Primaires au PS : trois petits dans l'ombre des grands

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart Lénaïg Bredoux

 

Sur le papier, leurs chances sont minces. Trois militants socialistes, peu connus du grand public, se sont lancés dans la bataille des primaires pour être candidat à la présidentielle de 2012. Trois militants aux profils divers, qui tentent d'enrayer la machine politique et médiatique.


Jean Mallot, l'ironie et la tasse à café

Le premier à avoir fait acte de candidature, lors d'un «appel du 18 juin (2009)», est aussi le plus drôle: Jean Mallot, député PS de l'Allier, doté d'un site de campagne et d'un comité de soutien à faire pâlir d'envie ses concurrents. Quand on lui parle des «outsiders» de la primaire, il rétorque aussitôt: «Comment ça, outsider? Je suis favori!»Dans ses vœux, il dit aussi:«Les médias ont peur de relayer ma candidature car elle dérange au plus au niveau.»

L'ironie est sa marque de fabrique, terminant ses clips de campagne par cette phrase: «Je suis Jean Mallot et j'approuve ce message», avant d'avaler, systématiquement, une tasse de café. Jean Mallot, «qui d'autre?», lançait le premier message, parodiant le «What else?» de George Clooney. Son comité de soutien compte pléthore de députés socialistes, comme Pierre-Alain Muet «chargé du gras-double», Henri Emmanuelli doté de la présidence de la Banquecentrale européenne, ou Jean-Louis Idiart, député de Haute-Garonne qui «ne demande rien en échange de son soutien, et compte bien l'obtenir».

«C'est pas seulement une galéjade... Peut-être que tout le monde se fout de ma gueule, mais je ne crois pas. On peut simplement être sérieux sans être triste», explique Jean Mallot. Et sérieux, il peut l'être, s'enthousiasmant sur ses valeurs de gauche, la lutte contre les inégalités, la justice sociale, la défense de la sécurité sociale ou de la carte scolaire. «Tout ça, ça ne passe pas dans les médias... Cela fait des années que je bosse comme un âne à l'Assemblée et que ça n'intéresse pas grand monde. Là, j'ai jamais eu autant de presse... Pour faire passer des messages, même simples, il faut attirer l'attention», dit-il.

Le député, qui a été membre de plusieurs cabinets ministériels de gauche entre 1989 et 1993, veut aussi – et surtout – réveiller ses camarades socialistes, pris dans leurs batailles de petites phrases et d'egos. Sa candidature, «cela a été une sorte de cri pour dire au PS que les gens attendent de nous qu'on se rassemble, qu'on construise un projet... Moi, je peux le faire, parce que je suis rien et que je n'ai rien à perdre». Même sa circonscription disparaît dans la nouvelle carte législative.

 


Le deuxième candidat est sans doute le plus connu des trois. Ancien ministre délégué à l'industrie du gouvernement Jospin, maire de Saint-Dié-des-Vosges depuis 1989, et ancien député, Christian Pierret veut mettre en avant sa double casquette d'élu local, «les pieds dans la glaise», et de dirigeant d'entreprise. Ancien vice-président d'Accor, et ancien créateur de PME dans le capital-risque ou les biotechnologies (voir son CV), il cumule toujours ses fonctions politiques avec un poste d'avocat d'affaires. «Il n'y a pas beaucoup de gens qui connaissent la vie de l'entreprise à la direction du PS. Et il n'y a pas beaucoup de gens qui distribuent des tracts à la sortie des usines», se vante le candidat.

 

Lui rêve d'un Parti socialiste «social-démocrate sans complexe»: «On est encore dans des faux-semblants, avec un discours sur le modèle de 1981 mais avec les moyens de l'après-crise.» Pierret insiste, comme Hollande, Valls ou certains partisans de Strauss-Kahn, sur la «crédibilité» du discours politique, qui doit savoir dire «les choses désagréables» – ce qui signifie concrètement que la gauche ne doit pas faire trop de promesses. «On ne peut pas tout faire. Il faut s'attaquer à quelques priorités», notamment l'emploi et le pouvoir d'achat, en misant sur les nouvelles technologies et en promouvant une codécision à l'allemande dans les entreprises, affirme-t-il.

 

Comme Jean Mallot, il veut «parler des questions qui intéressent les Français, et pas des rivalités internes et de la guerre des egos devenue ridicule au PS». Mais lui se prend très au sérieux: «Si je me lance dans ce combat, c'est pour le gagner. Je pense vraiment être en adéquation avec les Français.» A condition, déjà, que son passé judiciaire ne le rattrape pas, alors qu'il a été poursuivi à plusieurs reprises, mais toujours relaxé, et qu'il se dit«persécuté par la justice».

 

Le troisième candidat est d'une autre trempe. Daniel Le Scornet, 64 ans, a été syndicaliste CGT avant d'être dirigeant mutualiste (notamment président de la fédération des mutuelles de France de 1990 à 2001) et un des inventeurs de la CMU, mise en place par la gauche plurielle. Il est aussi un des représentants de l'Appel des appels, lancé en 2009 pour fédérer les luttes des professionnels du soin, de la justice, de l'enseignement et de la culture contre les réformes de la droite.

 

«Je ne suis pas connu du grand public, mais il y a une profonde attente de renouveau. La société civile attend depuis des décennies une place autre que celle qui consiste à apporter des voix», explique ce militant socialiste en Ardèche. Lui rêve de réinventer «l'imaginaire politique», en repensant la place du politique et en donnant plus d'espace aux acteurs syndicaux ou associatifs.

 

«Si on ne change pas les formes, le contenu sera le même. Si on n'associe pas les populations les plus éloignées de la décision, notamment les plus pauvres, on n'est pas très créatifs», explique Le Scornet. Il propose par exemple de «mixer» élection et tirage au sort dans toutes les assemblées pour diversifier les représentants ou encore de créer une «vraie démocratie sociale», plus aboutie, selon lui, que les propositions faites par un de ses concurrents, Arnaud Montebourg.

 

Et Le Scornet est convaincu de la pertinence des primaires: «Si c'est une vraie primaire, la légitimité se fera au cours du processus. Les primaires, aux Etats-Unis comme en Italie, se terminent toujours par une surprise.» Alors, pourquoi pas lui?

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Publié dans PS

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