SNCF: le signal d'alarme
Jacques Guyon
Au train où vont les choses, il va peut-être falloir que les enseignants des écoles de journalisme revoient leurs cours et expliquent désormais à leurs étudiants que c'est quand un train arrive à l'heure et non pas quand les horaires déraillent que cela devient une information ! Et ce n'est pas le mea culpa publié hier sur internet par la SNCF pour tenter de faire une autopsie de la suite d'incidents qui ont provoqué les quinze heures de retard du «rapide» qui reliait dans la nuit du 26 au 27 décembre dernier Strasbourg à Port Bou qui risque de mettre fin à l'exaspération croissante des usagers.
Certes ce rapport ne cherche plus à nous faire avaler le gros mensonge que la SNCF nous avait tout d'abord servi. Ce n'est pas en effet en raison des conditions météorologiques que le conducteur qui devait assurer la relève n'était pas sur le quai. Mais tout simplement parce qu'il était en retard. Et qu'on l'a attendu 8 heures ! Panne de réveil ? On ne sait toujours pas. Mais on est content d'apprendre que la direction trouve que «c'est quelque chose de très exceptionnel» et même de «pas acceptable».
Pour éviter que de tels scenarii (dont une panne de locomotive en pleine voie bloquant le train maudit qui venait enfin de repartir...) ne se reproduisent, on est ravi et soulagé d'apprendre que la SNCF décide de réexaminer «l'organisation des roulements de conducteurs et de locomotives». Soulagé et ravi aussi de savoir qu'à l'avenir on va renforcer l'accueil des passagers bloqués et la distribution des coffrets repas. Que la SNCF va «engager des actions» en invitant les organisations syndicales à y participer... Organisations qui évidemment, à l'image de Sud-Rail tapent à bras raccourcis sur une direction accusée de «démanteler le service public».
Ce rejet permanent de responsabilités entre cheminots demandant «plus de moyens» et la SNCF visant toujours plus de rentabilité est certes un grand classique. Il n'empêche que la multiplication des incidents, des retards à répétition attestent que l'entreprise tourne de moins en moins rond. Hier les cheminots transalpins enviaient tout haut l'exactitude de la SNCF. Aujourd'hui - concurrence européenne oblige - ils se sentent prêt à se mesurer, même en terme de ponctualité, avec nos cheminots...
Pas sûr pour autant que l'arrivée de la concurrence améliore les choses pour les usagers qui hier signaient une pétition d'une de leurs associations dans laquelle ils disent «ne plus accepter être traités comme des vaches à lait tout juste bons à être entassés dans des trains qui arrivent en retard et à payer toujours plus pour un moindre service». Jusqu'alors on ne peut pas dire en effet que les ouvertures à la concurrence de nos entreprises publiques aient bénéficié à l'usager. Pas plus en terme de prix que de service.