Demi-parenthèse

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Nicolas Sarkozy bénéficie évidemment de son statut particulier. C'est le président qui va à Toulouse, lui qui décrète la minute de silence dans les écoles, qui reçoit les communautés juives et musulmanes, qui se rend à Roissy pour un hommage aux victimes.

 

Au lendemain du choc provoqué par la tuerie de Toulouse, l'union sacrée qui s'était dégagée entre la quasi totalité des candidats à la présidentielle pour mettre leur campagne entre parenthèses a déjà commencé à se fissurer. Faut-il s'en étonner, s'en inquièter? 

Faut-il s'offusquer de la présence de candidats dans une école pendant la minute de silence ou lors d'hommages rendus aux victimes? Faut-il crier à la récupération? Dès lors que -jusqu'à présent, en tout cas...- chacun est resté digne et responsable et n'a pas cherché à instrumentaliser la tragédie, évidemment pas. 

On comprend bien, en effet, que s'il est assez facile d'annuler un meeting ou de se décommander pour une émission, il est impossible de disparaître des écrans alors qu'en se présentant à la magistrature suprême on prétend, précisément, répondre à l'attente des Français. Que ne dirait-on si tel ou tel candidat désertait la place en ce moment tragique? Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy bénéficie évidemment de son statut particulier. 

C'est le président qui va à Toulouse, lui qui décrète la minute de silence dans les écoles, qui reçoit les communautés juives et musulmanes, qui se rend à Roissy pour un hommage aux victimes. Lui encore qui demande à son ministre de l'Intérieur d'accompagner les corps jusqu'en Israël. Va-t-on lui reprocher de tirer tous les avantages d'une visibilité maximum en troquant simplement sa casquette de candidat pour celle de Président? Il suffit de se rappeler combien il avait été reproché à Giscard, lors de l'attentat de la rue Copernic, de ne pas s'être rendu sur place... 

Faut-il pour autant se précipiter comme le faisait hier le Wall Street Journal en spéculant sur les dividendes que pourrait tirer le président-candidat de ce drame national? François Hollande a en tout cas bien vu le danger. Mais s'il ne ménage pas sa peine depuis lundi en calquant ses pas sur ceux du Président, faudrait-il pour autant n'y voir que manoeuvre politicienne? Faudrait-il pour autant douter de sa sincérité lorsqu'il explique qu' «il n'y pas si souvent des causes qui peuvent rassembler à ce point»

De même, quand Jean-Luc Mélenchon choisit, lui, de continuer sa campagne, ce n'est point pour pointer une quelconque tentative de récupération. Mais parce qu'il estime que c'est à ses yeux «un acte de résistance morale, intellectuelle et affective». Et quand François Bayrou justifie lundi soir la poursuite du débat démocratique lors d'un meeting rebaptisé «soirée de réflexion» sur l'intolérance pourquoi vouloir ne retenir qu'une attaque anti-Sarkozy? 

Pourquoi ne pas entendre plutôt ce qu'il dit sur «le degré de stigmatisation et de violence qui monte dans la société française»? Car bien au-delà du drame de Toulouse et des motivations toujours inconnues de son auteur, le problème est bien là. Et ronge depuis trop longtemps notre République.


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Publié dans Société

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