Trocadéro: et voilà le travail !

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Le rassemblement du Trocadéro aura aussi permis de jeter au second rang de l'actualité, à cinq jours du scrutin, le remugle de relations suspectes entre Nicolas Sarkozy et l'ex-chef de l'État libyen Mouammar Khadafi.

 

Retenons l'ordre alphabétique plutôt que l'ordre d'apparition en scène. Hier, place du Trocadéro à Paris, Nicolas Sarkozy, Président de la République et candidat à sa succession, a fait défiler Blum, Chateaubriand, De Gaulle, Ferry (Jules), Hugo, Jeanne d'Arc, Lamartine, la Résistance, Voltaire et Zola. Plus un mot pour «Carla» au moment de conclure ! Que tirer de ce salmigondis de références historiques ou personnelles lâchées comme mitraille en trente minutes ? Sa volonté de balayer large ? La ficelle est un peu grosse. L'effet improbable.

Quel était l'objectif de la mise en demeure très sèche faite aux syndicats de salariés quand il a lancé, «posez le drapeau rouge, servez la France» - ce qui dit en creux qu'ils la desservent -, ou encore, «dans la République, ce ne sont pas les syndicats qui gouvernent, c'est le gouvernement». Mettre le peuple de son côté contre les corps intermédiaires ? Pas gagné. Les syndicats, qui ne marchent pas tous derrière un drapeau rouge, ne pèsent certes pas lourd en terme d'adhésions en France. Mais les salariés, actifs, retraités, chômeurs, ne goûtent guère qu'on les cloue au pilori. Ils savent trop qu'ils peuvent leur être utiles.

Nicolas Sarkozy a voulu faire du 1er-Mai l'un de ses ultimes tremplins pour aller quérir une victoire qui, jusqu'à présent, lui échappe. Las ! Il est entré dans le sujet par une fâcheuse glissade, évoquant la fête «du vrai travail», expression marquée du sceau de l'infamie par le régime de Vichy. Hier au Trocadéro, il avait donc le devoir de faire l'événement face aux défilés rituels et convenus des syndicats, pour éclipser le rassemblement sans surprise du Front national devant la statue de Jeanne d'Arc. Au lieu de quoi il aura réussi à gonfler les défilés syndicaux à travers la France entière. Il aura surtout persisté dans une stratégie clivante qui tarde à porter ses fruits - c'est un euphémisme -, glorifiant la valeur travail et requérant contre ceux qui l'ont ruinée. Il pensait, sans les nommer, aux socialistes avec les 35 heures et la retraite à 60 ans. Soit rien de neuf sous le soleil de la campagne.

Le rassemblement du Trocadéro aura toutefois eu deux vertus pour le camp sarkozyste. Il aura occupé l'espace médiatique, évitant de laisser le champ libre à la gauche et à l'extrême droite. Il aura aussi permis de jeter au second rang de l'actualité, à cinq jours du scrutin, le remugle de relations suspectes entre Nicolas Sarkozy et l'ex-chef de l'État libyen Mouammar Khadafi. À défaut d'avoir eu lieu hier, le dernier grand rendez-vous de la campagne est pour ce soir à la télévision. Sachant que, selon les sondages, le grand débat entre les deux prétendants n'a jamais bouleversé la donne.

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Publié dans SARKOZY

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