais jamais en pensant une minute qu’il peut accéder à la fonction suprême.

Et puis, chacun connaît aussi l’autre aspect de Jean-Luc Mélenchon, redoutable apparatchik, élevé aussi par “le vieux” comme il l’appelle, c’est à dire François Mitterrand, et donc capable des plus grandes envolées comme de tous les arrangements. Chacun sait qu’il refuse d’être ministre de François Hollande jusqu’au moment où finalement il acceptera. Il avait procédé ainsi en 2001, lors de la constitution du deuxième gouvernement Jospin.

N empêche, il fait du bien à la gauche. Car il nourrit cette flamme ouvrière et  populaire, trop longtemps abandonnée par le PS, hormis Ségolène Royal. Il recréée de l’espoir chez des citoyens qui ne veulent plus entendre le moindre discours des partis traditionnels et pourraient facilement être séduits par le discours de Le Pen. En ce sens, Jean-Luc Mélenchon est nécessaire à la gauche, comme un aiguillon qui freinera,  si son rapport de force se maintient en l’état, la tentation de la complaisance et des dérives.

En attendant, il monte, il monte, et c’est une chance pour François Hollande car ses reports de voix sont excellents. Et le candidat du PS aura besoin de cette verve, de cet élan dans l’entre deux tours.
Pas tout à fait faiseur de Roi mais incontournable.

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Publié dans Gauche

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V
JL Mélenchon ne sera jamais ministre de HOllande, ségolène non plus d'ailleurs, mais pourquoi donc ? pour garder leurs libertés de penser après !!! Hollande et Sarko, c'est le règne de la pensée<br /> unique venue des USA et qui fait passer l'argent avant tout, la sauce est accomodée differemment mais en dessous c'est le même morceau de navet ....
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