Révoltante duplicité
L'onde de choc provoquée par les crimes de Mohamed Merah n'a pas fini de se répandre. Il aura ainsi fallu attendre des heures et une réunion au sommet des responsables d'Al-Jazeera - dont l'émir du Qatar est le premier investisseur - pour que la première chaîne de télévision arabe fasse savoir qu'elle renonçait finalement à diffuser les vidéos des sept meurtres filmés par le terroriste.
Pendant une partie de la journée d'hier, les parents des victimes, en larmes, se sont ainsi retrouvés plongés dans le drame, obligés de prier la télévision de ne point diffuser ce film odieux. Cette prière - en la circonstance, le mot est terrible... - a été rapidement relayée par Nicolas Sarkozy. Le président de la République a prévenu que cette diffusion«assurerait à Mohamed Merah à titre posthume la propagande qu'il recherchait».
Pas besoin de réfléchir bien longtemps en effet pour comprendre que montrer ces images équivaut à se faire le complice actif du terroriste Merah et de son idéologie de mort. Finalement donc, la chaîne a publié un communiqué dans lequel elle explique que«conformément à son code d'éthique et compte tenu du fait que les vidéos n'ajoutent aucune information» elle ne diffuserait pas les copies des vidéos que son bureau parisien lui avait fait parvenir. On respire... Mais avec quand même une grosse gêne en travers de la gorge.
On a en effet bien du mal à digérer qu'il ait fallu tant de conciliabules et une telle pression mise par Nicolas Sarkozy sur son «ami», l'émir du Qatar pour que la chaîne bloque finalement la diffusion d'images que toutes les chaînes de télévision françaises avaient pour leur part très vite décidé, de toute façon, de ne pas reprendre.
Cet épisode survient juste après celui qui a vu Paris refuser d'accepter sur son sol le cheikh Al-Qaradaoui invité par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) à l'occasion des rencontres des musulmans de France. Ce prédicateur d'origine égyptienne réfugié depuis le début des années 60 au Qatar, jouit d'une notoriété qu'il doit à ses prêches enflammés sur Al-Jazeera suivis par des millions de musulmans à travers le monde, y compris en France. Pourtant réputé «modéré», c'est quand même ce cheikh qui, en 2009 sur la chaîne qatari, expliquait à propos des juifs: «le dernier châtiment (leur) a été administré par Hitler. C'était un châtiment divin. Si Allah le veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans».
Son émission «Vie et charia» se poursuit pourtant pendant 2 heures chaque semaine sur Al-Jazeera. Au nom de l'information, de l'éducation? Mais sans doute l'émir du Qatar avait-il jusqu'alors d'autres chats à fouetter avec ses investissements dans l'immobilier de luxe et les grandes entreprises françaises. Cette fois entre le djihad de Merah et ses intérêts chez Lagardère, LVMH ou le PSG, l'émir a bien du choisir. Mais il est si facile de faire des copies de copies.