Schengen a du plomb dans l'aile
Perdant, Ben Ali a réussi à déclencher une guéguerre franco-italienne et à mettre un peu plus de plomb dans l'aile à l'icône Schengen.
Qu'elle était belle notre Europe de l'espace Schengen qui, selon les traités, abolit les frontières européennes tout en érigeant un «espace de liberté, de sécurité et de justice». Le «laboratoire de l'Europe» disaient ses promoteurs confiants qu'ajoutée à celle des biens, la liberté de circulation des personnes allaient amener les Etats membres à adopter des politiques communes dans des domaines relevant encore du fait national. Sauf que le diable se niche dans les détails.
Et la lutte contre l'immigration clandestine en est un de taille. Les Européens ont certes progressé dans leur coopération en créant l'agence Frontex censée mutualiser les politiques et les moyens pour cadenasser les frontières extérieures de Schengen. Des accords, assortis de subventions sonnantes et trébuchantes, ont été passés avec des pays d'Afrique du Nord servant aux immigrants clandestins de bases de départ ou de transit vers l'Europe.
Dont la Libye du colonel Kadhafi, il y a peu encore investi de la mission de tarir l'immigration clandestine en provenance de l'Afrique sub-saharienne. La révolution tunisienne et la guerre civile libyenne ont quelque peu bouleversé la donne. Les centaines de milliers de réfugiés brandis en épouvantail par l'Italie ne sont certes pas arrivés en Europe.
Mais Rome aurait bien aimé que ses partenaires européens partagent «le fardeau» des quelque 22.000 Tunisiens arrivés clandestinement depuis la chute de Ben Ali, auxquels ils accordent au compte-gouttes des visas européens «temporaires». Mais arrivant place Beauvau dans la peau d'un Monsieur anti-immigration faisant feu de tout bois, notre nouveau ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a mis le holà à ce laxisme «schengenien» intolérable.
Que l'Italie se débrouille avec ses clandestins ! Un niet partagé par les autres pays européens et la Commission de Bruxelles. Du coup, les pandores français multiplient les patrouilles à la frontière transalpine et reconduisent à tour de bras vers l'Italie (1.700 en un mois). Dernier épisode en date: Paris a annulé hier tous les trains reliant Vintimille à Menton.
A la fureur de Rome et sous prétexte que des manifestants accompagnant des immigrants tunisiens les avaient rebaptisés «Trains de la dignité», motif évident de «troubles à l'ordre public». Moralité: perdant, Ben Ali a réussi à déclencher une guéguerre franco-italienne et à mettre un peu plus de plomb dans l'aile à l'icône Schengen.