Ségolène Royal: l'hypercandidate ignore les sondages
Ce soir, les six candidats à la primaire socialiste se livrent à leur dernier débat télévisé À quatre jours du vote du 9 octobre, la présidente de la Région joue sa dernière carte Elle se voit au second tour.
Communiqué de Ségolène Royal»: ainsi libellés, les courriels tombent en rafales sur les journalistes. Brutalité patronale aux Fonderies du Poitou, décès de la Kenyane prix Nobel de la paix, prise de position pour un État palestinien, victoire de la gauche au Sénat, un chercheur français prix Nobel de médecine... Ségolène Royal commente, dénonce, s'engage. Elle enchaîne les plateaux de télé et les studios de radio. Elle multiplie les meetings: Strasbourg, Gandrange, Bordeaux, Toulouse, Nantes, avec escale à Poitiers, conseil régional oblige, pour ces seuls dix derniers jours.
Ségolène Royal ne joue pas dans la même cour que les autres candidats à l'investiture socialiste. «J'ai l'expérience d'une campagne présidentielle: j'ai déjà réuni 17 millions de voix», rappelle-t-elle volontiers. Comme en 2007, elle semble habitée par son destin. Si elle n'est pas cette fois en bagarre avec l'appareil socialiste, elle conjugue toujours le même et étonnant paradoxe: une candidate très concrète dans ses engagements - reconduire les femmes policiers le soir chez elle en 2007, bloquer les prix de 50 produits de première nécessité dès son élection cette fois - et une personnalité en lévitation dont «l'ambition pour la France» et le souci de rassembler oscille entre De Gaulle et Jeanne d'Arc.
Pourtant, les sondages indiquent que les électeurs n'accrochent plus à cette alchimie. L'hypercandidate plafonne, distancée par Hollande et Aubry, talonnée par Montebourg. Sa directrice de campagne, Dominique Bertinotti, maire du IVe arrondissement de Paris, s'emporte. «Ah, les sondeurs, ils ne peuvent pas s'asseoir impunément sur le peuple. Ils annonçaient la victoire de Giscard en 1981 puis de Balladur en 1995, ils n'avaient pas vu venir la défaite de Jospin au premier tour en 2002.»