Journée d'action pour les retraites: DSK fait l'union de la gauche contre lui

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1  27 Mai 2010 Par 

Le glas de la réforme des retraites n'a pas tout à fait sonné, à en croire les partis de gauche. En marge de la manifestation parisienne de jeudi 27 mai, les représentants politiques estiment encore possible de faire reculer le gouvernement. Et cherchent dès à présent la voie de l'unité, en dépit d'une mobilisation nationale encore timide (plus de 600.000 manifestants), bien qu'en progrès par rapport aux dernières manifestations du 23 mars.

Sous une pluie tantôt battante, tantôt mesurée, Olivier Besancenot résume l'alternative qui selon lui se profile dans le mois à venir, d'ici la présentation du texte par le ministère du travail le 20 juin: «Soit Sarkozy réussit son coup de force et parvient à briser le mouvement social pour plusieurs années, comme Thatcher dans les années 1980. Soit il va prendre un gros retour de boomerang, en sous-estimant le risque de rajouter un problème démocratique à la question sociale.»

 

Capuche sur la tête devant l'abribus servant de point-fixe sur le boulevard Blanqui (Paris, XIIIe), le porte-parole du NPA n'hésite pas à évoquer «la bonne nouvelle de la position prise par le bureau national du PS en faveur de la défense du droit à la retraite à 60 ans (lire ici). Désormais, une campagne commune avec eux et l'ensemble des partis de gauche est envisageable, autour du slogan simple “Pas touche aux 60 ans”. Là, on verra bien si les socialistes préfèrent continuer à débattre avec DSK, ou s'il regarde ailleurs et se tourne vers les ouvriers et les travailleurs».

Autour de la place d'Italie (Paris, XIIIe), communistes et mélenchonistes font tract commun, même si chacun arbore son propre écusson autocollé sur la poitrine. «Attendez, il y a quand même un gros ballon “Front de gauche”», s'insurge Martine Billard, porte-parole du Parti de gauche, tout en le cherchant du regard craignant qu'il ne se soit dégonflé. Selon la députée de Paris, le PS ne va pas assez loin avec sa position «mi-chèvre mi-chou, qui admet l'augmentation de la durée de cotisation». Elle attend beaucoup des réunions qui, à ses dires, «se multiplient au point qu'on a du mal à assurer la présence qu'on nous demande». Des réunions qu'elle juge surtout utile«pour armer nos militants afin qu'ils soient une force de conviction dans la société».

A quelques mètres, Marie-George Buffet parade en couple idéal avec Jean-Luc Mélenchon, devant les photographes et sous les parapluies. Selon la secrétaire nationale du PCF, «le gouvernement cherche à contourner le peuple, mais il montre qu'il est toujours là malgré l'intox médiatique et la pluie». Elle n'est pas affolée par le calendrier hâtif que souhaite mettre en œuvre l'Elysée: «On a le temps, plus que ce qu'on croit. Et on mènera bataille à l'Assemblée, pour faire durer autant que possible. 

 Et même si c'est voté, rien ne sera perdu, rappelez-vous le CPE…» Pour cela, elle aussi mise sur «une convergence toujours plus grande: avec le Front de gauche, nous parlons d'une seule voix, mais ce que dit Martine Aubry sur le sujet nous va aussi. Même si j'entends d'autres voix désagréables au PS, je suis persuadée que la majorité des militants socialistes veulent se battre avec nous, pour qu'on gagne ensemble sur les retraites!»

 

Le courroux des militants

Côté socialiste, on semble prêt à jouer le jeu. en tout cas du côté des présents à la manif, situés à quelques mètres du Front de gauche. Mais plusieurs militants ne cachent pas leur courroux envers les déclarations récentes de Dominique Strauss-Kahn et son absence de dogme sur la question des retraites (lire ici). «Tout se passe bien, on a plein de manifestants qui viennent nous voir pour nous dire: “Enfin le PS prend une vraie position, bravo!”», explique Marc, la quarantaine, plutôt proche de Bertrand Delanoë. «Mais juste derrière, une grosse moitié nous dit: “Le problème, c'est que vous êtes avec Strauss-Kahn!”»

Un peu plus loin, Michèle distribue des tracts et jure recevoir «un bon accueil, quand on se rappelle d'où on vient et des autocollants qu'on n'osait même pas sortir il y a encore quatre ou cinq ans…». Mais elle aussi, qui se dit fabiusienne, pense «que “Strauss” n'a pas mesuré à quel point la retraite à 60 ans est un symbole intouchable pour le peuple de gauche». Un peu plus loin, un proche d'Arnaud Montebourg soupire:«C'est comme si certains sociaux-libéraux, s'estimant trahis par le retour à gauche du parti, voulaient nous refaire le coup de la grande alliance sociale-démocrate et humaniste, laissant de côté la gauche de la gauche…»

 

Vers 15h30, Benoît Hamon s'éclipse, devant se rendre à Amiens (Somme) à la rencontre d'ouvriers de Good Year. Quand on lui parle d'Olivier Besancenot espérant faire tréteaux communs, le porte-parole socialiste paraît presque incrédule: «C'est vrai? Eh bien moi ça ne me poserait aucun problème de partager la tribune sur ce sujet, surtout depuis que le PS s'est engagé à revenir sur les 60 ans si jamais on accédait au pouvoir.»Lui aussi reconnaît que «Strauss-Kahn fait chier de faire de telles déclarations, en plus d'être à Washington à la tête du FMI. Mais cette aile droite est marginalisée au sein du parti et elle ne pèse pas autant que ce qu'elle voudrait croire». Benoît Hamon veut croire que «Martine Aubry imprime désormais une ligne qui fait à nouveau du PS un moteur possible de l'unité de la gauche». La suite lui donnera peut-être raison.

 

 

 

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Publié dans Retraite

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