ROULEMENTS DE BICEPS À L'ÉLYSÉE

Publié le par DA Estérel 83

CharenteLibre Dominique GARRAUD 22 juillet 2010

Depuis l'échec cuisant de sa majorité aux dernières régionales, Nicolas Sarkozy est reparti en campagne pour la prochaine présidentielle. Et ceci malgré les aléas de crise économiques et les remugles de l'affaire Bettencourt-Woerth qui n'en finissent pas d'empoisonner l'atmosphère politique. Pour s'en convaincre, il suffit de voir comment le chef de l'État est reparti progressivement en croisade sur son terrain de prédilection : la lutte contre l'insécurité. Avant même les évènements de Grenoble et de Saint-Aignan, Nicolas Sarkozy avait multiplié les gestes pour montrer que la sécurité allait de nouveau se traiter à l'Élysée et nulle part ailleurs : déplacements surprises en banlieue, diagnostics de sécurité dans les établissements scolaires, et nomination d'un conseiller ad hoc, l'ancien patron des Renseignements généraux, Joël Bouchité, alias «l'Américain». Les violences de Grenoble et Saint-Aignan sont donc tombées à point nommé : de quoi tenter à nouveau de reléguer le feuilleton Bettencourt à l'arrière plan de l'actualité le jour même où le Conseil des ministres donnait son feu vert pour l'audition par la police d'Éric Woerth. Mais pour marquer les esprits sur la sécurité, Nicolas Sarkozy a, comme souvent dans ce domaine, forcé grossièrement le trait dans un roulement de biceps surjoué sur le refrain de la «véritable guerre» à outrance contre la criminalité. En un temps trois mouvements, le chef de l'État a annoncé le remplacement du préfet de l'Isère par un «policier de métier», la convocation à l'Élysée d'une réunion sur «les problèmes posés par les gens du voyage et les Roms» et la prochaine expulsion des campements de ces derniers se trouvant en situation irrégulière. Un ragoût à la sauce Sarkozy qui, bien évidemment, n'a pas manqué se susciter la polémique sur l'opportunité de pratiquement désigner à la vindicte publique une communauté déjà souvent stigmatisée parce que dérangeante dans tous les sens du terme. En fonçant de nouveau tête baissée dans un créneau qu'il occupe depuis son premier passage au ministère de l'Intérieur, il y a huit ans, Nicolas Sarkozy veut couper l'herbe sous le pied d'une gauche bien décidée à reprendre le flambeau de la sécurité. Car c'est tout le paradoxe, l'évolution de la société vers plus de violence n'a pas été freinée par celui qui se considère comme le «premier flic» de France. Pas moins de 17 lois ont été passées, la culture du «résultat» a été instillée jusqu'à la nausée au sein des forces de l'ordre, mais rien n'y a fait. En assimilant les gens du voyage à une communauté de perturbateurs, Nicolas Sarkozy agite un nouveau chiffon rouge, avec le risque inhérent de devenir un pompier pyromane.

 

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Publié dans Politique

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