Sécurité : le PS défie la droite et l'Elysée
Erich Inciyan 18/11/2010
Longtemps les socialistes ont douté de leur politique de sécurité. En présentant mercredi 17 novembre son «pacte national», le PS a fait preuve d'une approche équilibrée et (presque) décomplexée. Le temps semble venu de la crédibilité, pour des socialistes qui ont engrangé des années d'expériences gouvernementales et locales à la tête des municipalités. Tout se passe comme si les échecs de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup promis et peu réussi, venaient créditer leur projet alternatif.
«La politique de sécurité conduite par Nicolas Sarkozy est un fiasco», a lancé Martine Aubry mercredi, lors du Forum consacré par son parti à cette question. L'actuel chef de l'Etat a «fragilisé les quartiers, fragilisé l'ordre républicain, fragilisé les forces de police et de gendarmerie», selon la première secrétaire. C'est ainsi que le «pacte national de protection et de sécurité publique» du PS se présente comme le contre-pied de la politique menée depuis huit années.
Aux «opérations coup de poing» et aux «belles images»pour journaux télévisés, Martine Aubry veut substituer «une politique du résultat plutôt que du coup d'éclat». Sans se laisser démonter par les accusations de «laxisme» traditionnellement venues de la droite: «La sécurité, c'est un droit fondamental comme l'éducation, comme la santé.»
Oubliées les vieilles querelles entre «droits-de-l'hommistes» et «sécuritaires»? «Nous ne devons plus nous laisser caricaturer», a indiqué le sénateur et maire de Dijon, François Rebsamen, maître d'œuvre du forum avec le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas. «Nous ne devons plus avoir d'états d'âme. La sécurité est au cœur de notre projet.» Ce forum marque «une forme d'aboutissement collectif après des années où le consensus n'était pas évident», a ajouté Daniel Vaillant, maire du XVIIIe arrondissement de Paris, et l'un des anciens ministres de l'intérieur socialistes installés – comme Pierre Joxe et Paul Quilès – dans la salle, aux côtés de nombreux élus locaux et nationaux.
«Parler de sécurité, il y a quelques années, c'était encore difficile», a remarqué le sénateur et maire de Lyon, Gérard Collomb, en pointant «encore des pudeurs». Pourquoi ne pas parler de «vidéo surveillance ?», a-t-il ainsi interrogé. Mais la question ne fâche plus guère et ne déclenche pas de polémique dans les rangs socialistes. «Il n'y a pas de moyen miracle», commente Martine Aubry. «Oui à la vidéo quand elle est utile et justifiée», note la maire de Lille. Son collègue de Lyon explique avoir mis en place un«comité d'éthique» qui vient «encadrer» l'usage de ses caméras de voie publique, avec la participation de militants des droits de l'homme, «mais aussi» des commerçants et des habitants.
«Rien n'est plus efficace que la proximité et la connaissance du terrain», se réjouit Martine Aubry, à l'adresse des nombreux élus territoriaux qui ont mis en place, depuis des années, des politiques locales pour traiter l'insécurité. Adjoint au maire (PS) de Toulouse, l'ancien commissaire de police Jean-Pierre Havrin vient de l'expliquer dans un livre, en revenant sur la façon dont le ministre de l'intérieur Sarkozy avait brutalement mis fin à cette expérience. Présent à Créteil, M. Havrin a exposé comment il a créé depuis une «police municipale de proximité» dans la Ville rose.
De toutes ces pratiques de terrain, il s'agit de s'inspirer au service d'une approche «empirique et mouvante, sans tabou et sans utopie, mais pragmatique» de la sécurité, a relevé le député Jean-Jacques Urvoas, rapporteur du forum. «Au titre de l'efficacité et dans le respect des libertés publiques», a-t-il ajouté, en écho à Marie-Pierre de la Gontrie, avocate et secrétaire nationale du PS à la justice et aux libertés, pour laquelle il est aussi question «de construire une politique de sécurité qui respecte les libertés publiques».
De fait, si le mot «répression» ne figure toujours pas au lexique socialiste, il est remplacé par celui de «sanction» («Ouvrir l'éventail des réponses pour une sanction proportionnée de chaque acte», lit-on dans le pacte national).
On trouve donc des solutions concrètes parmi les «22 propositions pour apporter les réponses justes et efficaces à la délinquance» avancées par le PS. Y figurent des «marqueurs» de la politique de gauche : «coproduction de sécurité» avec «le maire comme chef d'orchestre de la politique territoriale de prévention et de dissuasion». Il s'agira aussi d'en finir avec les suppressions d'emplois de policiers et de gendarmes programmées par l'actuel chef de l'Etat et d'«affecter plus de moyens» dans des «zones de sécurité prioritaires» (le pendant des ZEP pour l'éducation).
«Nous proposons une politique complète», a affirmé Martine Aubry. De ces 22 propositions (lire ici en détail), le député Urvoas a donné le principe général :«Respecter les droits, imposer les devoirs.» Les mesures préconisées vont de la création de «travaux d'intérêt éducatif» dans les établissements scolaires à la garantie d'«une sanction rapide, effective et proportionnée» pour chaque acte de délinquance, d'une future «loi de programmation et de coordination»au déploiement d'«une police des quartiers».
Ces propositions vont être soumises aux débats jusqu'aux choix que devra arrêter, avant l'élection présidentielle, le (la) candidat(e) du PS.
«Le discours devra être simple et audible», a prévenu l'ancien ministre de l'intérieur Paul Quilès. Dans ce qui se présente comme «une course au vide avec la droite», l'avocat Jean-Pierre Mignard a suggéré que le PS devienne, à gauche, «le parti de la sécurité» et «le parti des victimes». Par exemple en rétablissant «le droit à un juge d'instruction pour toutes les victimes», qui leur a été refusé par une loi portée par le ministre de la justice Dominique Perben et votée par l'actuelle majorité.
Chacun pense donc à l'élection de 2012. «Le président ne parle de sécurité que pour gagner les élections», avait considéré Martine Aubry, à l'ouverture du forum. «Nicolas Sarkozy a joué un rôle considérable dans la dégradation de la sécurité des Français, ainsi que dans celle des conditions de travail des policiers et des gendarmes», a conclu le député Jean-Jacques Urvoas, en promettant «une bataille intransigeante avec Nicolas Sarkozy» sur ce terrain dans l'année et demie qui vient.