Vingt ans après, le réveil russe
Le symbole est trop évident pour n'être qu'anecdotique. Tout juste vingt ans après avoir été contraint à une démission sonnant le glas de l'Union Soviétique, Mikhaïl Gortbatchev appelle son successeur Vladimir Poutine à «partir maintenant», avant qu'il ne soit trop tard.
A 80 ans passés, le père de la «perestroïka» est certes bien plus entendu à l'étranger qu'en Russie où le pouvoir et les nostalgiques de la «grande URSS» lui reprochent d'être le responsable de la «plus grande catastrophe» du XXe siècle. Mais Gorbatchev ne se trompe pas lorsqu'il analyse les manifestations anti-régime comme la confirmation du «réveil» des Russes après une décennie de léthargie d'une vie politique très encadrée par le système Poutine. Il s'est bien passé quelque chose de nouveau ce week-end à Moscou lors du rassemblement sur l'avenue Sakharov, point d'orgue de la contestation née des fraudes électorales des législatives de décembre dernier.
Pour la première fois, la manifestation a été autorisée, les matraques anti-émeutes sont restées rangées, et la télévision publique en a même rendu compte sans occulter les slogans exigeant explicitement la démission de Poutine, véritable maître du Kremlin sans discontinuité depuis 2000. Après avoir tourné en dérision les premières manifestations, Poutine semble prendre la mesure d'une lame de fond qui pourrait bien pourrir sa candidature à un troisième mandat présidentiel en mars prochain.
Sans leader reconnu, unis par le seul slogan «Poutine dégage !», les dizaines de milliers de manifestants moscovites sont encore loin d'incarner un mouvement suffisamment massif à l'échelle de la Russie pour prétendre abattre sans coup férir la forteresse Poutine. Mais leur ras-le-bol exprimé publiquement est bien en résonance avec une opinion russe de moins en moins en phase avec un tandem Poutine-Medvedev dont la «démocratie dirigée» se résume à la loi du plus fort.
Jusque-là le pouvoir ne reconnaissait l'érosion du système Poutine, entre corruption généralisée, clientélisme, opposition d'opérette et farces électorales, qu'à travers une baisse d'audience «officielle» du parti du Kremlin «Russie Unie» restant bien sûr majoritaire à la Douma. Désormais, c'est le «Tsar Poutine» qui est personnellement dans le collimateur. Comme ses précédents tunisien et égyptien le «Printemps russe» a commencé en hiver. La comparaison pourrait s'arrêter là.
Il revient aux Russes de démontrer l'inverse même si la transformation de la place Rouge en place Tahrir ne semble pas encore à l'ordre du jour.