Après trois heures de débat Avantage Hollande

Publié le par DA Estérel 83

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« Je vais l’exploser », avait promis Nicolas Sarkozy, avant son entrée en campagne. « Je vais le débusquer, le faire sortir du bois! »« les Français veulent le match. Je peux vous garantir qu’ils vont l’avoir et ils ne vont pas être déçus », pronostiquait-il encore le 23 avril, devant des élus réunis à son QG de campagne. Mercredi soir, lors du débat d’entre-deux-tours, le chef de l’Etat sortant n’est pourtant pas parvenu à avoir le dessus dans ce « un contre un » qu’il attendait impatiemment. Loin de là.

Il est vite apparu sur la défensive, quand François Hollande a réussi à imposer les deux grands axes de sa stratégie pour structurer le débat: sur chacun des thèmes, d'abord démonter le bilan du sortant; puis dérouler dérouler ses propositions. «Vous à partir de votre bilan, moi à partir de mes propositions », a lancé le candidat socialiste. D'entrée de jeu, ce cadre contraint a privé Nicolas Sarkozy de son arme préférée: sauter d'un sujet à l'autre, jongler avec les thèmes et les registres différents.

Le président sortant était convaincu qu’il parviendrait à démontrer devant les millions de téléspectateurs que son adversaire est« flou » tel « l’anguille » que le chef de l’UMP Jean-François Copé promettait de pêcher peu avant le débat. « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup », répétait ces derniers jours le candidat de droite, en référence aux mots de Martine Aubry lors de la primaire socialiste. Dès les premières minutes, Sarkozy a d’ailleurs souhaité que le débat soit un « moment d’authenticité » et de « sincérité », loin « du classique » et des « propos déjà entendus ».

Mais Hollande s’y était manifestement préparé et il est apparu bien plus offensif qu’attendu par son adversaire, interrompant jusque dans sa conclusion Nicolas Sarkozy. Il l’a très vite accusé de« mensonges », et attaqué sur ses responsabilités: «Avec vous, c’est très simple, ce n’est jamais de votre faute»«Vous aurez du mal à passer pour une victime», a lancé le socialiste. Seul vrai moment de cafouillage pour Hollande sur un sujet pourtant hautement prévisible: le débat sur l’immigration, quand Sarkozy a cité la lettre de son concurrent à l’association France Terre d’Asile (lire notre article de l’époque) à propos des centres de rétention. 

Mais, pour le reste et sur le fond, pas de révélation ni de surprise. Les deux candidats ont déroulé ce qu’ils avaient maintes fois répété lors de leurs meetings (voir leurs discours avec nos décryptages). D’un côté Sarkozy, a adapté ses tirades de campagne sur« l’outrance » et le « mensonge » de la gauche - allant jusqu’à traiter Hollande de « petit calomniateur » - , il a remis sur la table l’affaire DSK (« Je ne prendrai pas de leçon d'un parti politique qui a voulu se rassembler derrière Dominique Strauss-Kahn »), et accusé les socialistes d’avoir « voté non à  tout », et de vouloir« tout démolir ».

A plusieurs reprises, il a tenté de se présenter comme le président de « l’ouverture », jurant qu’il n’était « pas l'homme d'un parti », qu’il souhaitait  « parler à tous, y compris, ceux qui n'ont pas vos idées »« Je veux m’adresser à ceux qui n'ont pas voté pour moi », a-t-il répété en conclusion, en s’adressant tout spécifiquement aux électeurs du Front national: « Moi je ne donne pas de leçons de morale », quand François Hollande « se bouche le nez », a-t-il redit. Quelques clins d’oeil appuyés ont également été faits « aux électeurs de François Bayrou », avec de long passages sur le désendettement.

