RETOUR DE FLAMME
Jacques GUYON
Qu'elle ait été lancée comme un leurre pour faire oublier les miasmes de l'affaire Woerth-Bettencourt, qu'elle ait été programmée comme un piège à divisions pour le PS ou qu'elle ait été destinée à être un puissant aimant pour attirer les voix des électeurs du FN en 2012, l'offensive sécuritaire de Nicolas Sarkozy sera en tout cas revenue comme un boomerang dans le camp de celui qui l'avait envoyée.
Pas un jour ne passe sans que la surenchère sécuritaire qui a occupé toute la scène en août ne fragilise la cohésion gouvernementale - ou ce qu'il en reste... - et vienne également envenimer les relations entre les différentes familles qui composent l'UMP. C'est ainsi qu'après Hervé Morin et Bernard Kouchner, symboles de l'ouverture au centre et à gauche, c'est au tour de Fadela Amara de faire entendre son malaise à la fois sur l'expulsion des Roms mais aussi sur le lien fait par Nicolas Sarkozy et ses lieutenants entre immigration et délinquance.
Que juste au lendemain de l'intervention du Premier ministre envoyé au feu pour éteindre l'incendie, ce soit la très sage et fort discrète Fadela Amara qui, faisant comme si son patron n'avait pas parlé, en remette une couche pour dénoncer «la surenchère Hortefeux», voilà qui non seulement étonne mais montre à quel point ça tire à hue et à dia au sommet de l'Etat. On pourra dire que la secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville est aujourd'hui d'autant plus bavarde qu'elle ne se fait guère d'illusion quant à son avenir en sarkozie. Sans doute. Pour autant il faut entendre le malaise qu'elle exprime.
L'ancienne présidente de Ni putes ni soumises, n'est pas en effet quelqu'un qui triche. Certes, elle pourrait démissionner et ne le fait pas. Enfin pas encore... Mais l'incendie n'est pas circonscrit au gouvernement. A l'UMP qui fait sa rentrée à Port-Marly, le climat n'est pas non plus des plus serein. Même si ce séminaire se tient à huis clos, ce qu'a regretté Jean-Pierre Raffarin, les indiscrétions qui filtrent abondamment en disent assez sur le malaise créé par la surenchère sécuritaire. C'est ainsi que le très consensuel et très policé Pierre Méhaignerie n'hésite pas à parler de « mise en scène concernant la sécurité».
Ou encore qu'il tord le nez sur les arrangements passés entre Bertrand Delanoë et l'UMP sur l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris. C'est encore le même Jean-Pierre Raffarin - qui est tout sauf un incendiaire... - qui dénonce la «monoculture» de l'UMP et réclame une convention sur les «valeurs du centre et de la droite républicaine». Façon de dire, en creux, que ces valeurs sont en périls... C'est aussi ce député du Maine-et-Loire cité par Le Monde et qui s'alarme d'une «dérive droitière». Si Nicolas Sarkozy pensait par son discours de Grenoble resserrer et redynamiser sa majorité, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a tout faux.