Six prétendants et un revenant
Nicolas Sarkozy peut bien ironiser à propos du débat consacré par France 2 à la primaire socialiste en lançant un mordant «c'est pas qui veut gagner des millions» mais plutôt «qui veut dépenser plus», il n'empêche que les résultats médiamétrie sont là. Et qu'ils sont éloquents. Ce sont en effet près de 5 millions de téléspectateurs qui ont suivi l'évènement. L'émission a fait mieux que le rendez-vous pourtant très suivi de TF1, Masterchef, et a réalisé un des meilleurs scores pour une émission politique depuis bien longtemps.
Et ce n'est pas la pluie de communiqués fielleux puisant d'ailleurs la plupart du temps dans les mêmes «éléments de langage» que le président de la République qu'ont fait pleuvoir hier dans les rédactions de France et de Navarre les délégués généraux de l'UMP qui peuvent non plus faire oublier ce taux d'audience. Une audience qui traduit l'intérêt des Français pour la politique, eux dont on aime pourtant à répéter qu'ils en seraient dégoûtés.
Un score qui montre en même temps l'attente d'une alternative possible. Le PS peut d'autant plus se féliciter que l'émission - pourtant fort longue... - n'avait rien de franchement palpitant, les candidats préférant jouer sur le registre de la pédagogie que de la polémique, de l'argumentation que de la petite phrase.
Alors, plutôt que de railler, certains, à commencer par les responsables du parti majoritaire, feraient sans doute mieux, pour la bonne santé de notre démocratie de se poser des questions sur le mode de désignation de leur candidat et sur le risque de ringardisation qui les guette. Que la politique-spectacle puisse à l'occasion d'une telle émission céder du terrain face au discours programmatique, comment ne pas s'en réjouir ?
Or, voici qu'à peine le Parti socialiste est-il en train légitimement de se féliciter de cette évolution que l'un des siens - et non des moindres - s'annonce à son tour à la télévision. Pour un exercice dont on a bien du mal à saisir le sens. Que vient en effet faire DSK au journal de 20 heures de TF1 dimanche ? Révéler ce qui s'est réellement passé dans la suite du Sofitel ou avec Tristane Banon ? On en doute. Faire des excuses aux Français ? Il a déjà donné avec celles au personnel du FMI. Nous éclairer du haut de son expertise d'économiste distingué ? Distribuer bons et mauvais points à ses camarades candidats ?
A l'évidence - et jeudi soir cela s'est déjà bien senti sur le plateau de Pujadas - ils s'en passeraient tous très bien. Alors quoi ? On ne comprend pas. Ou plutôt on aimerait ne pas avoir à comprendre que DSK obéit là uniquement à un plan com'. Qu'il est déjà en reconquête. De son image. De l'opinion. Au risque, comme certains s'en réjouissaient déjà hier à l'UMP que son intervention vienne détruire la dynamique déclenchée jeudi soir par ses camarades.