En face, François Hollande s’est une nouvelle fois présenté comme le « président du redressement », celui qui met à la fois la relance de l’économie et la lutte contre les déficits au coeur de son programme, mais avec « justice » pour que revienne la« confiance ». Le tout pour être le « président du rassemblement »quand Sarkozy est accusé d’avoir « divisé » les Français. « La France a souffert », selon Hollande. Autant de mots clef élaborés par le candidat depuis des mois (à lire ici ou ). Dans sa conclusion, Hollande a également de nouveau poser l’alternative qu’il veut poser aux Français: « continuer une politique qui n’a pas marché (...) ou changer »

Le socialiste l’a sans doute le mieux illustré dans la présentation de ce que serait sa présidence, « pour ne pas être président de tout et responsable de rien »: à près de dix reprises, Hollande a commencé sa phrase par « moi président de la République je »pour promettre qu’il ne serait pas le chef de la majorité, qu’il « ne traiterait pas (son) premier ministre de collaborateur », que la justice serait indépendante, qu’il ne nommerait pas les présidents de l’audiovisuel public, qu’il réformerait le statut pénal du chef de l’Etat ou que le gouvernement serait paritaire. Autant de piques implicites - les affaires n'ont jamais été directement évoquées, sauf au détour de l'évocation du bouclier fiscal de Bettencourt ou des donateurs du Premier cercle - au sortant qui, au sortir de la charge, a marqué un temps d’arrêt. KO?

 

Les questions économiques et sociales.

C’est d’abord la forme du débat qui a donné cette impression. « Mensonge » ; « imposture » : usant d’un vocabulaire souvent véhément, Nicolas Sarkozy a fréquemment montré un visage agressif ou vindicatif de lui-même. Plus moqueur ou détaché, mais ne laissant passer aucune critique, François Hollande a parlé, lui, avec plus d’autorité, mettant en difficulté son vis-à-vis à chaque fois que l’occasion lui en était donnée.

Mais c’est surtout sur le fond que François Hollande a poussé son avantage, dès  la première partie de l’émission, celle qui était consacrée aux questions économiques. Non pas tant parce qu’il a défendu ses propositions pour l’avenir, même s’il s’y est appliqué autant qu’il l’a pu. Mais d’abord, parce qu’il a su, à chaque fois qu’il l’a pu, dresser le bilan socialement désastreux des cinq dernières années. Cela a d’abord été cela la force de François Hollande : évoquer, certes, ses propositions de réforme mais d’abord, pour en justifier la nécessite, dresser le réquisitoire des années Sarkozy, des inégalités qu’elles ont générées, des souffrances qu’elles ont suscitées.

Cela a été sa force et son habileté. Car du même coup, le téléspectateur était invité à prêter une oreille accommodante aux propositions de réforme du candidat socialiste –même si en vérité elles prêtent parfois à débat ou à la critique-, d’abord parce le réquisitoire de la présidence Sarkozy était implacable.

Dans cet exercice de style balancé – parler mezzo voce des réformes à venir, et tonner contre la présidence Sarkozy- c’est sur le dossier de la fiscalité, l’un de ceux qu’il connaît le mieux, que François Hollande a excellé. Egrenant ses propositions de réforme – un alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail ; un plafonnement des niches fiscales ; un relèvement du barème de l’impôt sur le revenu ou encore un rétablissement de l’Impôt de solidarité sur la fortune…-, François Hollande a ainsi très vite dévié pour mettre en cause Nicolas Sarkozy pour son bilan. Pour les cadeaux faits à ses riches amis.

Et à chaque fois, Nicolas Sarkozy, peinant à cacher son agacement, a mordu à l’hameçon. Quels riches amis, a-t-il demandé ? Aux Bettencourt, s’est fait un malin de plaisir de répondre François Hollande. Et Nicolas Sarkozy étant venu sur le terrain qu’il souhaitait, François Hollande a pu alors porter l’estocade. « Vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres », a lancé le Nicolas Sarkozy. Faux, lui a rétorqué François Hollande : « Avec vous, on a eu des riches plus riches… et plus de pauvres ! »

Et le même scénario s’est répété ainsi à plusieurs reprises, François Hollande présentant succinctement ses propositions de réforme et s’attardant longuement sur le bilan de son contradicteur… qui est tombé presque à chaque fois dans le piège.

