Retraites: qui résiste à la doxa médiatique?
Les jours se suivent et se ressemblent. Inlassablement. Depuis deux semaines, La Voix de la France n'a qu'un mot en bouche: retraites. Heureusement quelques illuminés des ondes tentent vaguement de faire entendre un autre son de cloche.
Un brin de nostalgie derrière tout ça ? Toujours est-il qu’à intervalles –de plus en plus- réguliers, les médias, toujours pas vraiment familiarisés avec les concepts de concurrence et de pluralisme, nous refont le coup de l’ORTF. Avec décor d’époque. Le ministre de l’Information, président de la République en l’occurrence, décide de la thématique à traiter dans la solitude de son bureau élyséen. Et l’Organisation de Radiodiffusion Télévision Française commence la campagne « d’information ».
Petit détail, même plus besoin d’un quelconque Peyrefitte pour relayer les consignes, la seule intervention du saint-esprit médiatique suffit à lancer la machine à laver les cerveaux. Depuis une quinzaine de jours, c’est donc la question des retraites qui asphyxie les ondes. Priorité des priorités, question de vie ou de mort –même pas le temps d’un petit Grenelle, c’est dire…-, les scénarios-catastrophes s’enchainent. Le grand orchestre médiatique connaît sa partition par cœur.
Le senior n’attend pas. Les disques durs de nos intervieweurs matinaux préférés fonctionnent en circuit fermé au grand bonheur d’un gouvernement qui n’aurait pas osé rêver tant de dramatisation dans la mise en scène de sa communication, et accessoirement la mise en œuvre de son plan de rigueur.
LE COUP D'ÉTAT DES SENIORS
Quelques inconscients résistent encore aux consignes gouvernementales. C’est par exemple le cas d’Alain Bedouet au «Téléphone sonne» sur France Inter, qui n’a pas abordé le sujet depuis le…30 avril. Et encore, dans une émission consacrée aux défilés du 1er mai.
Eric Zemmour se distingue également estimant que la question prioritaire serait moins celle des seniors que celle des juniors « qui rament, accumulent les CDD, ne peuvent pas s’acheter des appartements en centre-ville ». Assumant la valise à venir de courriers de seniors outragés, Zemmour en remet une couche : « évidemment beaucoup de seniors n’ont qu’une petite retraite mais jamais dans l’histoire de France, ils n’ont bénéficié d’un niveau de vie aussi élevé. Jamais leur niveau de vie n’a autant dépassé celui des actifs ».
Une domination politique et économique des débats par la génération 68 selon Zemmour. Véritable coup d'état des seniors qui polarise l'attention médiatique.Analyse largement partagée par Emmanuel Todd qui estimait dans Le Progrès que cedébat n’avait aucun sens : « Un économiste venu de Mars ne comprendrait pas que la planète France débatte de la manière d'augmenter la durée du travail dans l'avenir pour des personnes ayant déjà un certain âge, alors qu'on ne parvient pas à donner aujourd'hui du travail aux jeunes. En termes d'économie immédiate, la question des retraites n'a aucun sens. Le gouvernement veut donner l'impression qu'il affronte la réalité, la vérité est qu'il fuit la réalité ».
Eric Zemmour se distingue également estimant que la question prioritaire serait moins celle des seniors que celle des juniors « qui rament, accumulent les CDD, ne peuvent pas s’acheter des appartements en centre-ville ». Assumant la valise à venir de courriers de seniors outragés, Zemmour en remet une couche : « évidemment beaucoup de seniors n’ont qu’une petite retraite mais jamais dans l’histoire de France, ils n’ont bénéficié d’un niveau de vie aussi élevé. Jamais leur niveau de vie n’a autant dépassé celui des actifs ».
Une domination politique et économique des débats par la génération 68 selon Zemmour. Véritable coup d'état des seniors qui polarise l'attention médiatique.Analyse largement partagée par Emmanuel Todd qui estimait dans Le Progrès que cedébat n’avait aucun sens : « Un économiste venu de Mars ne comprendrait pas que la planète France débatte de la manière d'augmenter la durée du travail dans l'avenir pour des personnes ayant déjà un certain âge, alors qu'on ne parvient pas à donner aujourd'hui du travail aux jeunes. En termes d'économie immédiate, la question des retraites n'a aucun sens. Le gouvernement veut donner l'impression qu'il affronte la réalité, la vérité est qu'il fuit la réalité ».
Vendredi 28 Mai 2010
Régis Soubrouillard - Marianne
Publicité