Sécurité sociale: «On fait payer nos cures thermales par nos petits-enfants»
Qu'en est-il de la solidarité, de la fraternité de notre devise républicaine ? Elie Arié déchiffre les mesures pour rééquilibrer le budget de la sécurité sociale, socle de notre solidarité...
La solidarité, dont tout le monde se gargarise, est-elle effectivement la première de nos préoccupations ? Voyons ce qu’il en est réellement, dans les choix que nous opérons concrètement et dans nos revendications quotidiennes, pour savoir si notre discours est en adéquation avec nos comportements, ou s’il ne cherche qu’à donner hypocritement bonne conscience à notre égoïsme.
Nous prendrons l’exemple de l’assurance-maladie de la Sécurité Sociale, qui est le socle de notre solidarité en matière de santé.
Rappelons d’abord que, contrairement à ce que l’on répète à l’envi, le principe sur lequel repose cette solidarité n’est pas « les bien-portants payent pour les malades ». Ça, c’est le principe de toute assurance, celui de la mutualisation des risques : les gens qui n’ont pas été cambriolés payent pour ceux qui ont été cambriolés, etc... Et tout le monde paye une assurance dont le montant ne dépend que de ce qu’il veut assurer : si vous avez un Van Gogh chez vous, vous payerez plus cher votre assurance cambriolage.
Le principe de solidarité de l’assurance-maladie de la Sécurité Sociale, c’est « les riches payent pour les pauvres » : chacun paye en fonction de ses revenus pour avoir droit (en théorie) aux mêmes prestations. C’est sur cette déconnexion entre ce que l’on paye et ce à quoi on a droit, qui n’existe pas dans les assurances ou la plupart des mutuelles, qu’est basé le principe de solidarité , qui réalise donc un véritable transfert des revenus entre riches et pauvres, comme l’impôt sur le revenu (tout le monde –y inclus les gens qui n’ont pas d’enfants- finance, en fonction de ses revenus, l’école publique en théorie identique pour tous).
Or, où en sommes-nous ?
Les prévisions sur la totalité du déficit cumulé de l’assurance-maladie (2 000 a été la dernière année où son budget a été équilibré) sont de ... 640 milliards d’ euros en 2025, qui est censé être remboursé par le CADES d’ici...2025, c’est-à-dire par nos enfants et nos petits-enfants ; et nous continuons sur cette voie : ces 10 dernières années, notre assurance-maladie, qui absorbe 12% de notre PIB, a creusé un déficit de 68 milliards d’ Euros, alors que celle de l’ Allemagne (11% du PIB, où la qualité des soins est comparable et la couverture est également universelle) a dégagé pendant la même période un excédent de 3,5 milliards d’euros.
Nous avons donc choisi de nous soigner aux frais de nos enfants et de nos petits-enfants, ce qui est le choix d’une société de vieux égoïstes qui refusent la solidarité inter-générationnelle : à titre d’exemple, le déficit annuel de l’assurance-maladie est supérieur à la totalité du budget de l’ Enseignement Supérieur : en 2008, dans l’indifférence générale, il n’y a pas eu assez de crédits pour chauffer en hiver la faculté d’Orsay, mais le moindre déremboursement de nos séances de kinésithérapie ou de nos cures thermales fait descendre les gens dans la rue.
Nos enfants et nos petits-enfants devront donc commencer par financer nos séances de kinésithérapie ou de nos cures thermales, puis, s’il leur reste de l’argent, pourront financer le traitement de leurs cancers et de leurs infarctus : on aura rarement vu, dans l’ Histoire, une société à ce point préoccupée, individuellement, de l’avenir de ses enfants, leur payant d’indispensables leçons particulières de danse folklorique occitane ou d’équitation, les conduisant chez le pédiatre ou le psychologue au moindre fléchissement de leurs résultats scolaires, mais laissant collectivement à leur charge la totalité de nos soins sans se préoccuper de la façon dont ils pourront financer les leurs.
Ce phénomène n’est pas propre à la France : la mobilisation de la majorité des Américains contre la réforme d’Obama, cherchant à garantir une assurance-santé aux 15 % de la population qui en est totalement dépourvue, ne s’explique que par le refus de la financer par les 85% qui en ont une.
En réalité, les vrais enfants, dans cette histoire, c’est nous : la transformation des désirs en besoins, et celle des besoins en droit est le but de toute opération de marketing. En ce sens le marketing de la médecine a réussi au delà de toute espérance puisqu’on s’autorise à parler de "droit à la santé" qui, en fait, est le droit aux soins, ce qui est plus réaliste et moins absurde.
Or le désir-besoin légitime de ne pas souffrir, de ne pas vieillir et de ne pas mourir est, par essence, illimité donc insolvable. Sachant le coût proprement vertigineux des techniques et des traitements qui se profilent dans l’avenir immédiat, sachant le vieillissement heureux de la population et l’accroissement des exigences de qualité, il est malhonnête de laisser entendre qu’on pourra assurer tous les soins pour tout le monde à tout moment.