A preuve, le pouvoir d’achat : même si François Hollande a tardé à se convertir à la nécessité d’un coup de pouce en faveur du Smic, il est arrivé à mettre le président sur la défensive. A preuve encore, la dette et les déficits publics : même si le candidat socialiste a parfois été critiqué à gauche pour son alignement sur une politique de rigueur, c’est lui qui s’est montré le plus offensif en dressant le bilan des années Sarkozy, pointant les « 600 milliards de creusement de la dette depuis 2007 et même 900 milliards depuis 2002 », et mettant en cause « les largesses fiscales » en partie à l’origine de ces dérives.

En bref, François Hollande a amené Nicolas Sarkozy en grande partie là où il le voulait. Pour établir le bilan calamiteux de la présidence Sarkozy.

Rien de neuf sur l'Europe

Sur le front européen, pas de surprise. Chacun est resté dans son rôle. D'un côté, François Hollande voulant renégocier le pacte budgétaire, pour y intégrer une «dimension de croissance». De l'autre, Nicolas Sarkozy, dans le costume de l'homme d'Etat expérimenté, alimentant le procès en incompétence de son adversaire, et rappelant qu'il est parvenu à éviter l'implosion de la zone euro… Avec, au passage, quelques perles - «Nous avons évité la disparition de la Grèce», ou encore «Mais c'est quoi, l'UE, si ce n'est la France et l'Allemagne?»

Comme prévu, le socialiste a décliné les quatre leviers de croissance qu'il compte défendre à Bruxelles en cas d'élection - taxe sur les transactions financières, euro-obligations, mobilisation des fonds structurels et renforcement de la Banque européenne d'investissement. Autant de propositions déjà en chantier à Bruxelles, s'est empressé de rappeler le candidat de l'UMP, qui a raison sur ce point.

L'échange s'est musclé lorsque le socialiste a estimé que Nicolas Sarkozy n'avait rien obtenu de Berlin pendant les deux ans de gestion de crise. Le président français a manqué de s'étrangler sur le plateau, rappelant qu'il avait convaincu Angela Merkel, par exemple, de la nécessité d'un «gouvernement économique» de la zone euro, vieille obsession française.

C'est vrai d'un point de vue formel - c'est même écrit dans le fameux pacte budgétaire en cours de ratification. Mais dans les faits, ce nouveau gouvernement se résume à une réunion, une fois tous les six mois, des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro… Rien qui ressemble à un véritable «gouvernement». A Bruxelles, cela ne satisfait en tout cas personne.

On notera enfin que l'Espagne a définitivement remplacé la Grèce dans le rôle du mouton noir de l'Europe. L'échec du socialiste Zapatero face à la crise, confirmé en novembre dans les urnes par une lourde défaite du PSOE, fut l'un des fils rouges du débat sur les questions économiques, chacun des deux candidats reprochant à l'autre, à tour de rôle, sa proximité ou son admiration passées pour le dirigeant espagnol (lire notre dernier article sur l'urgence de la crise espagnole).

Les thèmes de sociétés... concernent les étrangers

Droit de vote des étrangers, immigration légale, centre de rétention, asile communautarisme, horaires spécifiques des piscines, menus halal à la cantine: les quelques grands thèmes dits de «société» ayant à voir de près ou de loin avec la situation des étrangers et des immigrés ont été l’occasion pour les deux candidats de marquer leurs différences, mais, allègrement mélangés, ils ont été exprimés dans une telle confusion qu’ils n’ont permis d’éviter ni les amalgames ni les erreurs factuelles.

Dès l’introduction du débat, François Hollande a reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir «divisé» les Français et de les avoir«opposé les uns aux autres». «Les Français, a-t-il insisté, ont eu le sentiment d’être soumis à des séparations et des clivages.» 

