Sarkozy à la Concorde : aidez-moi à faire les poches de mes concurrents !
Devant une place de la Concorde remplie mais pas bondée, Nicolas Sarkozy a tenté de (se ?) convaincre que tout était encore possible. Et n'a pas hésité à faire les poches de ses adversaires de tout bord.
A une semaine jour pour jour du premier tour, l'heure est à l'auto-persuasion. Tandis que les sondages de ces derniers jours donnent Sarkozy en baisse au premier et au second tour, à l'UMP, on se persuade que rien n'est joué. Pour prouver que la ferveur populaire est du côté du président-candidat, l'équipe de campagne a organisé en moins de trois semaines ce grand rassemblement de la Concorde. Idéale pour offrir un contrepoint identique et immédiat au meeting de François Hollande qui se tenait ce dimanche à Vincennes, cette petite sauterie « populaire, solennelle et gaulliste », dixit un membre du staff organisationnel, avait aussi pour objectif de séduire ces fameux indécis sur lesquels compte beaucoup l'influent conseiller de Sarkozy, Patrick Buisson.
« Ils sont encore 40 % aujourd'hui à ne pas savoir pour qui ils voteront le jour J », affirme, plein d'espoir, le M. Sondages de l'UMP, Guillaume Peltier. Dans l'entourage du chef de l'Etat, chacun y va de son petit calcul. « Si Sarkozy atteint les 30% au premier tour et que Hollande et Mélenchon réunis font 40%, on gagne le second tour », souffle un proche du candidat UMP.
Prêt à tout - même à diffuser des vidéos de soutien de Véronique Genest et de Nadine Trintignant - pour que cette prophétie se réalise, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours transpartisan, rappelant dès les premières minutes sa volonté s'adresser « au peuple de France, pas à la droite ou à la gauche ». Pour l'emporter, il faut séduire large et notamment rapatrier dans le giron sarkozyste les électeurs séduits par « les extrêmes qui ne représentent pas une solution ». Comment ? En tapant sur le favori et en empruntant les idées et la rhétorique de ses adversaires qui flirtent avec les 15 % d'intentions de vote.
Avant Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, NKM, Xavier Bertrand, Alain Juppé et François Fillon se sont succédés à la tribune pour tomber à bras raccourcis sur François Hollande. « Le monde a changé, il n'y a que les socialistes qui ne s'en sont pas rendus compte », a exulté la porte-parole du candidat. Le ministre du Travail a, lui, choisi de dénoncer cette gauche « qui a l'assistanat comme modèle ». Fidèle à son vocabulaire, Juppé s'en est pris à « l'arrogance » de ces socialistes qui se répartissent déjà les postes. Quant au patron de l'UMP, il a réservé ses flèches à Mélenchon, coupable « de faire flotter les drapeaux soviétiques ». Irresponsabilité, manque de courage, mensonges, incapacité à prendre des décisions, négation de la crise actuelle et promesses coûteuses, toute la panoplie des attaques contre la gauche entendues depuis plusieurs mois a dont été passée en revue. De quoi resserrer les rangs chez les convaincus contre « l'ennemi » socialiste et agiter le chiffon rouge pour mobiliser ceux qui hésiteraient encore.
A la tribune, sur fond d'Assemblée nationale et face à une place de la Concorde loin, très loin, des 100 000 personnes annoncées par les organisateurs, Nicolas Sarkozy s'est employé à apparaître comme le candidat du courage. Pendant cinq ans, Sarko le président a pris des décisions difficiles et a su guider la France dans cette tempête économique et financière qui fait rage. Solennel, il a tenté tout au long de son allocution de montrer que deux chemins s'offraient aux Français : celui de « la facilité, du renoncement et de la mollesse qui ne sont pas dans les gênes de la France », et celui d'un choix « historique » pour le futur que lui seul serait capable d'incarner.
Après avoir fait le ménage à droite en tuant dans l'oeuf les candidatures Villepin, Morin, Boutin et Borloo, après avoir observé, satisfait, l'écroulement de François Bayrou dans les sondages, le président-candidat veut convaincre cet électorat populaire oscillant entre l'abstentionnisme et un vote Marine Le Pen.
Martelant l'idée selon laquelle la France « ce n'est pas le nom d'un pays mais d'une civilisation », citant allègrement Hugo, Zola, Racine, Molière, le chef de l'Etat a insisté plus qu'à son habitude sur le thème de la Nation. « La condition, c'est que nous soyons rassemblés autour de nos valeurs pour défendre notre identité et notre mode de vie parce que c'est la condition de notre cohésion et de notre solidarité. » Insistant également sur « le droit pour la France de choisir qui elle accepte sur son territoire », Sarkozy a répété son euroscepticisme déjà déclamé lors de son grand meeting de Villepinte : « Nous avons eu tort en Europe de négliger les frontières, tort d'ouvrir nos marchés sans contrepartie. »
Conscient que l'Europe représente l'une des pierres angulaires des votes Mélenchon ou Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy a donc continué de durcir le ton, fustigeant encore et toujours les accords de Schengen. « J'ai dit ma détermination à faire changé l'Europe sur la question des frontières. J'irai jusqu'au bout, jusqu'à suspendre s'il le faut les accords de Schengen. »
Autre cheval de bataille, et thème souvent mis en avant par le candidat du Front de gauche ou la patronne frontiste, une réforme nécessaire de la Banque centrale européenne (BCE).« Je veux aller plus loin encore », a prévenu Sarkozy avant de poser le problème « du rôle de la Banque centrale dans le soutien à la croissance. » « C'est à votre coeur et à votre raison que je m'adresse, a conclu, lyrique, le monarque. Prenez votre destin en main ! Levez-vous ! Prenez la parole ! Dîtes ce que vous avez dans le coeur ! Dîtes le haut et fort ! Françaises, Français, aidez-moi ! » Si avec ça, il ne chipe pas des électeurs à la gauche de la gauche, il arrête la politique, foi de Sarkozy.
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