Le PS tente de construire des accords électoraux
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Electrochoc unitaire? Les deux élections municipales de Corbeil-Essonnes et Noisy-le-Sec, perdues nettement par la gauche ce dimanche, peuvent-elles être un avertissement pour le PS et ses alliés potentiels? Dans les deux cas, les divisions difficilement mises sous le tapis ou clairement affichées, semblent avoir lourdement pénalisé la dynamique électorale de scrutins plus que gagnables.
«Par-delà le caractère spécifique, le système clientéliste Dassault à Corbeil et la profonde animosité personnelle entre responsables de gauche à Noisy, il y a une leçon essentielle à tirer, estime le secrétaire national PS, Christophe Borgel. Quand on se divise à gauche, on met en danger la mobilisation des électeurs de gauche.» Ces deux déconvenues électorales (sanctionnées par la victoire de l'UMP, sortant, et du Nouveau Centre, challenger) imposent-elles un devoir de responsabilité supplémentaire aux socialistes, dans la préparation des cantonales de mars prochain, puis des sénatoriales de septembre? Mediapart fait le point sur les discussions en cours entre appareils.
Dimanche, lors de leur conseil fédéral, les écolos ont largement adopté l'accord électoral avec les socialistes, en vue des sénatoriales («beaucoup de pour, 17 contre»). Un accord qui donne à EELV onze sièges éligibles (plus un douzième de dernière minute à la Réunion), contre quatre actuellement (après que l'ex-ministre Jean-Marie Bockel a repris son siège à sa suppléante Verte). Un «partenariat privilégié» reconnu par le négociateur écolo Jean-Marc Brûlé, pour qui «il y a une logique à être bien traité: nous sommes les deux forces principales et nous avons des corpus programmatiques vraiment différents, donc complémentaires».
Le responsable EELV aux relations extérieures, Jean-Vincent Placé, abonde:«Onze sièges et demi, c'est énorme! Si on s'était compté, vu le mode de scrutin, on en aurait eu un et demi. En 2001, on avait topé pour un siège et en 2004 pour trois. Si la gauche gagnait le Sénat, un tiers des gains serait pour nous. Le PCF avait conservé un nombre d'élus comme si on était encore dans les années 1970. Jusque-là, le PS le favorisait. C'était la moindre des choses de rééquilibrer.»
Le secrétaire national socialiste aux élections, Christophe Borgel, confirme: «Les Verts n'ont pas beaucoup de grands électeurs (les élus qui votent aux sénatoriales), mais un poids électoral réel. Si on regarde la situation du Sénat, ils sont clairement lésés, là où les communistes et les radicaux ont chacun leurs groupes.» Pour lui, «le PS a la responsabilité du rassemblement global de la gauche, ce qui signifie de devoir faire des sacrifices, alors que beaucoup parmi nous, à bon droit, pensent être plus à même localement de gagner les sièges qui nous manquent.»
Borgel le dit sans pincettes: «L'accord aux sénatoriales est bon, mais on va quand même rester attentif à ce que vont faire nos partenaires verts lors des cantonales.» Car si de nombreux accords PS/EELV devraient se conclure dès le premier tour («dans 20 à 25% des départements», estime Brulé), l'hypothèse de scrutins où écolos et socialistes pourraient rivaliser au second tour inquiète Solférino.
Dans une note interne, le nombre de cantons qui pourraient être perdus par ce type de duels PS/EELV est estimé entre 40 et 50, les candidats écologistes bénéficiant des voix de la droite pour affaiblir le candidat socialiste. «De tous temps, la règle à gauche a toujours été le désistement républicain au profit de celui qui arrive en tête au premier tour. Refuser cette règle n'est pas acceptable, prévient Borgel. On va prendre le temps du dialogue pour convaincre nos partenaires écologistes.»
Pour EELV, cela semble déjà tout vu. «Il s'agit d'une nouvelle façon de faire de la politique que nous assumons, estime Brûlé: pas d'accord d'appareil entre deux tours, mais un choix donné aux électeurs, qui devront le trancher.»
Jean-Vincent Placé estime lui préférable de défendre «une doctrine claire: quand la droite disparaît, nous nous comptons, si la droite est présente, nous nous désistons». Sous-texte: la direction écolo s'engage à contraindre les éventuelles velléités locales à se maintenir coûte que coûte, même en présence d'un candidat de droite (comme cela pourrait advenir dans des régions comme Rhône-Alpes, l'Alsace ou la Loire-Atlantique, où représentants Verts et PS se détestent souvent de longue date).
En revanche, personne ne croit à la possibilité, pourtant déjà évoquée dans de nombreux départements «écolo-sceptiques», de voir fleurir des listes dissidentes PS pour contester l'élection de sénateurs verts. «Ces pratiques de notables leur feraient craindre une exclusion à long terme», se rassure Brûlé. «On est obligé de faire confiance à la nature humaine, ajoute Placé. Les sénatoriales seront huit mois avant la présidentielle, mais aussi les législatives et les négociations qui vont aller avec. Ça devrait responsabiliser tout le monde…»
Le torchon brûle avec le PCF
Pour le secrétaire national communiste aux élections, Francis Parny, «les conquêtes de la gauche doivent être réparties équitablement. Or, c'est loin d'être le cas, puisque seuls les Verts et le PS progressent dans la proposition actuelle faite par les socialistes». Selon le négociateur communiste, «l'union de la gauche, c'est comme un tabouret, ça tient sur trois pieds. Sur deux uniquement, il se casse la gueule!». Réponse de Christophe Borgel: «Notre responsabilité vis-à-vis du PCF est de garantir que les sortants soient réélus avec nos voix.»
