Sans tambour ni trompette
jacques Guyon 17/12/2010
Le DMP vous connaissez? Non. Pas étonnant. Et pourtant le DMP a été lancé hier. En catimini. Déjà entré en partie en vigueur, il ne sera officiellement porté sur les fonts baptismaux que le 5 janvier prochain. Une telle discrétion a de quoi surprendre de la part d'un gouvernement qui n'a pas pour habitude de ne pas faire savoir ce qu'il fait. Surtout lorsqu'il peut en retirer quelques dividendes.
Or ce DMP - pour dossier médical personnel - peut précisément constituer un vrai progrès, une réelle avancée. Avancée qui d'ailleurs avait été saluée cet été par celle qui était encore ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, décrivant alors «un grand projet de santé public». Permettre un suivi médical du patient, avoir pour chaque médecin et spécialistes qui le traitent instantanément accès aux examens des confrères et à l'historique du malade, s'éviter les problèmes d'interactions médicamenteuses néfastes: telles sont quelques-unes des avancées que va permettre la mise en place de ce dossier médical informatisé accessible en temps réel et de n'importe quel endroit grâce à internet.
Ce n'est pas rien et aurait mérité plus de publicité si... Si le DMP n'avait pas été survendu lors de son lancement par un certain Philippe Douste-Blazy en 2004. A l'époque il nous avait été présenté comme la baguette magique qui non seulement permettrait un meilleur suivi médical de la population mais surtout était censé guérir en partie le trou inextinguible de la Sécu.
A lui seul le DMP - qui à l'époque était prévu pour être obligatoire pour tout assuré - devait faire économiser 3,5 milliards d'euros à la caisse maladie et ceci dès le début de 2007, date annoncée de son lancement...
Sauf que le ministre de la Santé avait confondu vitesse et précipitation et sous-estimé un certain nombre de difficultés: installation de logiciels et de systèmes pouvant «faire parler» ensemble les ordinateurs des médecins et des hôpitaux, sécurisation des données mais surtout garantie de la vie privée et de la confidentialité du patient. Un radiologue ou un dermatologue devait-il avoir accès par exemple à des données concernant une interruption volontaire de grossesse ?
Du coup la CNIL a été saisie. Et après examen des problèmes éthiques a donné son feu vert mais en conditionnant le dossier médical personnel aux seuls patients volontaires. Même si cette décision est sage, voilà qui réduit d'autant les économies espérées pour la Sécu. D'autant qu'outre les installations techniques nécessaires chez les professionnels de la santé, la gestion de ce système va forcément avoir un coût. Et que personne au gouvernement n'ose plus évoquer l'économie de plus de 3 milliards que ce dossier devait faire faire à notre bonne vieille Sécu.
Une presque septuagénaire qui aurait bien besoin elle aussi qu'on lui établisse un vrai DMP.