Voiles à la barre
Jacques Guyon 14/12/2010
Deux femmes jugées pour port du voile, deux juridictions différentes, deux jugements à l'opposé mais une même exaspération qui se déverse à flots inquiets sur internet et promet à Marine Le Pen des lendemains électoraux qui chantent: décidément la France est loin d'être sortie de ces affaires de voile. Ni la loi sur l'interdiction de signes religieux ostentatoires à l'école, ni celle plus récente sur l'interdiction du niqab dans les lieux publics n'ont réussi à éliminer la sourde et lancinante bataille qui se joue à coups de provocations et de petits renoncements.
Bataille qui voit l'islamisme radical chercher à fissurer un idéal républicain bâti sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat et donc sur l'idée que la religion relève de la seule sphère du privé. Le premier jugement émane du tribunal de police de Nantes et donne gain de cause à une femme qui est relaxée de son procès-verbal pour port de niqab au volant. Et c'est évidemment celui-ci qui voit se déchaîner les réactions.
Au point que le second, prononcé par le tribunal des prud'hommes de Mantes-la-Jolie et qui valide le licenciement pour faute grave d'une employée de crèche qui refusait d'enlever son voile sur son lieu de travail finirait par passer inaperçu.
Or l'un comme l'autre sont parfaitement logiques, cohérents et compréhensibles si peu qu'on y regarde d'un peu près. En effet dans l'histoire du niqab au volant, force est de constater que le motif du PV - «circulation dans des conditions non aisées» - était, si l'on peut dire, un peu tiré par les cheveux. Outre que la maréchaussée n'a jamais verbalisé une bonne-soeur portant cornette, on ne peut s'empêcher de penser que le policier verbalisateur avait, en plein débat sur le niqab, saisi ce prétexte d'une «gêne» pour anticiper le vote de la loi.
Un excès de zèle qu'on peut d'autant plus regretter que la conductrice masquée n'a pas manqué de jouer les martyrs-prosélyte avec son livre intitulé «Les boucs émissaires de la République» où elle raconte sa conversion et son bonheur d'avoir accédé à la demande de la première femme de son triste compagnon polygame.
A l'inverse, si un jugement de fermeté a pu être prononcé à Mantes-La-Jolie, c'est parce qu'il s'appuie sur des faits clairement constatés, sur un règlement intérieur bannissant les signes religieux et sur le fait que bien qu'associative, cette crèche reçoit des aides importantes de l'Etat et est donc soumise à la loi qui vaut pour les établissements publics.
Bref, c'est au nom du droit que ce jugement déboute la plaignante de sa demande de dommages-intérêts de... 80.000 euros. Une demande qui là encore avait un lourd parfum de provocation quand on sait que cette employée ne devait son emploi qu'à cette crèche qui a choisi de recruter son personnel parmi les femmes sans qualification du quartier.