Sur le renseignement, l’équipe Hollande évalue et évolue
Un policier pour diriger la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI): c'est l'hypothèse qui tient la corde aujourd'hui au sein de l'équipe de François Hollande, en cas de victoire.
Jusqu'ici, les socialistes envisageaient de placer des préfets aux postes stratégiques de l'intérieur, pour rompre avec la période précédente, qui a vu des policiers réputés proches de Nicolas Sarkozy promus au rang de préfet et nommés aux postes-clés. Dont Bernard Squarcini à la tête de la DCRI.
La décision appartiendra à François Hollande, s'il est élu, et le candidat à la présidentielle est plus proche des préfets que des policiers. Mais les évènements de Toulouse et la polémique qui a suivi sur l'efficacité du renseignement français ont changé la donne.
L'objectif n'est plus d'apaiser la direction mais de placer à sa tête quelqu'un d'immédiatement opérationnel. Reste à trouver des candidats opérationnels, donc, et, sinon proches du PS, au moins considérés comme indépendants.
L'équipe du candidat refuse bien-sûr de donner des noms. Deux hommes pourraient correspondre au profil: Patrick Calvar, 56 ans, actuel numéro deux de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ancien de la direction de la surveillance du territoire (DST, fondue en 2008 dans la DCRI) et l'un de ses camarades de promo, Frédéric Veaux, 55 ans, actuel numéro deux de la DCRI, flic reconnu et respecté issu de la police judiciaire.
L'ironie de l'histoire, c'est que l'un comme l'autre évoluent au plus près de Bernard Squarcini. M. Veaux est son adjoint, et M. Calvar l'a été jusqu'en 2009 et sa nomination à la direction du renseignement de la DGSE - certains le considèrent comme "l'homme de Squarcini dans la DGSE". Mais ils sont"compétents", "rigoureux" et surtout "pas marqués", explique un responsable socialiste.
"Evaluation du travail des uns et des autres"
Pour le reste, le candidat reste fidèle à la ligne qu'il s'était fixée sur le sujet avant Toulouse: aucune proposition avant l'élection. M. Hollande avait ainsi demandé au député du Finistère Jean-Jacques Urvoas de ne pas déposer le texte de loi sur le renseignement qu'il préparait depuis plusieurs semaines. Le secrétaire national à la sécurité du PS prône un encadrement plus strict des activités de renseignement.
L'heure est donc à l'évaluation et au contrôle parlementaire. Evoquant Bernard Squarcini et Frédéric Péchenard (directeur général de la police nationale), le candidat socialiste a souhaité, mercredi 28 mars sur Europe 1, "une évaluation du travail des uns et des autres". Lundi 2 avril, la commission sénatoriale pour le contrôle de l'application des lois doit s'intéresser à l'efficacité des lois antiterroristes françaises - mais François Rebsamen, également président du groupe PS au Sénat, a précisé, mardi 27 mars, qu'elle se pencherait uniquement sur la législation, et "pas sur les faits de Toulouse". Mercredi 4 avril, la délégation parlementaire au renseignement doit auditionner les responsables des services concernés.
Une chose est certaine, les têtes vont tomber si la gauche revient au pouvoir. "Ceux qui ont été installés depuis des années et qui sont forcément politiquement très liés au pouvoir d'aujourd'hui devront être forcément regardés comme pouvant laisser la place parce que c'est légitime", a ajouté M. Hollande sur Europe 1. Il a également rappelé la mise en examen de M. Squarcini dans l'affaire des "fadettes" du Monde.
Il y a quelques semaines, François Rebsamen, chargé du pôle sécurité dans la campagne, a rencontré le patron de la DCRI, comme l'a révélé L'Express. Selon nos informations, le maire de Dijon, à l'origine de l'entretien, souhaitait s'assurer qu'aucun mauvais coup ne viendrait du service de M. Squarcini durant la campagne.
Laurent Borredon