Quand les journalistes ont introduit la thématique de l’immigration, vers 22h30, le candidat socialiste a commencé par noter que son opposant, aux affaires sur ces questions depuis dix ans, puisqu’il a été ministre de l’intérieur à deux reprises avant d’être président de la République, n’avait pas réduit les niveaux moyens d’immigration légale, autour de 200.000 arrivées par an, et qu’il n’était pas parvenu à mettre en place l’immigration choisie, supposée attractive à l’égard des salariés. Lui a avancé un volume d'environ 180.000, à comparer aux 100.000 auxquels s'est engagé le président sortant pour attirer l'électorat du FN. 

François Hollande a ensuite déplié son programme, droitisé au cours de la campagne présidentielle, en citant la réduction des entrées de travailleurs en période de «croissance faible» ainsi que l’acceptation des conditions de revenus et de logement dans le cadre du regroupement familial mis en place par... Nicolas Sarkozy.

Tout en déclarant que la France est un pays « ouvert », Nicolas Sarkozy a répété ce qu’il avait dit sur RMC et BFM TV la veille. Il y a trop d’étrangers en France, a-t-il déclaré, alors que la question, devenue un gimmick en cette fin de campagne, ne lui a pas été posée cette fois-ci. «Nous avons accueilli trop de monde», a-t-il estimé. C’est après avoir évoqué la «tentation des prestations sociales», qu’il a confondu entrée et sortie du territoire. Reprochant à tort à François Hollande de vouloir fermer les centres de rétention administrative (CRA), où sont enfermés les sans-papiers en instance d’expulsion, il a parlé de ces lieux comme s’ils intervenaient dans le parcours des migrants lorsqu’ils entrent en France, après avoir franchi la frontière, alors qu’ils sanctionnent en réalité le séjour irrégulier de personnes ayant pour la plupart vécu depuis des années en France. Le candidat PS lui a fait remarquer qu’il se trompait. «Vous n’étiez pas du tout dans le sujet», a-t-il insisté.


C’est alors que François Hollande s’est lui-même dédit. Alors qu’il avait promis, au cours de la campagne, d’empêcher que les enfants ne se retrouvent enfermés dans des centres de rétention, il a répété cette intention, avant d’affirmer qu’il faudrait créer des CRA spécifiques «qui accueillent les familles». Ce qui existe déjà et ce que Nicolas Sarkozy s’est fait un plaisir de lui rappeler. De même sur les régularisations d'étrangers en situation irrégulière, alors que le candidat socialiste se refusait jusqu'alors à donner un chiffre ou même un ordre de grandeur -assurant que seule l'application des critères entrerait en jeu-, il a évoqué cette fois le nombre de 30.000 régularisations possibles.

Sur le droit de vote des étrangers aux élections locales, les oppositions habituelles entre les deux candidats se sont exprimées. François Hollande a souligné le changement de position de son concurrent sur le sujet, répété que ce dispositif existait dans «la plupart des pays européens» et qu’il favoriserait l’intégration des étrangers. Néanmoins, se mettant comme à distance, il a affirmé qu’il lui faudrait la majorité des trois cinquième au Parlement, et donc «une partie du centre et de la droite», pour faire passer la réforme et qu’en cas contraire il la soumettrait à référendum «au peuple français»

En contre-attaque, Nicolas Sarkozy a convoqué la communautarisme, la «radicalisation de l’islam», et, s’emmêlant, la «pression d’un islam de France alors que nous avons voulu un islam en France», rectifiant dans la suite du débat. «Pourquoi laissez-vous supposer que ceux qui ne sont pas Européens sont musulmans?», l’a interrogé François Hollande. Lui reprochant de lui faire un «procès», le chef de l’État lui a rétorqué que «l’Algérie, c’est musulman (…), au Maroc le roi est le Commandeur des croyants et la Tunisie c’est pareil».

