Sur le front de l'emploi, la crise est loin d'être oubliée

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1  19 Août 2010 Par 

 

·         Nicolas Sarkozy n'est pas encore rentré à Paris, mais il convoque déjà trois ministres, ce vendredi, au fort de Brégançon (Var), résidence présidentielle proche du cap Nègre où il a passé ses vacances.

Avec François Fillon, Christine Lagarde (économie) et François Baroin (budget), il sera question de croissance et de l'ampleur de la réduction des niches fiscales. Mais l'emploi ne fait pas partie de l'agenda. Le marché du travail reste pourtant très déprimé, sans doute encore pour de longs mois.

Certes, il y a ce chiffre «magnifique» de la croissance (+0,6% au second semestre), célébré il y a peu par Christine Lagarde. Mais ce rebond est d'abord dû au fait que les entreprises, après deux années catastrophe, reconstituent leurs stocks.

Gare, donc, aux illusions. «La reprise s'installe même si c'est à un rythme très lent», commente dans Le Monde Sandrine Duchene, chef du département conjoncture de l'Insee.

Il y a tout de même des signes positifs. Après la curée de 2008 et 2009, l'économie française recommence à créer des emplois: + 60.000 entre janvier et juin, selon l'Insee et la Dares, le pôle statistique du ministère du travail. L'intérim repart (← graphique), l'emploi des cadres aussi, selonl'association pour l'emploi des cadres (Apec).

Mais ces nouvelles encourageantes sont à mettre en regard de la casse due à la crise. En deux ans, 527.000 emplois ont été détruits dans le privé – du jamais vu depuis que les statistiques existent! Quant à l'intérim, il était tombé si bas fin 2008 qu'il a à peine retrouvé son niveau... d'il y a dix ans. «L'économie française [...] a perdu le bénéfice de deux années de croissance en 2006 et 2007», résume l'Insee.

 

Le marché du travail reste déprimé. Fin 2009, 2,7 millions de personnes (c'est un actif sur 10) étaient au chômage (*voir ci-dessous, dans la boîte noire). Ils étaient deux millions début 2008. La France continue de détruire des emplois, dans l'industrie notamment. Le gouvernement ne masque pas ses inquiétudes.«Il faut surveiller de près les PME sur cette sortie de crise, estimait le 11 août le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez, dans La Croix.Beaucoup d'entre elles [...] ont puisé dans leur trésorerie jusqu'au bout pour ne pas en venir à un plan social. On sent qu'elles sont un peu essoufflées. Il faut absolument les protéger.»

Dans ce contexte incertain, l'exécutif tente de positiver. «La hausse du chômage devrait atteindre un palier cet hiver», a prédit le 16 août Laurent Wauquiez dans La Tribune. Méthode Coué? Nombre d'économistes sont plus pessimistes. L'OFCE, le centre de recherche en économie de Sciences-po, s'attend à une «stabilisation» en 2011, mais à un «niveau très élevé». Quant à l'OCDE, elle pariait il y a quelques semaines que le taux de chômage, Dom compris, atteindrait encore 9,5% fin 2009. Une baisse très «timide» de 0,4% par rapport au niveau actuel...

·                            En croisant les doigts pour que ces prédictions se réalisent, le ministre Wauquiez a passé l'été à occuper le terrain, visitant des Pôles emplois un peu partout en France, annonçant une consultation auprès des chômeurs. Mais il n'a pas grand-chose à annoncer: la politique de l'emploi subit elle aussi le contrecoup de la rigueur.

Ainsi, le budget 2011-2013 prévoit une baisse des contrats aidés dans le public et le privé, qui ont servi d'amortisseur pendant la crise. Leur nombre (400.000 aujourd'hui) serait réduit de moitié en trois ans, le taux de subvention par l'Etat diminué. Dangereux, tant que le chômage de longue durée reste élevé, selon l'association Solidarités Nouvelles face au chômage. «La réduction envisagée se fonde, paraît-il, sur des prévisions de redressement de l'emploi. Attendons donc, cette fois, qu'il se produise avant que d'y toucher», met-elle en garde.

De même, le dispositif “zéro charge” (aide à l'embauche de salariés au Smic) s'est terminé en juin. Un arrêt «prématuré», selon l'OCDE, qui l'aurait bien vu prolongé, ciblé cette fois sur les chômeurs les plus en difficulté. En lot de consolation, il a été étendu aux jeunes en apprentissage jusqu'à la fin de l'année.

Pourtant, deux études publiées par la Dares et l'Insee en juillet (cliquer sous l'onglet Prolonger pour les lire) font apparaître des tendances inquiétantes sur l'évolution du marché du travail, gagné par la précarité. 

 

Par exemple, le chômage des jeunes: la difficulté des jeunes à accéder au premier emploi,particulièrement dans les zones urbaines sensibles, reste importante. En France, un jeune sur 4 est au chômage même si, nuance l'Insee, ce chiffre alarmant doit être décortiqué: beaucoup font des études sans travailler, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'ils sont au chômage. Le phénomène n'est pas uniquement français: avec 81 millions de 15-24 ans sans emploi dans le monde, l'Organisation internationale du travail évoque le risque d'une«génération perdue».

Elle souligne aussi la hausse continue du chômage de longue durée (plus d'un an) qui ne cesse d'augmenter: fin 2009, il concernait 37% des chômeurs.

D'après l'OCDE, le chômage des moins qualifiés a progressé de 15% en deux ans. Problème: en période de croissance molle, dans un marché du travail fragile où les qualifications font encore plus la différence que d'habitude, ceux qui sont éloignés de l'emploi depuis longtemps ne sont pas les mieux positionnés pour retrouver un poste. Malgré les mesures annoncées pour les chômeurs en fin de droit, ils sont particulièrement menacés par la pauvreté, selon une étude de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), révélée par Mediapart cet hiver.

 

Elle esquisse le marché du travail de l'après-crise. De toute évidence, il sera plus précaire, au vu de l'explosion des contrats à durée déterminée. Au quatrième trimestre 2009, 80% des embauches étaient à durée déterminée. Ce n'était “que” 70% un an plus tôt. Il s'agit d'un record, comparable à celui enregistré fin 2007, mais dans un contexte tout autre, puisque la croissance était bien plus élevée – le gouvernement visait alors le plein-emploi en 2012.«Les embauches en CDD sont reparties à la hausse depuis le début de l'année 2009», écrit l'Insee.

Quant au temps partiel, il continue d'augmenter: en France, 1,4 million de personnes à temps partiel ou au chômage technique sont en situation de sous-emploi et aimeraient travailler davantage. 

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Publié dans Economie

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