« Tout, tout de suite » a toujours été considéré comme une revendication pré-pubertaire. Il n’est jamais trop tard pour une génération, d’entreprendre d’engager sa propre puberté, et de sortir ainsi de l’âge infantile, qui est celui de l’égoïsme.
Nous prendrons l’exemple de l’assurance-maladie de la Sécurité Sociale, qui est le socle de notre solidarité en matière de santé.
Rappelons d’abord que, contrairement à ce que l’on répète à l’envi, le principe sur lequel repose cette solidarité n’est pas « les bien-portants payent pour les malades ». Ça, c’est le principe de toute assurance, celui de la mutualisation des risques : les gens qui n’ont pas été cambriolés payent pour ceux qui ont été cambriolés, etc... Et tout le monde paye une assurance dont le montant ne dépend que de ce qu’il veut assurer : si vous avez un Van Gogh chez vous, vous payerez plus cher votre assurance cambriolage.
Le principe de solidarité de l’assurance-maladie de la Sécurité Sociale, c’est « les riches payent pour les pauvres » : chacun paye en fonction de ses revenus pour avoir droit (en théorie) aux mêmes prestations. C’est sur cette déconnexion entre ce que l’on paye et ce à quoi on a droit, qui n’existe pas dans les assurances ou la plupart des mutuelles, qu’est basé le principe de solidarité , qui réalise donc un véritable transfert des revenus entre riches et pauvres, comme l’impôt sur le revenu (tout le monde –y inclus les gens qui n’ont pas d’enfants- finance, en fonction de ses revenus, l’école publique en théorie identique pour tous).
Or, où en sommes-nous ?
Les prévisions sur la totalité du déficit cumulé de l’assurance-maladie (2 000 a été la dernière année où son budget a été équilibré) sont de ... 640 milliards d’ euros en 2025, qui est censé être remboursé par le CADES d’ici...2025, c’est-à-dire par nos enfants et nos petits-enfants ; et nous continuons sur cette voie : ces 10 dernières années, notre assurance-maladie, qui absorbe 12% de notre PIB, a creusé un déficit de 68 milliards d’ Euros, alors que celle de l’ Allemagne (11% du PIB, où la qualité des soins est comparable et la couverture est également universelle) a dégagé pendant la même période un excédent de 3,5 milliards d’euros.
Nous avons donc choisi de nous soigner aux frais de nos enfants et de nos petits-enfants, ce qui est le choix d’une société de vieux égoïstes qui refusent la solidarité inter-générationnelle : à titre d’exemple, le déficit annuel de l’assurance-maladie est supérieur à la totalité du budget de l’ Enseignement Supérieur : en 2008, dans l’indifférence générale, il n’y a pas eu assez de crédits pour chauffer en hiver la faculté d’Orsay, mais le moindre déremboursement de nos séances de kinésithérapie ou de nos cures thermales fait descendre les gens dans la rue.
Nos enfants et nos petits-enfants devront donc commencer par financer nos séances de kinésithérapie ou de nos cures thermales, puis, s’il leur reste de l’argent, pourront financer le traitement de leurs cancers et de leurs infarctus : on aura rarement vu, dans l’ Histoire, une société à ce point préoccupée, individuellement, de l’avenir de ses enfants, leur payant d’indispensables leçons particulières de danse folklorique occitane ou d’équitation, les conduisant chez le pédiatre ou le psychologue au moindre fléchissement de leurs résultats scolaires, mais laissant collectivement à leur charge la totalité de nos soins sans se préoccuper de la façon dont ils pourront financer les leurs.
Ce phénomène n’est pas propre à la France : la mobilisation de la majorité des Américains contre la réforme d’Obama, cherchant à garantir une assurance-santé aux 15 % de la population qui en est totalement dépourvue, ne s’explique que par le refus de la financer par les 85% qui en ont une.
En réalité, les vrais enfants, dans cette histoire, c’est nous : la transformation des désirs en besoins, et celle des besoins en droit est le but de toute opération de marketing. En ce sens le marketing de la médecine a réussi au delà de toute espérance puisqu’on s’autorise à parler de "droit à la santé" qui, en fait, est le droit aux soins, ce qui est plus réaliste et moins absurde.
Or le désir-besoin légitime de ne pas souffrir, de ne pas vieillir et de ne pas mourir est, par essence, illimité donc insolvable. Sachant le coût proprement vertigineux des techniques et des traitements qui se profilent dans l’avenir immédiat, sachant le vieillissement heureux de la population et l’accroissement des exigences de qualité, il est malhonnête de laisser entendre qu’on pourra assurer tous les soins pour tout le monde à tout moment.
« Tout, tout de suite » a toujours été considéré comme une revendication pré-pubertaire. Il n’est jamais trop tard pour une génération, d’entreprendre d’engager sa propre puberté, et de sortir ainsi de l’âge infantile, qui est celui de l’égoïsme.
Publicité