Mais, comme pour contrebalancer cette prérogative nouvelle, promise par François Mitterrand dès 1981, François Hollande s’est montré «strict», selon son expression, sur les questions de laïcité, martelant qu’il avait été favorable à l’interdiction du voile à l’école, tandis que Nicolas Sarkozy avait «changé d’avis», comme sur le droit de vote. Avant même que la question ne lui soit posée, il a tenu à rappeler qu’il avait voté la résolution sur la «burqa», qu’«aucun horaire de piscine ne faisant de distinction entre les hommes et les femmes ne serait faite» et que «rien ne sera toléré en terme de présence de halal dans nos cantines»

 

Moralisation de la vie publique

Nicolas Sarkozy a osé un mensonge grossier, en affirmant qu’il n’avait « jamais » participé à des réunions du Premier cercle, la structure regroupant les plus gros donateurs de l’UMP (entre 3.000 euros et 7.500 euros par an). Une photo, parue dans toute la presse, atteste du contraire : fin 2009, il était bien au Bristol, palace parisien, pour caresser dans le sens du poil ses bienfaiteurs, rassemblés par Eric Woerth (en plein conflit d’intérêts entre ses fonctions de trésorier de l’UMP et sa casquette de ministre du Budget).

Un second exemple vient démentir le président de la République : en janvier 2011, Nicolas Sarkozy est allé discourir devant le Premier cercle dans un sous-sol de l’hôtel Méridien, place Maillot à Paris. Son passage se voulait discret, mais d’anciens membres de l'association, déçus par son action, ont fait fuiter l’invitation dans les médias. Nicolas Sarkozy s’est ainsi comporté en « chef de parti », selon François Hollande.

« Dîtes la vérité ! », lui a intimé le socialiste, alors que le chef de l’Etat niait les faits. « Si je suis président, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti », a promis François Hollande.

Le candidat socialiste a lui enchaîné ses propositions pour moraliser la vie publique entre réforme du statut pénal du chef de l'Etat, indépendance de la justice et la volonté de ne pas faire de l'Elysée le QG de la future majorité (lire ici l'analyse de ses propositions). 

Energie, la dépendance française

Le modèle énergétique français a été l’objet de longs échanges contradictoires entre les candidats. D’abord, et c’est aussi une surprise, au sujet de la dépendance français aux énergies fossiles. Selon Nicolas Sarkozy, 63 milliards d’euros (sur un total de 70) du déficit commercial du pays en 2011 sont imputables aux énergies fossiles, si bien que pour lui ce n’est pas le moment de commencer à sortir du nucléaire.

En réalité, la facture énergétique de la France a atteint en 2011, 61,4 milliards d'euros, en progression de 32 % par rapport à l’année précédente, selon les chiffres du Commissariat général au développement durable, pour qui ce chiffre est inédit par son ampleur. Le solde entre les importations et les exportations d'hydrocarbures, de produits raffinés et d'électricité atteint presque l'équivalent du déficit commercial de la France, qui s'est élevé en 2011 à près de 70 milliards d'euros, selon la direction des Douanes. En 2011, le solde de la balance commerciale est de 70 milliards d’euros (selon le ministère des finances), soit plus qu’en 2010, avec 64 milliards d’euros (voir cette note de l'Insee).

Le pétrole est le premier responsable de cette dégradation, avec plus de 50 milliards d'euros imputés aux produits pétroliers. Ainsi, la facture énergétique a représenté l'an dernier 3,1 % du PIB de la France, contre 2,5 % en 2010. Les énergies fossiles satisfont actuellement deux-tiers de la consommation française d’énergie finale. Or, la France importe près de 98% du gaz et près de 99% du pétrole et du charbon qu’elle consomme. En 2011, les hausses des prix du baril de Brent et du gaz naturel de presque 40% ont donc pesé sur la facture énergétique française qui est un tiers plus élevée qu’en 2010.

Pourtant, ces montants sont à relativiser. D’abord, sur une échelle historique. Car c’est bien moins qu’en 1974 (3,8 %) et 1979 (4,9 %). En effet, à PIB constant, la France consomme beaucoup moins d'énergie qu'à cette période, et dépend davantage du nucléaire.

