Salon de l'agriculture : Hollande a battu le record
Le candidat PS a passé près de douze heures hier au Salon de l'agriculture, renouant avec le style qui avait fait la réputation de Chirac
En meeting, François Hollande adopte volontiers la gestuelle mitterrandienne. Au Salon de l'agriculture, il chausse les bottes chiraquiennes. Il est arrivé tôt, hier matin porte de Versailles, pour une de ces journées marathons dont l'ancien chef d'État corrézien avait le secret. L'objectif était, dit-on, de faire mieux que lui en termes de durée. Au final, François Hollande aura déambulé dans les allées pas loin de douze heures. Un record !
Mais là n'était pas l'essentiel. Selon son entourage, il s'agissait d'ancrer dans l'esprit des Français sa « capacité de résistance ». Un des éleveurs de vaches limousines placés en début de parcours ne s'y est pas trompé : « Chirac dit qu'il vote pour lui ! »
Façon Chirac donc, François Hollande a alterné tout au long de cette journée des échanges chargés d'empathie avec le public et des rencontres plus techniques avec les professionnels de l'agriculture, en attente de précisions sur son projet.Avec les ministrables
Parmi ceux qui l'ont accompagné dans son périple, figuraient le député périgourdin Germinal Peiro et le président du Conseil régional d'Aquitaine, Alain Rousset. On les dit tous deux ministrables à l'Agriculture en cas de victoire. Mais « les ministrables, ce n'est pas ce qui manque au PS », commentait Jean-Paul Denanot, président de la Région Limousin, qui ajoutait Stéphane Le Foll et François Patriat à la liste.
Comme Chirac, François Hollande a embrassé les dames âgées, telle Christiane, une Perpignanaise, cuisinière bénévole chez les éleveurs. Elle l'a trouvé « gentil, en tout cas plus avenant que Sarkozy ». Comme Chirac, il a posé pour la photo avec des enfants. Comme Chirac, il s'est fendu de ces réparties qui mettent les rieurs de son côté. « Qu'est-ce qui me vaut de vous voir dans cette tenue ? » a-t-il lancé à deux Camarguaises en costume traditionnel qui se présentaient à lui. « Nous voulons vous parler de notre région », lui ont-elles répondu. « Mais, vous savez, je connais très bien le marché d'Arles », a rétorqué le candidat, très complice. Un peu plus avant, alors qu'un éleveur de porc de l'Allier lui présentait un magnifique verrat de 550 kilos nommé César, il avait finement plaisanté : « Mais où est donc Brutus ? »
Truffes du Périgord
Et puis, comme Chirac, François Hollande a beaucoup dégusté. Particulièrement sur le stand de l'Aquitaine. Alain Rousset s'était momentanément détaché du cortège pour lui préparer des œufs brouillés aux truffes du Périgord. En public, alors que le candidat s'attardait, on l'a vu touiller longtemps pour éviter qu'ils ne prennent au fond de la casserole ! On lui a également proposé des pruneaux d'Agen, des noix du Périgord, des gariguettes du Lot-et-Garonne, du vin blanc d'Entre-deux-Mers, du saint-émilion grand cru… « Je suis obligé d'avaler tout ça ? » s'est-il exclamé tout sourire. Il a apprécié les fraises : « Elles ont du goût. » Visiblement, avoir à répéter l'exercice tout au long du parcours ne l'effrayait guère : « Ce n'est pas désagréable, non ? » Après tout, hier, en donnant l'impression de faire du Chirac, François Hollande ne faisait-il pas finalement que du François Hollande ?
Sur les questions agricoles proprement dites, le candidat socialiste a, semble-t-il, rassuré la FNSEA, très inquiète des effets éventuels du contenu de l'accord PS-Europe Écologie-Les Verts. Dans les rangs du syndicat, on rappelait ces jours-ci que François Hollande et le président Xavier Beulin « se connaissent bien » et qu'ils « se tutoient ». Christiane Lambert, première vice-présidente de la fédération, l'a trouvé « réaliste, pragmatique » et a apprécié qu'il se soit prononcé « en faveur d'une intensification de l'agriculture qui s'appuie sur l'innovation ».
« Plutôt compétent »
En fait, commente Alain Rousset, en charge de la production au sein de l'équipe de campagne, « la FNSEA craignait que l'aspect économique ne soit pas assez pris en compte dans notre pacte productif. Nous avons apporté les précisions. » Philippe Collin, porte-parole national de la Confédération paysanne, a cru déceler hier chez Xavier Beulin « un appel du pied à François Hollande pour lui dire qu'il était prêt à la cogestion ». Sur un plan plus large, il a trouvé le candidat socialiste « soucieux et prudent quant aux évolutions de l'agriculture », regrettant toutefois « une réserve à s'opposer à la vocation exportatrice de l'agriculture française ».
Xavier Palous, de la Coordination rurale, présent lui aussi à la table ronde à huis clos, avouait une bonne surprise : « Je le croyais assez superficiel sur l'agriculture, je l'ai trouvé plutôt compétent. » D'autant qu'il est allé en son sens, se déclarant favorable à l'ouverture des interprofessions et opposé à la taxation des semences fermières.
La visite marathon de François Hollande au Salon de l'agriculture lui a-t-elle fait marquer des points auprès des agriculteurs ? La question est ouverte. Mais beaucoup, hier, lui accordaient un score supérieur aux 14 % du dernier sondage.