Un pari à 100 milliards de dollars

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Un vent de panique pousse les épargnants grecs à retirer leurs économies des banques. Les agences de notation sanctionnent de nouveau Athènes et Madrid. Inquiets, les investisseurs renâclent et font plonger les Bourses. À Washington, Barack Obama réunit un G8 pour tenter de trouver des parades à ce nouveau rebond d'une crise plus anxiogène que jamais pour les populations du Vieux Continent et l'ensemble des économistes des pays industrialisés. L'austérité est à l'ordre du jour de pays à la recherche de la formule magique permettant d'éviter la grande dépression, de survivre, d'espérer en des jours meilleurs.

Sur notre planète accablée par un cauchemar économique sans fin, il existe pourtant une oasis de la richesse insolente, le monde des «amis» de Facebook dont l'entrée - même en demi-teinte - en Bourse a balayé hier tout autre événement. Les chiffres de la saga Facebook donnent certes le vertige. Depuis sa conception il y a huit ans dans une chambre d'étudiant de Harvard, le réseau social connaît une augmentation exponentielle de sa fréquentation jusqu'à atteindre bientôt un milliard de «followers». À 28 ans, Mark Zuckerberg, son fondateur devenu hier multimilliardaire, incarne la pérennité d'un «rêve américain» où la valeur des individus se mesure toujours à l'importance du patrimoine et surtout à la vitesse à laquelle on le constitue.

Après celle de Bill Gates ou celle de Steve Jobs, cette success story d'un étudiant californien vaut-elle l'engouement manifesté par les investisseurs pour acquérir les premiers lots d'actions de Facebook? Selon les cotations retenues par le Nasdaq, Facebook vaudrait virtuellement plus de 100 milliards de dollars, soit la bagatelle de cent fois ses bénéfices de 2011. Le dynamisme de Facebook, sa capacité à renouveler ses offres, une publicité plus abondante rendent l'objectif à 100 milliards de dollars très sérieusement envisageable... dans les dix ans, justifient certains analystes. D'autres mettent en garde contre la démesure de la cotation de Facebook et la formation d'une nouvelle «bulle» spéculative potentiellement plus dangereuse que celle qui a explosé en 2000 autour des nouvelles entreprises du Net.

Jusqu'à preuve du contraire, l'entrée en Bourse de Facebook repose sur un pari à dix ans, misé pratiquement à l'aveugle sur le sable d'une entreprise dont le seul fonds de commerce est constitué «d'amis». La morale de cette histoire est douloureuse pour les pays pris dans la spirale de la crise de la dette. Elle signifie que dans le monde de l'économie «casino», de ses coups de Bourse et de ses profits à très court terme, un État endetté ne vaut rien à côté d'une entreprise de biens immatériels à croissance élevée.

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Publié dans Economie

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