Ensuite, au plan international. Plus significatives sont les comparaisons européennes, et, notamment, avec l’Allemagne. Ainsi, en 2008, le solde négatif de la France pour ses échanges énergétiques atteignait 6 milliards d’euros, soit moins que l’Allemagne, pour qui il s’établissait à 59 milliards d’euros, selon la revue Global Chance. Sauf que, pour l’Allemagne, ce déficit ne représentait que le tiers de son bénéfice global, alors que pour la France, il représente les deux tiers de son déficit global. Ce qui montre bien que ce n’est pas le cours mondial des hydrocarbures qui détermine la balance commerciale énergétique des pays, mais bien leur modèle national d’énergie.

Plus attendu, l’échange sur le nucléaire. D’un côté, Nicolas Sarkozy a défendu avec une obstination rare le tout nucléaire français, considérant que l’accident  Fukushima au Japon était la conséquence d’un tsunami et non d’un dysfonctionnement de l’industrie de l’atome. De l’autre, François Hollande s’est fait l’apôtre d’un modèle équilibré entre nucléaire et énergies renouvelables. Le point le plus révélateur de l’échange porte sans doute sur le rôle de l’autorité de sûreté du nucléaire (ASN).

D’abord, le président sortant lui fait dire à tort qu’elle a autorisé sans condition la prolongation jusqu’à 40 ans l’activité de la centrale de Fessenheim. En réalité, elle a imposé à EDF de lourds et dispendieux travaux sur l’installation, sans lesquels l’autorisation de fonctionnement lui serait retirée. Mais surtout, il s’est reposé à 100% sur l’expertise de l’ASN, sans la moindre distance critique.

La faiblesse de la politique étrangère

Les deux questions internationales coincées en fin de débat ont apaisé les tensions entres les deux candidats qui ne se sont guère démarqués sur ces sujets. François Hollande a réitéré sa promesse de retirer les troupes françaises « combattantes » d’Afghanistan d’ici 2012, tout en admettant que ce délai pourrait prendre un peu plus de temps pour les questions logistiques d’évacuation du matériel. En employant le vocable « troupes combattantes », le candidat socialiste s’est toutefois autorisé une marge de manœuvre (pour faire plaisir à Obama s’il est élu ?) consistant à maintenir en Afghanistan des formateurs ou d’autres soldats éloignés du front (coordination aérienne, drones…).

Nicolas Sarkozy, conforme à lui-même, a répété ses slogans habituels sur l’Afghanistan (les talibans coupant les mains des jeunes filles, la « gangrène du terrorisme »...), sans pour autant rejeter l’idée que la France est en voie de désengagement. Seul bémol par rapport à son adversaire : il ne veut pas se « parjurer » par rapport aux alliés et désire donc se retirer d’Afghanistan en même temps que les Américains.

La deuxième question concernant les otages français détenus dans le Sahel par des réseaux terroristes dans la mouvance d’AQMI a été l’une des rares opportunités œcuméniques de la soirée. Hollande a botté en touche en expliquant qu’il ne détenait pas les informations nécessaires pour se prononcer sur la manière de libérer les otages et qu’il ne critiquait pas Sarkozy sur ce sujet. Quant au président candidat, il est parti sur une tangente concernant l’aide à apporter aux pays de la région, avant d’affirmer plus ou moins la même chose que son adversaire : « On ne parle pas de la situation des otages dans une émission comme celle-ci. »

Sur ces questions internationales, François Hollande est néanmoins apparu bien moins à l’aise que sur les sujets politiques, sociaux ou économiques. Etait-ce la fatigue au bout de 2h30 de pugilat ? Toujours est-il que le prétendant socialiste a clairement montré ses faiblesses sur ces thèmes, en tout cas sa propension à parler pour ne pas dire grand chose, et certainement pas à poser des principes clairs de politique étrangère.

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Publié dans Elections

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