Après une nouvelle réunion vendredi dernier à Solférino, les discussions semblent toutefois avoir un peu avancé. Si les accords proposés par Colonel-Fabien dans le Nord et le Pas-de-Calais ont été refusés par le PS, qui préfère y aller seul, le Val-de-Marne verra une liste d'union.
Quant aux Yvelines, où le PCF demande aussi un accord, la situation est gelée dans l'attente de la nature de la sanction de Jean-Paul Huchon. En cas d'annulation de son élection sans inéligibilité déclarée, l'actuel président en sursis de la région Île-de-France pourrait être «recasé» aux sénatoriales dans son département d'origine.
Aux cantonales en revanche, les hypothèses d'«accords à deux contre un»surprennent Parny: «C'est quand même désagréable de voir des alliances PS/Verts là où on a des sortants. Il ne faut pas oublier que la véritable échéance, c'est 2012. Ça vaut quand même le coup d'ici là de se battre pour un Sénat à gauche, et donc favoriser une dynamique de victoire plutôt qu'un jeu de massacre irresponsable. Nos électeurs auront du mal à se mobiliser, aux sénatoriales ou aux cantonales, si les candidats ne sont que Verts ou socialistes.» Christophe Borgel tempère: «Il y a aussi de nombreux endroit où il y a accord au premier tour, là où il y avait avant concurrence.»
Alors qu'un «accord de stabilité» devrait déboucher dans le Val-de-Marne (après que le PCF a craint de voir le PS chercher à lui prendre la présidence d'un de ses deux derniers conseils généraux), la crispation se situe encore en Seine-Saint-Denis. Dans ce département dont la tête a basculé du rouge au rose lors des dernières cantonales de 2008, le combat frontal devrait se rééditer en 2011, Claude Bartolone espérant ainsi consolider sa majorité en gagnant de nouveaux élus socialistes, au détriment de communistes sortants.
«Après tout, les communistes ne votent avec nous qu'une fois sur quatre», tente de justifier un vice-président PS du conseil général. «On n'espère pas forcément gagner face au PCF, mais plutôt face à la droite. A lui de regagner les sièges qu'il a perdus en arrivant devant nous au premier tour», renchérit Borgel, épousant sans le dire un vieil axiome du PS dans le 93, selon lequel il vaut mieux prendre des élus au PCF, plutôt que de les laisser se faire battre par la droite et ne plus parvenir à les récupérer ensuite.
Petit événement à gauche, une délégation «mélenchoniste» a été reçue à Solférino la semaine dernière, à la demande du Parti de gauche. «La première rencontre bilatérale depuis la création du PG», note Eric Coquerel, le secrétaire national aux «relations unitaires». Si la demande d'éclaircissement sur les propos de Jean-Paul Huchon (définissant Mélenchon comme «pire que l'extrême droite») n'a pas franchement été assouvie («Ils nous disent qu'il n'a parlé qu'en son nom propre et qu'Aubry nous a envoyé une lettre à ce sujet, mais on ne l'a toujours pas reçue»), le reste des discussions semble avoir été profitable.
Le message, dixit Coquerel, fut à peu près le suivant: «Nous leur avons dit qu'en ce qui nous concerne, la règle du désistement républicain était claire pour les cantonales, contrairement à Europe Ecologie. Et qu'il est étonnant de les voir privilégier des alliances électorales avec écologistes uniquement, car cela empêche un choix clair entre les forces de gauche.»
Pour ces cantonales, le Front de gauche (alliance PCF/PG/Gauche unitaire) devrait être présent «dans 80% des départements», se félicite Coquerel,«dont une trentaine de départements où il sera élargi (notamment à la Fase de Clémentine Autain et des anciens communistes rénovateurs) et une dizaine où on aura un accord de "type limousin" (ouvert au NPA)».
En revanche, pour les sénatoriales, le PG dit avoir «été entendu». «On assume de vouloir discuter avec le PS sur ces élections bien particulières, vu le mode de scrutin et le contexte d'un possible basculement à gauche», poursuit le lieutenant de Mélenchon. En jeu, les deux sièges de sénateurs sortants que détient le PG (dont celui qui a été celui de son président, avant son élection comme eurodéputé), jusqu'ici contesté par le PS. «Je pense qu'ils ont compris qu'on ne voulait pas perdre ces deux élus, et que même si on n'en a pas beaucoup, nos grands électeurs pourraient avoir de l'influence sur des sièges charnières, dans des départements comme l'Isère, le Puy-de-Dôme ou Paris.»
Dans l'éditorial du dernier bulletin interne du PG, le secrétaire national François Delapierre estime que la cause des défaites de Corbeil et Noisy est à chercher dans «la stratégie d’union mécanique et a minima, fondée sur l’idée que l’on peut former une majorité à gauche en additionnant des cheptels électoraux, juxtaposant les soutiens toujours plus divers autour d’un contenu politique toujours plus minimal». Et de conclure: «La constitution d’une majorité politique impose de reconstruire la conscience d’intérêts communs.»
En commençant par les intérêts électoraux.